mercredi 30 décembre 2009

TAXE CARBONE annulée - coup de gueule

Non, on ne peut se réjouir comme le font les Verts et le PS de l'annulation de la Taxe carbone par le Conseil Constitutionnel. Annulation que les seconds ont initié et que les premiers applaudissent !
Oui, cette Taxe était imparfaite et je renvoie aux deux billets que j'ai publiés sur ce blog à ce sujet. Mais le mieux est l'ennemi du bien.
Cette annulation alourdit l'échec du Sommet de Copenhague.

Il est juste de rappeler que trop d'émetteurs de CO2 étaient exonérés. Il fallait pourtant y voir un premier pas décisif et mener non la bataille pour l'annulation de ce premier pas, mais pour son amélioration. C'est en tout cas le combat que je mène et je dois dire que c'est toute une autre conception de l'action politique qui est ici illustrée.

Le gouvernement a annoncé sa volonté de présenter un nouveau texte fin janvier.
Tant mieux !
Soyons tous constructifs. L'enjeu n'est pas d'être avec ou contre ce gouvernement, mais de prendre le parti des intérêts de la planète.

Si nouveau texte il doit y avoir, l'élargissement éventuel de cette taxe à davantage d'émetteurs est souhaitable. Elle devrait d'ailleurs permettre une rentrée d'argent plus importante.

Au fond, j'ai toujours été convaincu qu'il fallait viser en priorité la taxation des produits via une TVA carbone. Elle viserait à la fois les produits très énergivores pour leur fabrication, et les produits ayant beaucoup voyagé pour arriver au consommateur.
Quant à la reversion, si elle est justifiée à mon sens pour les usages contraints de la voiture, elle ne l'est pas, à mon sens, dans sa version large telle que prévue dans le texte rejeté.
Car au fond, la logique de toutes les éco-taxes, quelles qu'elles soient, doit avant tout de servir au financement des services et productions écologiques.

Ainsi, les recettes issues de la taxe carbone, quelles que soient la formule retenue, devrait aller majoritairement et prioritairement au financement des transports publics, des solutions de voitures partagées (co-voiturage, auto-partage), des voitures électriques, des opérations d'isolation des logements, de remplacement des chaudières, et de l'investissement dans les énergies renouvelables. C'est aussi sous cette forme que cette taxe sera plus acceptable pour tout le monde. Savoir qu'on paie pour le financement d'alternatives est plus acceptable et plus enthousiasmant que de se dire qu'on paie juste pour se contraindre. Si je prends ma voiture tous les matins pour aller travailler, qu'on me dit que je vais payer quelques euros de plus mon plein d'essence, je me réjouirai de savoir que c'est pour que je puisse disposer sur mon trajet d'ici quelques années d'une ligne de bus, de TER, de TAD ou d'une solution de co-voiturage efficace.

Pourquoi ne pas, d'ailleurs, profiter de l'occasion pour créer une Banque publique d'investissement pour les solutions sans-fossile ? (en anglais ça sonne mieux : une Fossil-Free Public Bank) dont les fonds proviendraient des recettes de la taxe carbone et qui financerait les investissements lourds dans tous les domaines aujourd'hui émetteurs de CO2: transport, bâtiment, industrie, déchet, agriculture. Une telle démarche, si elle voyait le jour en France, pourrait ensuite connaître un développement européen, voire mondial.

jeudi 24 décembre 2009

JOYEUX NOEL

Ah, si tout le monde avait autant de distance et d'humour sur ce qui fait son action quotidienne !
Etre sérieux sans se prendre au sérieux.

Régionales 2010 en Alsace

Je viens d'être désigné tête de liste pour les régionales de 2010, pour le Mouvement démocrate, en Alsace.
Avant le vote des militants, quelques-uns d'entre eux m'ont posé des questions auxquelles j'ai répondu. Voici ces questions et mes réponses.
Ces réponses sont un aperçu de l'approche qui sera la mienne durant cette campagne. Tous les sujets n'y sont évidemment pas abordés et c'est bien le but d'une campagne de pouvoir développer ses idées.
C'est pourquoi, dans quelques jours, un site de campagne sera ouvert et je concentrerai mes notes sur ce site.

Quant à ce blog personnel, il restera ma "soupape" pour exprimer, le cas échéant, des avis, impressions ou relayer des initiatives qui n'ont pas de rapport direct avec cette campagne des régionales.

Bonnes fêtes à tous,

mardi 24 novembre 2009

TVA restaurateurs, le Sénat avait pourtant raison

En votant le retour à un taux à 19.6% de TVA pour les restaurateurs, le Sénat avait triplement raison.
- Raison parce que les restaurateurs n'ont pas joué le jeu et tout le monde peut s'en rendre compte. Si des efforts sont - parfois - affichés sur la carte, si des embauches ou des investissements ont été faits, ils sont rarement de l'ordre des 14% de marges que leur a offert un passage de 19.6% à 5.5%.
- Raison parce qu'il n'y avait aucune raison de faire un cadeau de près de 3 milliards d'euros à une seule profession et pas à d'autres
- Raison enfin parce que l'effet collatéral de cette mesure qui a nécessité un accord européen a été la mise au placard de toute possibilité rapide d'avoir une TVA environnementale. Ceci n'avait à l'époque pas été assez dit. La pression de la France sur le dossier de la TVA des restaurateurs s'était alors faite dans un contexte où la question de la TVA faisait l'objet de discussion pour permettre des modulations des taux de TVA en fonction de la valeur environnementale des produits (TVA plus faibles pour les produits à forte valeur environnementale, TVA plus élevées pour les produits polluants ou émetteurs de gaz à effet de serre). L'effort consenti pour les restaurateurs avaient à l'époque justifié qu'on renvoie aux calendes grecques la question de la TVA environnementale au motif "qu'on en avait assez fait sur ce sujet" !

A penser qu'il fallait aider une profession telle que celle des restaurateurs, pourquoi une mesure aussi générale et aveugle que la baisse de TVA qui profite à toute une profession indistinctement des problèmes réels des uns et des autres (et on devine les disparités dans cette profession comme dans tant d'autres) ?
Tant qu'à dépenser 3 milliards d'euros, autant maintenir une TVA à 19.6 et distribuer ces milliards avec un minimum de justice , c'est à dire en lancant une concertation accordant des aides ou des prêts à taux zéro pour l'embauche ou l'investissement en échange de la signature d'un contrat liant l'Etat et les restaurateurs, établissement par établissement.
De surcroît, n'aurait-on pu imaginer qu'une telle somme, dans le contexte actuel, serve plus globalement à toutes les entreprises de type artisanale, TPE et TPI selon des contrats d'objectifs.

