vendredi 20 novembre 2009

Grand emprunt... emprunter à ceux à qui on a prêté

Il est proposé que le grand emprunt soit de 35 milliards d’euros mais que, finalement, on se passerait de l’épargne des français. C'est-à-dire qu’on emprunterait sur les marchés, c'est-à-dire aux banques. Et dans le détail, l’emprunt effectif serait de 20 milliards. Les 15 milliards restant étant pris sur le remboursement de l’argent prêté aux banques. Cela me rappelle des scènes comiques de films où un emprunteur dit à son banquier : je te dois 20 livres. Prête-moi 40 livres et je te rembourserai les 20 que je te dois. La différence est que l’emprunteur ce sont les banques. En effet, les banques nous doivent 15 milliards qu’elles nous rendent et au moment même où cet emprunt d'un montant double est lancé... quelle heureuse coincidence !. Non seulement cela revient à leur redonner les 15 milliards, mais en plus sous une forme d’emprunt sur lesquels nous allons payer des intérêts.
Je dis "chapeau bas" !

Presidence de l'Union : Habemus PAPAM !

C’est ainsi qu’on aurait pu attendre que s’expriment les chefs d’Etats réunis en conclave hier soir pour désigner le premier Président du Conseil de l’Union européenne.

Le choix s’est donc porté comme on pouvait s’y attendre sur une personnalité à l’envergure peu gênante pour les chefs d’Etats. On ne passe pas aisément d’une somme d’Etat nation à une forme plus fédérale ou confédérale.
Patience car un Président pour 2 ans et demi, même faible, c’est mieux qu’une présidence tournante tous les 6 mois (même si ce petit manège va en partie continuer).
Rêvons maintenant de la prochaine étape : celle du prochain Traité (il y en a un nouveau tous les 4 à 6 ans) qui nous mettra sur la voie d’un Président élu au suffrage universel des citoyens européens.
Bien sûr, il sera rétorqué ici où là que la présidentialisation de la vie politique telle que nous la vivons difficilement en France n’est pas géniale. Mais l’objectif prioritaire d’une telle mesure est à voir ailleurs : elle est de faire de l’Europe un continent politique qui puisse agir, sur tous les sujets, d’égal à égal avec les puissances continentales qui gouvernent le monde et le gouverneront de plus en plus : Etats-Unis, Russie, Chine, Brésil, Inde. Une Europe politique, c’est une Europe qui place enfin à leur juste place les Etats européens qui la composent… quelque peu à celui où sont aujourd’hui les Etats des Etats-Unis… c'est-à-dire puissants dans leurs prérogatives intérieures, mais faibles quant aux politiques relationnelles avec le reste du Monde.
Maintenant que nous avons l’application du Traité de Lisbonne, peut-être serait-il temps de remettre à l’ouvrage l’idée d’une Constitution européenne, une vraie, courte, forte et allant à l’essentiel.

mercredi 14 octobre 2009

vivre en milieu rural de manière durable

Cette note, écrite par Ludovic Colin, détaille la visite de la commune de Beckerich au Luxembourg.

Cap vers le développement durable en zone rurale pour la vingtaine d’adhérents et sympathisants réunie à Beckerich le samedi 10 octobre à l’initiative de la fédération Modem pour les français au Luxembourg. Cette visite instructive et conviviale s’est déroulée en compagnie de Camille Gira, Bourgmestre-Député de la commune : l’occasion de réfléchir au-delà des frontières à une économie plus responsable et capable de répondre aux enjeux climatiques.

Revitalisation du patrimoine culturel et naturel, économies d’énergie, création d’emplois locaux, développement des infrastructures, intégration sociale, Beckerich peut être fière du chemin parcouru ces 27 dernières années. la commune couvre aujourd’hui 90% des besoins en electricité et 40% des besoins en chaleur des ménages à partir des énergies renouvelables. Elle est bien partie pour atteindre son objectif d’autonomie énergétique d’ici 2025.

Elle doit cette réussite à l’engagement et la volonté de citoyens responsables en avance sur leur temps, des citoyens capables d’apporter des solutions innovantes dans une démarche d’intérêt général. Camille Gira est sans contexte le symbole de cette révolution douce du développement durable à Beckerich. Visionnaire, il a su convaincre progressivement ses concitoyens à une autre manière de produire, de consommer et d’entreprendre.

