vendredi 30 mai 2008

Question : les champs doivent-il servir ...



à nous nourrir où à faire rouler nos voitures ?
avril 2008

Depuis quelques semaines, l’actualité est dominée par la crise alimentaire. Elle s’ajoute aux régulières annonces de baril de pétrole qui augmente.

Il y a comme un sentiment de « limites atteintes » qui plane. Comme si, ça y est, l’humanité était arrivée au fond du pot de confiture. Ce n’est pas une crise passagère comme ces crises financières qui, une fois l’orage boursier passé et le ménage fait chez les affairistes, tout reprendrait son cours. Non, cette fois-ci, les matières premières, le nombre d’hectares de terres arables, sont en quantité insuffisante pour satisfaire les besoins de tous… du moins en moyenne, si on considère que certains consomment bien plus qu’ils n’en ont besoin et qu’à l’heure des pénuries, il serait peut-être temps de partager.

J’entends ici ou là des commentateurs (journalistes notamment) s’étonner que des organismes mondiaux n’aient pas sonné l’alarme plus tôt.

En réalité, cela fait longtemps que des organismes sonnent l’alarme. Pas tous certes. Mais c’est un peu comme le réchauffement climatique. L’hypothèse contrarie tellement d’intérêts, et en premier lieu notre confort pérenne, que nous attendons l’unanimité de tous les experts pour se rendre à l’évidence. Mais ce moment d’unanimité est souvent concomitant avec le drame lui-même. On n’a d’attention que pour ce qui se passe et non pour ce qui pourrait se passer dans un futur plus ou moins proche.

Ainsi, nous ne devons plus parler de générations futures, parce que ces générations futures, c’est nous, aujourd’hui et ici.

Dire qu’on n’a pas été prévenu suffisamment tôt est évidemment faux. En réalité, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

La prise de conscience est là. Les tensions augmentent. Les grands patrons commencent à s’inquiéter. Le PDG de Nestlé dénonce les carburants verts qui font monter le prix des aliments. Le PDG de Total alerte sur les réserves de pétrole. Des manifestations de subsistance se multiplient. Dans nos pays occidentaux, de telles manifestations contre la vie chère vont également se développer. And so what ?

Je n’ai pas le sentiment qu’on avance dans des solutions à la même vitesse que les problèmes grandissent.
Pourtant, on connaît les causes.
Le nœud du problème est notre dépendance au pétrole. Il devient rare donc de plus en plus cher.
Il faut donc trouver des alternatives au pétrole. Mais avec le postulat de départ qui est que le nombre global de voitures circulant sur la planète doit continuer d’augmenter car c’est bon pour les constructeurs automobiles et donc pour l’économie, alors les alternatives n’existent pas et l’on va dans le mur.

Des moyens importants ont été mis sur les carburants d’origine végétale. Mais la concurrence qu’ils établissent sur la production alimentaire se révèle catastrophique. Dès maintenant, il me paraît évident que le gouvernement français doit sans tarder arrêter tout soutien à l’industrie des biocarburants (improprement nommé « bio ») et ré investir son soutien à la biomasse dans les seules directions aujourd’hui écologiquement et énergétiquement viables que sont l’exploitation des déchets végétaux (méthanisation) et les centrales qui fonctionnent en co-génération (production de chaleur et d’électricité). En aval, plusieurs marques de véhicules soi-disant verts arrivent aujourd’hui sur le marché. Ils se qualifient ainsi parce qu’ils roulent à l’éthanol ou au biodiesel. Il ne faut pas acheter ces véhicules.

On table aussi sur d’autres énergies telles que la bicarburation, ou les moteurs hybrides. Prometteuses mais insuffisantes.

Au fond, ce dont nous avons besoin est d’une véritable offre de modes de vie qui nous rende moins dépendant du transport routier. Et ce à l’échelle planétaire. Beaucoup moins de recours à la route, ce sera de l’énergie pour tous, économisée et préservée, partagée et pour longtemps.

Pour cela, je milite résolument pour un vaste plan Marshall de l’énergie. Les Etats, et en premier lieu l’Europe, doivent débloquer des moyens considérables pour financer de nouvelles infrastructures ferroviaires et de transports par voies fluviales et maritimes.
Il fut des moments dans l’Histoire ou de tels moyens furent débloqués. Ces moments étaient graves. Celui que nous vivons aujourd’hui, ne nous y trompons pas, est grave.
Au lendemain de la guerre, l’Europe s’est construite sur la nécessité de nourrir les habitants de son continent. Elle a créé la Politique Agricole Commune. Aujourd’hui, la crise énergétique justifie une politique de même ampleur. Créons la PEC : la politique énergétique commune. Celle-ci aurait selon moi deux grands chantiers : celui de financer un réseau européen de nouvelles voies ferroviaires pour les transports des marchandises en premier lieu, et des personnes en second lieu (doublement des lignes actuelles, construction de nouvelles lignes dans des secteurs non maillés). Deuxième grand chantier à mener en lien avec la réforme de la PAC : une relocation des productions alimentaires afin de faire des terres arables européennes des terres qui nourrissent les populations alentour avant de servir l’exportation. Ce modèle vaut pour tous les pays du monde.

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