Il reste plus que jamais à l'ordre du jour de remettre à plat toute cette politique des niches fiscales dont l'inéquité n'a d'égal que l'inefficacité.

vendredi 20 novembre 2009

Grand emprunt... emprunter à ceux à qui on a prêté

Il est proposé que le grand emprunt soit de 35 milliards d’euros mais que, finalement, on se passerait de l’épargne des français. C'est-à-dire qu’on emprunterait sur les marchés, c'est-à-dire aux banques. Et dans le détail, l’emprunt effectif serait de 20 milliards. Les 15 milliards restant étant pris sur le remboursement de l’argent prêté aux banques. Cela me rappelle des scènes comiques de films où un emprunteur dit à son banquier : je te dois 20 livres. Prête-moi 40 livres et je te rembourserai les 20 que je te dois. La différence est que l’emprunteur ce sont les banques. En effet, les banques nous doivent 15 milliards qu’elles nous rendent et au moment même où cet emprunt d'un montant double est lancé... quelle heureuse coincidence !. Non seulement cela revient à leur redonner les 15 milliards, mais en plus sous une forme d’emprunt sur lesquels nous allons payer des intérêts.
Je dis "chapeau bas" !

Presidence de l'Union : Habemus PAPAM !

C’est ainsi qu’on aurait pu attendre que s’expriment les chefs d’Etats réunis en conclave hier soir pour désigner le premier Président du Conseil de l’Union européenne.

Le choix s’est donc porté comme on pouvait s’y attendre sur une personnalité à l’envergure peu gênante pour les chefs d’Etats. On ne passe pas aisément d’une somme d’Etat nation à une forme plus fédérale ou confédérale.
Patience car un Président pour 2 ans et demi, même faible, c’est mieux qu’une présidence tournante tous les 6 mois (même si ce petit manège va en partie continuer).
Rêvons maintenant de la prochaine étape : celle du prochain Traité (il y en a un nouveau tous les 4 à 6 ans) qui nous mettra sur la voie d’un Président élu au suffrage universel des citoyens européens.
Bien sûr, il sera rétorqué ici où là que la présidentialisation de la vie politique telle que nous la vivons difficilement en France n’est pas géniale. Mais l’objectif prioritaire d’une telle mesure est à voir ailleurs : elle est de faire de l’Europe un continent politique qui puisse agir, sur tous les sujets, d’égal à égal avec les puissances continentales qui gouvernent le monde et le gouverneront de plus en plus : Etats-Unis, Russie, Chine, Brésil, Inde. Une Europe politique, c’est une Europe qui place enfin à leur juste place les Etats européens qui la composent… quelque peu à celui où sont aujourd’hui les Etats des Etats-Unis… c'est-à-dire puissants dans leurs prérogatives intérieures, mais faibles quant aux politiques relationnelles avec le reste du Monde.
Maintenant que nous avons l’application du Traité de Lisbonne, peut-être serait-il temps de remettre à l’ouvrage l’idée d’une Constitution européenne, une vraie, courte, forte et allant à l’essentiel.

mercredi 14 octobre 2009

vivre en milieu rural de manière durable

Cette note, écrite par Ludovic Colin, détaille la visite de la commune de Beckerich au Luxembourg.

Cap vers le développement durable en zone rurale pour la vingtaine d’adhérents et sympathisants réunie à Beckerich le samedi 10 octobre à l’initiative de la fédération Modem pour les français au Luxembourg. Cette visite instructive et conviviale s’est déroulée en compagnie de Camille Gira, Bourgmestre-Député de la commune : l’occasion de réfléchir au-delà des frontières à une économie plus responsable et capable de répondre aux enjeux climatiques.

Revitalisation du patrimoine culturel et naturel, économies d’énergie, création d’emplois locaux, développement des infrastructures, intégration sociale, Beckerich peut être fière du chemin parcouru ces 27 dernières années. la commune couvre aujourd’hui 90% des besoins en electricité et 40% des besoins en chaleur des ménages à partir des énergies renouvelables. Elle est bien partie pour atteindre son objectif d’autonomie énergétique d’ici 2025.

Elle doit cette réussite à l’engagement et la volonté de citoyens responsables en avance sur leur temps, des citoyens capables d’apporter des solutions innovantes dans une démarche d’intérêt général. Camille Gira est sans contexte le symbole de cette révolution douce du développement durable à Beckerich. Visionnaire, il a su convaincre progressivement ses concitoyens à une autre manière de produire, de consommer et d’entreprendre.

Pour y parvenir, il est important selon Camille Gira d’avoir une bonne connaissance de son territoire. Ensuite il insiste sur le dialogue avec les citoyens et leur engagement dans les projets communaux. Les citoyens sont en effet sollicités au sein des commissions consultatives de la commune et participent au processus de décision. La commune propose d’acheter en co-propriété des panneaux solaires photovoltaiques sur les toits des batiments comunaux, c’est déjà le cas pour 10% des ménages. En matière de fiscalité la commune s’est appuyée sur le principe pollueur payeur. Elle n’a pas attendu le gouvernement luxembourgeois pour proposer des subsides aux particuliers pour l’achat d’appareils ménagers plus économes en énergie. Enfin, la communication et la formation restent indispensables pour changer durablement les comportements des citoyens.

Cette stratégie axée sur la décentralisation et mutualisation de l’énergie a nécessité un engagement politique fort et des investissements de l’ordre de 10 millions d’euros financés par l’endettement. Mais aujourd’hui les rentrées fiscales sont plus importantes grâce aux produits de la vente de l’eau minérale. La commune a réalisé de fortes économies d’énergie et donc de dépenses à travers par exemple la rénovation des écoles et construction du hall sportif à basse consommation d’énergie ou encore la création d’un service de télégestion de l’éclairage public permettant des économies de 16 tonnes de CO2 chaque année.