Pour y parvenir, il est important selon Camille Gira d’avoir une bonne connaissance de son territoire. Ensuite il insiste sur le dialogue avec les citoyens et leur engagement dans les projets communaux. Les citoyens sont en effet sollicités au sein des commissions consultatives de la commune et participent au processus de décision. La commune propose d’acheter en co-propriété des panneaux solaires photovoltaiques sur les toits des batiments comunaux, c’est déjà le cas pour 10% des ménages. En matière de fiscalité la commune s’est appuyée sur le principe pollueur payeur. Elle n’a pas attendu le gouvernement luxembourgeois pour proposer des subsides aux particuliers pour l’achat d’appareils ménagers plus économes en énergie. Enfin, la communication et la formation restent indispensables pour changer durablement les comportements des citoyens.

Cette stratégie axée sur la décentralisation et mutualisation de l’énergie a nécessité un engagement politique fort et des investissements de l’ordre de 10 millions d’euros financés par l’endettement. Mais aujourd’hui les rentrées fiscales sont plus importantes grâce aux produits de la vente de l’eau minérale. La commune a réalisé de fortes économies d’énergie et donc de dépenses à travers par exemple la rénovation des écoles et construction du hall sportif à basse consommation d’énergie ou encore la création d’un service de télégestion de l’éclairage public permettant des économies de 16 tonnes de CO2 chaque année.

Les consommateurs à Beckerich sont les premiers bénéficiaires de cette politique. Le prix du chauffage communal proposé ne dépend qu’à hauteur de 20% des variations du cours du pétrole ; ce qui leur assure un avantage certain à long terme en termes de pouvoirs d’achat par rapport aux consommateurs d’autres communes. Les entreprises peuvent louer des bureaux à un prix relativement faible et accéder aux NTIC à haut débit. Les citoyens profitent d’une amélioration des services à la personne (crèches, maison de retraite) et du développement des moyens de transport. Enfin les projets de coopération cofinancés par la commune visent à améliorer les conditions de vie et le développement économique des populations du Sud.


Cette politique intégrée de développement a véritablement conquis les adhérents et sympathisants Démocrates. Tous ont bien compris, à la suite de la visite guidée de la salle de biométhanisation et de la chaudière à copeaux de bois, le potentiel de développement des énergies renouvelables et leur rôle dans le développement des territoires.

Yann Wehrling membre du bureau politique du MoDem, présent lors de cette visite, voit dans l’expérience de Beckerich un espoir pour une politique énergétique plus équilibrée en France. « sortir du nucléaire en France sera très difficile vu le poids politique des partisans de cette énergie. Le vrai compromis politique est de diviser par 2 au cours des 15 prochaines années la part du nucléaire dans la production électrique en profitant de la fermeture obligatoire des plus vieilles centrales ». Camille Gira est plutôt perplexe quant à un changement de politique en France. « Le gouvernement francais continue de mettre tous ses œufs dans le même panier lorsqu’il dit vouloir investir autant dans le nucléaire que dans les énergies renouvelables ! »

Penser global et agir localement avec des citoyens davantage acteurs de leurs destins tel est le message que nous livre la commune de Beckerich. D’une part, le changement climatique est un processus inévitable tout comme la mondialisation et il ne sert à rien de refuser les changements ; d’autre part, il est important de garder le sens des réalités et de replacer l’Homme au cœur de ce processus.

Finalement cette visite pourrait être une source d’inspiration pour l’élaboration d’un projet de politique au niveau des aglomérations de communes et des régions en France. Trois idées fortes semblent se dégager.

La cohésion territoriale européenne est certainement une objectif important à intégrer pour renforcer et étendre l’impact d’une politique dans le domaine des transports, de l’énergie et de l’habitat. Le Bourgmestre de Beckerich ne s’y est pas trompé. Il fonde d’ailleurs de grands espoirs dans la coopération européenne à travers par exemple le programme européen SEMS1 visant à développer des systèmes de gestion intelligents des réseaux électriques.

Les acteurs de l’économie sociale et solidaire (coopératives, mutuelles, fondations, associations, entreprises sociales) jouent un rôle moteur dans le développement local. Ils demandent une meilleure reconnaissance et une plus grande autonomie financière. La réflexion porte donc sur le développement de financeurs solidaires (banques coopératives, incubateurs sociaux…).

Enfin, les collectivités territoriales doivent adopter une démarche de long terme et montrer l’exemple en se dotant notamment d’infrastructures à énergie passive et d’un réseau d’installations en énergies renouvelables.

Mise en service depuis 2004 la coopérative « Biogass Beckerich » collecte chaque année le lisier et fumier de 19 fermes propriétaires. Elle dispose d’un module de cogénération unique au Luxembourg et d’une chaudière. Elle produit en moyenne 6.000 m3 de biogaz par jour et alimente l’équivalent de 120 ménages via le réseau de chaleur.

Ce projet de biométhanisation représente un investissement de 4 millions d’euros financé à 53% par le Ministère de l’Agriculture le reste en apport de capital et ligne de financement auprès de la banque Dexia.

vendredi 14 août 2009

SECHERESSE et MAÏS



Cette étrange chose en photo est un de mes trophée de guerre.
Il s'agit d'un maïs pris dans un champ irrigué dans le centre de la France, durant l'été 2005, en pleine sécheresse.
Figé dans la position où je l'ai immortalisé, je l'ai très inhumainement privé d'eau... ce qui explique sa langue sortie (attitude fréquente chez le maïs qui a soif).

Plaisanterie mise à part, je note que les étés se suivent et ... se ressemblent :
Chaque été, plusieurs régions françaises ont soif. En 2005, les décrets préfectoraux se faisaient attendre pour les restrictions d'irrigation, et dans le même temps, la ministre de l'écologie d'alors demandait aux français de prendre moins de douches.
Aujourd'hui, les décrets sont là, et les champs de maïs également.

L'occasion m'est donc donnée de rappeler ce que je disais en 2005 et que je continue de penser aujourd'hui.

Tout d'abord, il est juste de rappeler que les usages de l'eau sont très majoritairement le fait de l'irrigation des cultures et non d'un usage des particuliers. Ceci n'exonère pas les particuliers de tout effort d'économie de l'eau, mais replace les priorités d'action là où elles doivent être.
Deuxièmement, il est juste de dire que la culture du maïs est parmi la plus consommatrice d'eau.
Il est également juste, comme je l'ai entendu dire par un Préfet, que le maïs sert à nourrir le bétail qui, s'il n'avait pas ces céréales, obligerait les éleveurs à le faire venir d'autres continents (importation pourtant existante malgré tout car la production céréalière nationale, à ma connaissance, ne suffit pas à nourrir tout notre bétail).

MAIS, la réalité qui est infiniment plus préoccupante est la pénurie d'eau maintenant récurrente. Le changement climatique y est pour quelque chose et on doit donc faire avec la sécheresse durablement.
J'ajoute que depuis plusieurs années maintenant, la profession agricole, du fait de pratiques impactantes sur l'environnement, continue de se traîner une mauvaise image auprès de la population. Je m'en désole plus que je m'en réjouis, car nous avons besoin des agriculteurs pour nourrir les gens et un des enjeux des prochaines années, c'est de trouver enfin des solutions dans les méthodes agricoles qui soient moins impactantes sur l'environnement et qui, j'en suis convaincu, amélioreront mécaniquement l'image des agriculteurs dans l'opinion publique.

En l'occurrence, pour le maïs, ma solution est de pousser de manière incitative (voire obligatoire dans les départements les plus touchés par les sécheresses à répétition) à des cultures ou des pratiques fourragères moins gourmandes en eau :
La plus évidente est évidemment de redonner au bétail des hectares de pâtures.
Mais pour répondre plus directement aux besoins immédiats dans les exploitations qui dépendent du maïs, il faut remplacer la culture du maïs par des cultures nettement moins gourmandes en eau comme le sorgho par exemple.

mercredi 5 août 2009

Compteur mondial

http://www.poodwaddle.com/worldclockfr.swf

lundi 3 août 2009

Lincoln et Obama

Je ne résiste pas à l'envie de vous inviter à vous procurer cette émission diffusée samedi 1er août sur France Culture, consacrée à Abraham Lincoln :

On y apprend mille choses intéressantes. Mais on y apprend surtout qu'Abraham Lincoln était républicain et que les républicains étaient contre l'esclavage.
On y apprend qu'en ce milieu du 19° siècle, les partisans de l'esclavage étaient les démocrates.
On y rappelle que le grand modèle de l'actuel Président américain, Barack Obama, le démocrate, est ... Abraham Lincoln le républicain.

Et alors me direz-vous ?
Et alors, ... il est bien utile, en distraction d'été radiophonique, de méditer sur quelques pages de l'Histoire. Les étiquettes politiques sont décidément d'une grande relativité. Voilà confirmé - si cela devait l'être - qu'on devrait toujours juger ceux qui décident en fonction de ce qu'ils font et pensent avant de les juger sur l'étiquette qu'ils portent.
Comme disait l'autre : "l'habit ne fait pas le moine".

mercredi 29 juillet 2009

Taxe carbone, suite

Le rapport est rendu, et la préconisation sera d'augmenter le litre d'essence de 7centimes d'euros par litre.