Les consommateurs à Beckerich sont les premiers bénéficiaires de cette politique. Le prix du chauffage communal proposé ne dépend qu’à hauteur de 20% des variations du cours du pétrole ; ce qui leur assure un avantage certain à long terme en termes de pouvoirs d’achat par rapport aux consommateurs d’autres communes. Les entreprises peuvent louer des bureaux à un prix relativement faible et accéder aux NTIC à haut débit. Les citoyens profitent d’une amélioration des services à la personne (crèches, maison de retraite) et du développement des moyens de transport. Enfin les projets de coopération cofinancés par la commune visent à améliorer les conditions de vie et le développement économique des populations du Sud.


Cette politique intégrée de développement a véritablement conquis les adhérents et sympathisants Démocrates. Tous ont bien compris, à la suite de la visite guidée de la salle de biométhanisation et de la chaudière à copeaux de bois, le potentiel de développement des énergies renouvelables et leur rôle dans le développement des territoires.

Yann Wehrling membre du bureau politique du MoDem, présent lors de cette visite, voit dans l’expérience de Beckerich un espoir pour une politique énergétique plus équilibrée en France. « sortir du nucléaire en France sera très difficile vu le poids politique des partisans de cette énergie. Le vrai compromis politique est de diviser par 2 au cours des 15 prochaines années la part du nucléaire dans la production électrique en profitant de la fermeture obligatoire des plus vieilles centrales ». Camille Gira est plutôt perplexe quant à un changement de politique en France. « Le gouvernement francais continue de mettre tous ses œufs dans le même panier lorsqu’il dit vouloir investir autant dans le nucléaire que dans les énergies renouvelables ! »

Penser global et agir localement avec des citoyens davantage acteurs de leurs destins tel est le message que nous livre la commune de Beckerich. D’une part, le changement climatique est un processus inévitable tout comme la mondialisation et il ne sert à rien de refuser les changements ; d’autre part, il est important de garder le sens des réalités et de replacer l’Homme au cœur de ce processus.

Finalement cette visite pourrait être une source d’inspiration pour l’élaboration d’un projet de politique au niveau des aglomérations de communes et des régions en France. Trois idées fortes semblent se dégager.

La cohésion territoriale européenne est certainement une objectif important à intégrer pour renforcer et étendre l’impact d’une politique dans le domaine des transports, de l’énergie et de l’habitat. Le Bourgmestre de Beckerich ne s’y est pas trompé. Il fonde d’ailleurs de grands espoirs dans la coopération européenne à travers par exemple le programme européen SEMS1 visant à développer des systèmes de gestion intelligents des réseaux électriques.

Les acteurs de l’économie sociale et solidaire (coopératives, mutuelles, fondations, associations, entreprises sociales) jouent un rôle moteur dans le développement local. Ils demandent une meilleure reconnaissance et une plus grande autonomie financière. La réflexion porte donc sur le développement de financeurs solidaires (banques coopératives, incubateurs sociaux…).

Enfin, les collectivités territoriales doivent adopter une démarche de long terme et montrer l’exemple en se dotant notamment d’infrastructures à énergie passive et d’un réseau d’installations en énergies renouvelables.

Mise en service depuis 2004 la coopérative « Biogass Beckerich » collecte chaque année le lisier et fumier de 19 fermes propriétaires. Elle dispose d’un module de cogénération unique au Luxembourg et d’une chaudière. Elle produit en moyenne 6.000 m3 de biogaz par jour et alimente l’équivalent de 120 ménages via le réseau de chaleur.

Ce projet de biométhanisation représente un investissement de 4 millions d’euros financé à 53% par le Ministère de l’Agriculture le reste en apport de capital et ligne de financement auprès de la banque Dexia.

vendredi 14 août 2009

SECHERESSE et MAÏS



Cette étrange chose en photo est un de mes trophée de guerre.
Il s'agit d'un maïs pris dans un champ irrigué dans le centre de la France, durant l'été 2005, en pleine sécheresse.
Figé dans la position où je l'ai immortalisé, je l'ai très inhumainement privé d'eau... ce qui explique sa langue sortie (attitude fréquente chez le maïs qui a soif).

Plaisanterie mise à part, je note que les étés se suivent et ... se ressemblent :
Chaque été, plusieurs régions françaises ont soif. En 2005, les décrets préfectoraux se faisaient attendre pour les restrictions d'irrigation, et dans le même temps, la ministre de l'écologie d'alors demandait aux français de prendre moins de douches.
Aujourd'hui, les décrets sont là, et les champs de maïs également.

L'occasion m'est donc donnée de rappeler ce que je disais en 2005 et que je continue de penser aujourd'hui.

Tout d'abord, il est juste de rappeler que les usages de l'eau sont très majoritairement le fait de l'irrigation des cultures et non d'un usage des particuliers. Ceci n'exonère pas les particuliers de tout effort d'économie de l'eau, mais replace les priorités d'action là où elles doivent être.
Deuxièmement, il est juste de dire que la culture du maïs est parmi la plus consommatrice d'eau.
Il est également juste, comme je l'ai entendu dire par un Préfet, que le maïs sert à nourrir le bétail qui, s'il n'avait pas ces céréales, obligerait les éleveurs à le faire venir d'autres continents (importation pourtant existante malgré tout car la production céréalière nationale, à ma connaissance, ne suffit pas à nourrir tout notre bétail).

MAIS, la réalité qui est infiniment plus préoccupante est la pénurie d'eau maintenant récurrente. Le changement climatique y est pour quelque chose et on doit donc faire avec la sécheresse durablement.
J'ajoute que depuis plusieurs années maintenant, la profession agricole, du fait de pratiques impactantes sur l'environnement, continue de se traîner une mauvaise image auprès de la population. Je m'en désole plus que je m'en réjouis, car nous avons besoin des agriculteurs pour nourrir les gens et un des enjeux des prochaines années, c'est de trouver enfin des solutions dans les méthodes agricoles qui soient moins impactantes sur l'environnement et qui, j'en suis convaincu, amélioreront mécaniquement l'image des agriculteurs dans l'opinion publique.

En l'occurrence, pour le maïs, ma solution est de pousser de manière incitative (voire obligatoire dans les départements les plus touchés par les sécheresses à répétition) à des cultures ou des pratiques fourragères moins gourmandes en eau :
La plus évidente est évidemment de redonner au bétail des hectares de pâtures.
Mais pour répondre plus directement aux besoins immédiats dans les exploitations qui dépendent du maïs, il faut remplacer la culture du maïs par des cultures nettement moins gourmandes en eau comme le sorgho par exemple.

lundi 3 août 2009

Lincoln et Obama

Je ne résiste pas à l'envie de vous inviter à vous procurer cette émission diffusée samedi 1er août sur France Culture, consacrée à Abraham Lincoln :

On y apprend mille choses intéressantes. Mais on y apprend surtout qu'Abraham Lincoln était républicain et que les républicains étaient contre l'esclavage.
On y apprend qu'en ce milieu du 19° siècle, les partisans de l'esclavage étaient les démocrates.
On y rappelle que le grand modèle de l'actuel Président américain, Barack Obama, le démocrate, est ... Abraham Lincoln le républicain.

Et alors me direz-vous ?
Et alors, ... il est bien utile, en distraction d'été radiophonique, de méditer sur quelques pages de l'Histoire. Les étiquettes politiques sont décidément d'une grande relativité. Voilà confirmé - si cela devait l'être - qu'on devrait toujours juger ceux qui décident en fonction de ce qu'ils font et pensent avant de les juger sur l'étiquette qu'ils portent.
Comme disait l'autre : "l'habit ne fait pas le moine".

mercredi 29 juillet 2009

Taxe carbone, suite

Le rapport est rendu, et la préconisation sera d'augmenter le litre d'essence de 7centimes d'euros par litre.

Comme je l'ai dit dans un billet précédent, j'approuve (en général) tout effort qui va dans le bon sens et je me garderais bien d'être agaçant en disant, tel un disque rayé et plaintif : "ça ne va pas assez loin".

Toutefois, je me fais plusieurs remarques.
Tout d'abord, il est question de reversement aux familles les plus modestes et d'exonérations pour les métiers trop dépendants du transport routier.
On peut se dire, a priori, que c'est juste.
Je ne peux toutefois m'empêcher de penser :
1- pour les plus modestes et les plus exposés, si le bilan financier est nul, sachant que la mesure a clairement pour objectif de pousser les gens à faire des efforts, quel effort seront-ils incités à faire ? cela revient à les exonérer de l'effort d'économie collectif qui est demandé. Bien sûr que les plus modestes seront les plus touchés, mais ne doit-on pas pour autant considérer qu'ils doivent être, comme tout le reste de la population, sensibilisés à la nécessaire économie d'énergie dans nos comportements quotidiens. J'aurais aimé que nous allions plutôt vers la compensation pour celles et ceux qui n'ont pas d'alternatives à la voiture. Et même en ce cas, j'ai pu noter que la hausse d'un coût de l'essence accélère les réflexes de co-voiturage... non par soucis écologique, mais par attrait de l'économie réalisée dans le partage des coûts d'essence. J'ajouterais qu'il pourrait être judicieux de conserver une part des bénéfices de cette taxe carbone pour aider au financement de transports collectifs ou de solutions souples et nouvelles de plate-forme locale de co-voiturage, de Plans de déplacements d'entreprise ou de TAD (Transports à la demande).
2- pour les professions exposées, j'en dirais autant. J'ai plaidé pour un transfert de charges du travail vers l'énergie. C'est à dire qu'un renchérissement du coût de l'essence puisse se répercuter sur des baisses de charges sur le travail de sorte que les entreprises aient une pression fiscale égale.

Car en l'état, la mesure sera supportée par les classes moyennes. Est-ce juste ?
Je n'en suis pas convaincu.

Je pense en tout cas que l'amorce étant faite, la mesure sera perfectible à l'avenir et que son principe est dorénavant acté (constatons au passage, une fois de plus, que le sujet ne sépare pas la classe politique entre une droite qui serait pour la mesure et une gauche qui serait contre - CQFD).

Le perfectible, ce sera en premier lieu de profiter de la présidence suédoise de l'Union européenne pour avancer sur une proposition de taxe carbone européenne. Sans quoi, la mesure accentuera encore le fossé entre les fiscalités sur les produits pétroliers avec nos voisins (luxembourgeois par exemple).

Deuxièmement, n'abandonnons pas l'idée d'un transfert de fiscalité du travail vers l'énergie.
D'autres formules méritent d'être approfondies afin d'élargir la taxe carbone et augmenter les recettes qu'elle créera. Non pour abonder des caisses publiques un peu sèches, mais pour alléger les charges sur le travail et financer des mesures (notamment industrielles) permettant à notre économie de disposer d'une énergie non carbonée (pour la production électrique, le déplacement des personnes et des marchandises et pour le chauffage des bâtiments) :

Rappel des autres mesures, en vrac :
- élargir la taxe carbone à toutes les énergies afin d'associer l'effort contre les gaz à effets de serre à un effort d'économie d'énergie au sens général (y compris si elle est produite à partir de "renouvelables")
- élargir la taxe à un prélèvement supplémentaire sur les bénéfices des distributeurs d'énergie.
- conserver une part des recettes de cette taxe pour alléger la taxation sur le travail selon un principe des vases communiquants (selon le principe que
chaque nouvelle taxe ou prélèvement à caractère écologique viendrait en remplacement d’une taxe ou d’un prélèvement existant et qu’on réduirait ou supprimerait). Il s'agira évidemment de veiller à ce qu'une telle mesure n'ait pas l'effet pervers d''allèger la pression fiscale sur les grandes entreprises très émettrices de GES, soumises au protocole de Kyoto, et qui seraient à la fois éxonerées de la taxe carbone (éxonération à éviter dès lors) et allegées de taxes sur les entreprises (sociales ou professionnelles).
- établir une taxe sur tous les produits commercialisés à hauteur du niveau de CO2 émis pour sa fabrication et son acheminement jusqu'à l'acheteur final. Une sorte de TVA rebaptisée TCo2A (Taxe sur le CO2 Ajouté).

vendredi 10 juillet 2009

augmenter le prix de l'électricité ?

Dans une situation de marasme économique où chaque foyer est logé à la même enseigne pour ce qui concerne sa facture énergétique, indépendamment de ses revenus, la nouvelle est inquiétante.