Comme je l'ai dit dans un billet précédent, j'approuve (en général) tout effort qui va dans le bon sens et je me garderais bien d'être agaçant en disant, tel un disque rayé et plaintif : "ça ne va pas assez loin".

Toutefois, je me fais plusieurs remarques.
Tout d'abord, il est question de reversement aux familles les plus modestes et d'exonérations pour les métiers trop dépendants du transport routier.
On peut se dire, a priori, que c'est juste.
Je ne peux toutefois m'empêcher de penser :
1- pour les plus modestes et les plus exposés, si le bilan financier est nul, sachant que la mesure a clairement pour objectif de pousser les gens à faire des efforts, quel effort seront-ils incités à faire ? cela revient à les exonérer de l'effort d'économie collectif qui est demandé. Bien sûr que les plus modestes seront les plus touchés, mais ne doit-on pas pour autant considérer qu'ils doivent être, comme tout le reste de la population, sensibilisés à la nécessaire économie d'énergie dans nos comportements quotidiens. J'aurais aimé que nous allions plutôt vers la compensation pour celles et ceux qui n'ont pas d'alternatives à la voiture. Et même en ce cas, j'ai pu noter que la hausse d'un coût de l'essence accélère les réflexes de co-voiturage... non par soucis écologique, mais par attrait de l'économie réalisée dans le partage des coûts d'essence. J'ajouterais qu'il pourrait être judicieux de conserver une part des bénéfices de cette taxe carbone pour aider au financement de transports collectifs ou de solutions souples et nouvelles de plate-forme locale de co-voiturage, de Plans de déplacements d'entreprise ou de TAD (Transports à la demande).
2- pour les professions exposées, j'en dirais autant. J'ai plaidé pour un transfert de charges du travail vers l'énergie. C'est à dire qu'un renchérissement du coût de l'essence puisse se répercuter sur des baisses de charges sur le travail de sorte que les entreprises aient une pression fiscale égale.

Car en l'état, la mesure sera supportée par les classes moyennes. Est-ce juste ?
Je n'en suis pas convaincu.

Je pense en tout cas que l'amorce étant faite, la mesure sera perfectible à l'avenir et que son principe est dorénavant acté (constatons au passage, une fois de plus, que le sujet ne sépare pas la classe politique entre une droite qui serait pour la mesure et une gauche qui serait contre - CQFD).

Le perfectible, ce sera en premier lieu de profiter de la présidence suédoise de l'Union européenne pour avancer sur une proposition de taxe carbone européenne. Sans quoi, la mesure accentuera encore le fossé entre les fiscalités sur les produits pétroliers avec nos voisins (luxembourgeois par exemple).

Deuxièmement, n'abandonnons pas l'idée d'un transfert de fiscalité du travail vers l'énergie.
D'autres formules méritent d'être approfondies afin d'élargir la taxe carbone et augmenter les recettes qu'elle créera. Non pour abonder des caisses publiques un peu sèches, mais pour alléger les charges sur le travail et financer des mesures (notamment industrielles) permettant à notre économie de disposer d'une énergie non carbonée (pour la production électrique, le déplacement des personnes et des marchandises et pour le chauffage des bâtiments) :

Rappel des autres mesures, en vrac :
- élargir la taxe carbone à toutes les énergies afin d'associer l'effort contre les gaz à effets de serre à un effort d'économie d'énergie au sens général (y compris si elle est produite à partir de "renouvelables")
- élargir la taxe à un prélèvement supplémentaire sur les bénéfices des distributeurs d'énergie.
- conserver une part des recettes de cette taxe pour alléger la taxation sur le travail selon un principe des vases communiquants (selon le principe que
chaque nouvelle taxe ou prélèvement à caractère écologique viendrait en remplacement d’une taxe ou d’un prélèvement existant et qu’on réduirait ou supprimerait). Il s'agira évidemment de veiller à ce qu'une telle mesure n'ait pas l'effet pervers d''allèger la pression fiscale sur les grandes entreprises très émettrices de GES, soumises au protocole de Kyoto, et qui seraient à la fois éxonerées de la taxe carbone (éxonération à éviter dès lors) et allegées de taxes sur les entreprises (sociales ou professionnelles).
- établir une taxe sur tous les produits commercialisés à hauteur du niveau de CO2 émis pour sa fabrication et son acheminement jusqu'à l'acheteur final. Une sorte de TVA rebaptisée TCo2A (Taxe sur le CO2 Ajouté).