A y regarder de plus près, j'attendais l'annonce depuis un moment.
L'emprunt était un signe avant-coureur.
L'artillerie lourde est sortie avec cette annonce qui embarrasse autant qu'elle arrange.
"Embarrasse" parce qu'elle a un un caractère éminemment impopulaire. Et les tarifs étant réglementés, la décision en revient au gouvernement qui ne peut ignorer le "peuple".
"Arrange" parce que la production électrique française est en difficulté.

Passons sur les investissements à l'étranger pour lesquels je ne vois absolument pas pourquoi ce sont les français qui les paieraient.

Le vrai problème que l'Etat doit discuter avec EDF, ce sont les risques pour l'alimentation électrique du Pays.
J'ai quelque peu le sentiment que toutes les options, une fois de plus, ne sont pas étudiées.

On m'a relaté un petit problème lorsque j'étais aux États Unis.
Pas les risques d'accidents, pas le problème des déchets, ... non rien de tout ce qu'on entend habituellement à propos du nucléaire.
Non, cela s'appelle l' effet "falaise".

Explication :
Le parc nucléaire français s'est construit en un temps très court (quelques 10 ans entre la fin des années 70 et le début des année 90), avec un budget colossal qui était, il faut le dire, dans un contexte économique autrement plus favorable.
Les 58 réacteurs actuels ont donc tous démarré dans un laps de temps court, d'environ une dizaine d'année. De fait, si la durée d'exploitation effective des réacteurs ne dépassait pas leur durée de vie de conception, on devrait arrêter quelques 13 réacteurs d'ici 2020 et 24 réacteurs supplémentaires entre 2020 et 2025... soit plus de 60% du parc nucléaire français, et donc environ 50% de notre production électrique. A quoi s'ajoute que la standardisation de tous les réacteurs (tous construits selon des caractéristiques voisines) a pour effet de conduire à un vieillissement des composants qui sera identique dans toutes les centrales.
Le risque est donc grand de nous retrouver, en très peu de temps, avec une chute brutale de la production électrique sans solution de rechange. Chute brutale du fait des fermetures de réacteurs qui interviendront les unes à la suite des autres... c'est cela l'effet "falaise"... car la chute est brutale et grande.

Deux options sont aujourd'hui étudiées pour éviter cette chute brutale de production électrique :
- la construction d'EPR (deux réacteurs programmés - 5 ans de travaux au minimum - 3 à 4 milliards d'euros de coût). Pas de nouveau projet en France avant 2020.
- la prolongation de la durée de vie des actuelles centrales à 60 ans au lieu de 30.
- quant aux autres solutions, bien que les appelant de mes voeux, bien que reconnaissant les efforts faits au ministère de l'écologie, je ne suis pas certain qu'on puisse dire que ce sont des solutions aujourd'hui étudiées avec "force" du côté d'EDF.

La prolongation de vie des centrales est, à mon sens, plus un inquiétant compromis politique qu'une solution technique qui serait exempte de tout risque. Il ne me rassure donc guère et ne devrait rassurer personne, qu'on soit favorable ou non au nucléaire.

Toutefois, faisons un petit calcul :
On a 30 ans devant nous pour trouver une solution à 80% de production électrique (pour peu que ces 80% suffisent à tous les besoins futurs, notamment ceux qui pourraient survenir du fait d'un besoin de trouver des remplacements aux usages d'énergies fossiles, qui, dans ce laps de temps, vont devenir hors de prix - je pense notamment au développement des moteurs électriques au détriment des moteurs thermiques).
Restons dans la logique des partisans du nucléaire : si on construit des EPR au rythme actuel, dans 30 ans, on aura 6 réacteurs EPR en France.
Bien évidemment, il y a un petit problème.
Alors, on fait comment ?
En 2020, on se refait un cycle à la manière des années 80 avec le lancement d'un grand programme nucléaire et la construction de 50 réacteurs EPR sortis de terre en 20 ans, c'est à dire 5 réacteurs tous les 2 ans ? 10 milliards d'euros à trouver chaque année pendant 20 ans. On comprends mieux les besoins d'argent frais d'EDF...
MAIS ...
emprunts et augmentation des tarifs dégageront-ils un tel budget annuel ?
une rallonge de l'Etat est-elle possible compte-tenu de la dette colossale engendrée par la crise économique ?
les français accepteront-ils aussi docilement qu'il y a 30 ans le fleurissement de 50 nouveaux réacteurs à côté des 58 actuels qui seront autant de déchets géants dont le démantèlement demeure encore aujourd'hui une incertitude technique et financière.

Permettez-moi d'avoir un vague doute sur tout cela ?
Mais je veux rester ouvert aux arguments contraires.

Et on va me dire, OK, tu as peut-être raison, mais tu proposes quoi ?

J'additionne ces 10 milliards par an auxquels je me permets d'ajouter les 50 milliards que nous dépensons chaque années en achat de pétrole et de gaz, et j'obtiens un budget théorique de 60 milliards d'euros par an potentiellement disponibles pour financer, en politique énergétique nationale (en vrac) :
- un réseau intelligent liant informatique et consommation électrique (projet Obama de "smart grid" - voir mes notes faites à ce sujet dans mes notes de voyages aux États Unis). l'idée, expliquée dans le Monde d'aujourd'hui, est tout bonnement géniale. A terme, chacun maîtrisera à la seconde près et au kwh près sa consommation électrique et pourra être alerté des variations tarifaires en fonction des pics de consommations.
- le financement de centrales solaires thermiques qui ont, semble-t-il des résultats très intéressants
- le financement de centrales électriques issues de l'énergie des mers
- un investissement massif dans les technologies de batteries pour pouvoir stocker l'électricité issus du soleil et du vent et la relier au développement des voitures électriques qui deviendraient les supports de ces batteries. Il faut aussi revoir le système des batteries de voiture électrique qui ne devraient plus être unique dans chaque voiture, mais interchangeable dans des stations services de sorte de résoudre la question de l'autonomie des voitures électriques et le rechargement des batteries (ces dernières seraient rechargées dans les stations service, et pourraient être branchées le soir dans les maisons).
- l'investissement dans les technologies très porteuses des algues productrices de bio-fuels.
- la systématisation de la co-génération dans toute les formes de productions de chaleurs (co-génération = installation d'une turbine là où se dégage de la chaleur pour faire l'électricité).

etc...

Bref, je crois qu'il y a mille solutions pour trouver des réponses qui ne passent pas entièrement dans le renouvellement du parc nucléaire actuel. Si, en plus, nous arrêtions de raisonner "hexagone" pour mettre en commun nos moyens à l'échelle européenne, la mutualisation des moyens et des bonnes idées apporteraient, j'en suis convaincu, des solutions encore plus rapidement.

Encore une fois, et plus que jamais, sortons des slogans, des objectifs sans moyens, et travaillons, chantier par chantier, solutions par solutions, réalités par réalités, sans dénigrement excessif de telle ou telle filière, pour miser sur le bouquet énergétique et sur une baisse sensible de la part du nucléaire... pour les raisons techniques, de délais, et financières évoquées plus haut, et aussi pour réduire notre dépendance à une énergie en particulier (que ce soit le nucléaire ou le pétrole). Car en ce domaine, comme dans bien d'autres d'ailleurs, le vieux dictons qu'on connaît tous mériterait d'être remis au goût du jour : ne mettons pas tous nos oeufs dans le même panier.

jeudi 9 juillet 2009

vous avez dit "absurde" ?

Vous savez tous ce qu'est un sophisme :

"Tous les chats sont des mammifères.
Or, tous les chiens sont des mammifères.
Donc, tous les chats sont des chiens"

ou, pour les amateurs de Woody Allen :

"La mort est un état de non-être.
Or, ce qui n'est pas, n'existe pas.
Donc, la mort n'existe pas".

En voici une autre que m'inspire l'actualité politique d'hier :

Yann Wehrling a été exclu des Verts parce qu'il est trop centriste et pas assez à gauche
Or Martine Billard a quitté les Verts parce que la direction des Verts est trop centriste et pas assez à gauche.
Donc, la direction des Verts doit être exclue des Verts.

Qu'en pensez-vous ?

jeudi 25 juin 2009

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Ce film est splendide, ses images sont à couper le souffle, ... c'est sans doute un des plus percutant film en faveur d'une action rapide en faveur de la planète.
Bref : un film qui ne peut susciter qu'une grande émotion et peut transformer en flamme écologique la faible lueur qui peut exister dans l'esprit de certains.

Diffusée partout entre le 5 juin et le 7 juin dernier, elle a - et personne ne le conteste - provoqué une vague importante en faveur des listes "Europe écologie" en France.

Je m'en félicite pour les idées qu'elle valide et qui sont les miennes. Mon engagement en faveur du développement durable se reconnaît assez dans le propos que Yann Arthus Bertrand développe et qu'il a résumé ainsi : il est trop tard pour être pessimiste.

Chaque personne qui a pleinement conscience de la gravité de la situation (et tous n'ont pas leur carte chez les Verts, tous n'ont pas milité pour les listes Europe Écologie) ont le devoir de trouver toutes les formes d'engagement possible pour ne plus perdre de temps. A ma manière, mon engagement d'écologiste dans un champ politique "non" écologiste, participe de cette idée qu'il faut maintenant se partager les rôles, agir partout où c'est possible, sous une forme d'aiguillon radical (Europe écologie) ou sous une forme d'irrigation de toutes les autres sphères.

Car, sans vouloir minimiser le succès électoral des écolos, force est de constater que la partie n'est pas gagnée.
D'une part, parce qu' en fin de compte, même avec un score à plus de 10% (que je leur souhaite durable et auquel, d'une certaine manière, j'ai participé en construisant cette force au cours de mes 20 dernières années), il n'en reste pas moins qu' une très large majorité (plus de 80%) des électeurs ne sont pas encore convaincus qu'un tel vote est une priorité (voter écologiste nécessite de considérer que cette question est première dans son choix. Or, je pense que dans le choix de bien des électeurs qui n'ont pas voté "écologiste", la considération pour la planète est forte mais pas première. Il faut donc en tenir compte dans les partis généralistes car l'électorat le réclame. C'est le travail que j'ai décidé de mener.
La partie n'est pas gagnée car au final, il faut une majorité, même relative, pour avancer vite. Cette majorité doit-elle forcément s'inscrire dans un des anciens camps ? Je continue de ne pas le penser tant il est faux de penser que les 16% d'électeurs pour l'écologie du 7 juin dernier sont tous des électeurs qui votent à gauche (ce que pensent actuellement les Verts- et, au regard du passé de tous ses leaders, c'est naturel si je puis dire). Il est vrai aussi que 60% des électeurs n'ont pas voté et que les 16% recueillis par l'écologie le 7 juin dernier, ce n'est finalement que 16% de 40%. Et surtout, ne négligeons pas l'émotion populaire liée au film Home qui est le propos de mon billet.

En l'occurrence, sur ce dernier point, comme je le disais : il y a eu émotion.

Je ne vais pas ici développer la théorie du complot même si j'ai du mal à croire au hasard (heureux complot cela dit... pour une fois !). Mais je voulais revenir sur ce phénomène et j'ai volontairement souhaité attendre un peu pour le faire, afin de me permettre une analyse à froid et ne pas m'enfermer dans cette idée de complot, mais plutôt revenir sur tous ces miroirs grossissants ou déformants de notre démocratie qui peuvent nous faire exagérément espérer autant que désespérer.

Si cette émotion a bénéficié à une vision du monde que je partage, elle aurait aussi bien pu bénéficier à une vision différente que je ne partage pas. C'est en cela que je veux me méfier des effets ponctuels et que, relisant quelques notes et articles, cette prudence n'est pas nouvelle dans la réflexion de nos démocraties.

Dans mon périple aux États Unis, j'ai appris notamment qu'une des raisons pour laquelle le Sénat américain, véritable pilier central de la démocratie américaine, est renouvelé par tiers tous les 2 ans, c'est pour que tout changement soit le résultat d'un mouvement de fond dans la société et non le résultat d'une émotion populaire passagère.
Si on peut penser que cela révèle une méfiance vis à vis du peuple, je dois reconnaître que l'évolution actuelle de nos campagnes électorales a quelque chose d'inquiétant.

Nous l'avons vécu lors de cette campagne européenne.
Les cotes de popularité et les sondages indexent non seulement la tonalité des articles de journaux, des émissions de tv et de radios, mais aussi, et c'est plus ennuyeux, l'humeur des candidats, de leurs équipes et des électeurs eux-mêmes.
On a beau émettre les plus grandes réserves sur les sondages, la vérité est que leur abondance rend le microcosme politique et médiatique totalement dépendant et enlève à ces derniers quasiment tout recul.

Il en va de même de l'effet de l'actualité sur l'opinion publique et de l'exploitation immédiate qui en est faite presque sans réserve par les politiques et les journalistes. Ce qui serait juste, c'est l'émotion populaire majoritaire. La mesure, la relativisation des faits, la pondération, le réalisme face à une situation évidemment plus complexe qu'elle n'y parait, interviennent (quand ils interviennent !), plusieurs jours ou plusieurs semaines plus tard... et on notera d'ailleurs que plus le temps passe, plus l'analyse à froid, parfois plus proche de la réalité, devient l'expression de quelques médias confidentiels.

Tout cela me conduit à penser qu'il serait malheureusement hâtif, comme je le lis et l'entends partout, que, ça y est, le temps des écolos serait arrivé. Les effets de surprise sans lendemain aux européennes sont fréquents, sinon systématiques. Et les effets d'une émotion populaire d'un film pourraient bien n'être que passagers. Mais pour le coup, si je ne me désole pas du tout du peu de lendemain de la démarche de Bernard Tapie aux européennes de 1994 ou de Philippe de Villiers et Charles Pasqua aux européennes de 1999, je me désolerais davantage d'un abandon de l'urgence à poser des solutions aux défis climatiques et d'érosion de la biodiversité au motif que les écologistes feraient moins bien aux prochaines élections. Bref, j'ai le sentiment que plus que jamais, soyons dans le constructif, et n'indexons pas l'avenir du développement durable au plus ou moins bons scores des écologistes aux élections... sinon, ce sera le jeu de yoyo électoral permanent. D'où la nécessité de conforter, aussi et surtout, la montée en puissance de discours, de propositions, et d'actes, dans tous les partis... loin des considérations émotionnelles, mais en profondeur.

mardi 23 juin 2009

TAXE ENERGIE, un enjeu de la présidentielle de 2012 ?

Avec la mise en place d’une commission d’experts, la réflexion sur une taxe énergie a été enfin lancée.

Oublions la polémique sur l’identité du président de ce groupe d’expert, Michel Rocard. Elle a une importance inversement proportionnelle à l’enjeu du sujet traité. Car on doit d’abord se féliciter du fait qu’on commence à voir le début de l’existence d’une taxe énergie-carbone.

Je voudrais, en préambule au sujet lui-même, revenir sur ce qui a été annoncé en terme d’objectif donné à cette commission : trouver un consensus sur le sujet. J’ignore si l’usage du mot « consensus » est le terme exact employé, mais toujours est-il que je trouve cet objectif irréaliste. La recherche de consensus revient bien souvent à l’enterrement des solutions au motif que tout le monde n’est pas d’accord. Je connais peu de sujet sur lesquels une unanimité puisse se faire jour. Et comment en serait-il ainsi sur un élément aussi profondément novateur ? J’inviterais volontiers les protagonistes de cette réflexion à se donner plutôt un objectif de large majorité plutôt que de consensus. Cela me rappelle d’ailleurs les débats forts passionnants qui nous ont agité pendant la dernière campagne électorale des européennes. J’avais en effet fortement plaidé (et je continuerai de le faire) pour qu’on mette un terme aux décisions à l’unanimité au plan européen. L’unanimité (équivalent formel du consensus), ce n’est pas la démocratie. C’est la loi du blocage, de l’absence de décisions, et du report de toute réforme au motif qu’elle déplait à un seul,… aussi minoritaire soit-il. Mais pour être complet dans ce préambule, j’ajouterais qu’il faut néanmoins, dans cette recherche de majorité large, ne pas léser un ou plusieurs pans entiers de la société au motif qu’ils seraient très minoritaires. Il peut arriver parfois que l’intérêt général ne soit pas forcément celui de la majorité et que le fait de léser trop gravement un ou plusieurs secteurs de la société qui seraient minoritaires au moment de la décision, finisse, via des mécanismes d’effets collatéraux indirects, par nuire à la société toute entière. En résumé, il est positif de tenir compte de tous les impacts d’une taxe-énergie, mais n’hésitons pas toutefois à avoir l’audace de faire un choix qui pourrait ne pas convenir à tous, dans l’immédiat.

Mais on le voit bien dans d'autres domaines, quand on attaque un problème par le biais économique, dans un sens incitatif ou contraignant, on avance plus vite. Doit-on enfoncer une porte ouverte en rappelant qu'un des moteurs des sociétés humaines, et depuis fort longtemps, est le commerce et l'économie ? Il est dès lors tout simplement réaliste de ne pas chercher à contrecarrer cette nature profonde, mais bien plus posément de la réguler ou de la canaliser pour la rendre durable. Car observons que cette nature humaine est bien aveugle et, sans guide, elle va à l'essentiel, au plus efficace : le profit rapide. Le long terme, la considération de justice sociale et aujourd'hui la sauvegarde de la planète sont des éléments moraux qu'on ne peut demander au « marché libre » d'intégrer de son propre gré. Il ne le fera que s'il y est contraint, et plus encore s'il y trouve son intérêt.

Et nous voilà peut-être au coeur du sujet.

L'économie a besoin de durabilité. Il y a quelque chose de l'ordre de la lapalissade que de dire que pour durer, il faut être durable. Et pourtant, nous constatons encore trop que le développement économique et le développement durable se contredisent. Quand on prend l'exemple de la pêche, par exemple, on comprend aisément de quoi on parle quand on dit qu'il faut avoir un comportement durable pour durer. En l'occurrence, une économie qui ne fonctionne que sur l'exploitation intensive d'une ressource non renouvelable n'est, par définition, pas durable.

C'est donc par la construction de nouvelles richesses, basées sur des ressources renouvelables (énergétiques et de matières premières), que nous réussirons le pari d'éviter, à terme, notre propre autodestruction.

Cette construction est possible si la politique économique et fiscale s’axe sur la démonstration qu’il peut y avoir création de richesse au moins équivalente à celles aujourd’hui en place en pensant durable dans chaque activité économique.

Cette logique dans laquelle semble s’orienter la réflexion de la commission d’expert, j’y ai toujours été favorable car je défends depuis longtemps l’idée - contre bien des écologistes français d’ailleurs - que le système économique actuel, destructeur de la planète, changera de l’intérieur, en utilisant des outils et des logiques qui sont les siens. Il me semble en effet bien plus utopique de vouloir la mort du capitalisme que de sauver la planète. Dès lors, changeons le capitalisme pour le rendre compatible avec les enjeux écologiques.

Parmi les armes de régulation existantes, l’outil fiscal est puissant. Je vois donc dans l’émergence d’une fiscalité écologique, une formidable opportunité de réorienter les productions les plus impactantes sur l’environnement. Les bonus-malus et autres formules de ce type sont les embryons de cette fiscalité. Tout l’enjeu aujourd’hui est d’avancer sans hésitation, quitte à faire des erreurs, afin que l’expérience nous permette de trouver les outils les plus efficaces.

La proposition aujourd’hui mise en chantier : la contribution « énergie climat » n’est d’ailleurs pas le seul outil fiscal. Mais il sera un élément symbolique et fort s’il réussi à se mettre en place

Ne jouons d’ailleurs pas sur les mots. Il s’agira bien d’une taxe. Le mot « contribution », censé rassurer celles et ceux qui ne supportent plus le mot « taxe » ne trompe personne. Mais si on reste sur les mots, la nuance qui, elle, a de l’importance, est d’appeler cette taxe « carbone-énergie » et pas seulement « carbone ». Car derrière cela, se profile l’idée que c’est bien la consommation énergétique qui sera taxée et pas seulement les émissions de Co2.

En effet, qui dit réduction des émissions de Co2, dit en réalité, réduction des consommations énergétiques de toute nature. Il est donc judicieux de faire le lien entre les deux, et de vouloir – enfin – taxer les énergies… toutes les énergies, y compris celles qui sont peu ou pas émettrice de Co2. Même si on doit évidemment prévoir une différenciation dans le taux appliqué pour une énergie fossile au regard d’une une énergie renouvelable, mais globalement, l’idée d’aller vers la réduction des consommations doit concerner toutes les énergies.

On peut même aller plus loin comme le suggère de nombreux experts qui se sont penchés sur la question. Et on pourrait imaginer que le taux global de taxation qui pèse sur la société reste à un niveau égal à celui qu’il est actuellement, mais répartir autrement les prélèvements. Ainsi, prélever des recettes fiscales sur les énergies pourraient permettre de dégager un fonds qui viendrait compenser une baisse d’un autre prélèvement, par exemple celui opéré aujourd’hui sur le travail. Sans doute aurions-là réponse à ceux qui plaideront pour une taxe réduite au motif que la pression fiscale globale a atteint ses limites. Raisonnons en vase communiquant me semble plus prometteur : à savoir que chaque nouvelle taxe ou prélèvement à caractère écologique viendrait en remplacement d’une taxe ou d’un prélèvement existant et qu’on réduirait ou supprimerait. Cette logique a le mérite de rendre plus populaire et donc acceptable cette nouvelle taxe. Cela étant, j’imagine fort bien que dans ces périodes de fortes demandes en fonds publics pour financer des plans de relance, la manne d’une taxe énergie viendrait sans doute à point nommé.

Toutefois, le mécanisme n’est pas aisé à trouver car se pose la question du calcul du montant du taux basé sur la quantité d’énergie utilisée pour le produit qu’on envisage de taxer. La chose devient encore plus complexe si on veut tenir compte de l’origine de l’énergie qui, plus elle serait renouvelable, moins la taxe serait élevée.

Prenons l’exemple de la fameuse « fraise » d’Espagne vendue dans un supermarché de Strasbourg.

Il faut d’abord tenir compte de la quantité d’énergie nécessaire pour la faire pousser. Le chauffage de la serre, l’énergie nécessaire pour l’arrosage. Il y a les coûts en amont : la quantité d’énergie nécessaire pour fabriquer les vraisemblables intrants (engrais, phytosanitaires). A ce stade, on peut réussir à calculer un ratio kg de fraises/quantité d’énergie/carbone émis. Mais vient ensuite le transport entre le lieu de production et le supermarché de Strasbourg. Cela implique un contrôle du circuit effectué (on pourra difficilement faire mieux que de faire un calcul a priori de la distance parcourue et partir du principe que cela s’est forcément fait en camion. Mais il faudra savoir la taille du camion et le volume transporté pour faire un nouveau ratio kg de fraise transporté/énergie consommée pour le transport/carbone émis). And last but not least, il faudra mettre le sujet sur la table du conseil des ministres européens car il parait inimaginable de taxer un produit à la frontière entre 2 Etats de l’Union européenne. Sur ce dernier point, notons que la Suède, qui présidera l’Union européenne à partir du 1er juillet prochain, compte bien proposer une telle taxe au plan européen.

Voici quelques uns des obstacles que j’identifie (et il en est peut-être d’autres). Pour autant, aucun ne me semble incontournable. Car au final, le guide de l’action est de rendre juste le fait qu’une fraise produite dans la périphérie proche de Strasbourg soit moins chère que celle produite en Espagne. La taxe carbone-énergie servira à cela. Le consommateur est « orienté » dans ses choix, et le producteur local est soutenu de fait.

Il va d’ailleurs de soi que si une telle taxe voyait le jour, elle permettrait de l’appliquer, bien entendu à tout produit intra-communautaire, mais aussi et surtout à tous les produits en provenance de Pays non européens. Même si cela devait être considéré comme une mesure à caractère protectionniste, bien que je ne sois pas un chaud partisan du protectionnisme, je suis encore moins idéologue en quelque domaine que ce soit, et je dois reconnaître que s’il s’agit de corriger des aberrations écologiques, il serait idiot d’y renoncer.

Sans vouloir ouvrir de parenthèse trop longue, j’imagine fort bien que des taxes douanières à l’entrée de l’Union puissent rétablir un certain équilibre dans ce qu’on peut qualifier de concurrence faussée. En effet, un produit européen intègre dans son prix de vente les contraintes règlementaires environnementales et sociales que n'intègre nullement un produit chinois ou indien. Une taxe carbone-énergie en serait une de plus. Il me paraîtrait contre-productif de ne pas tenir compte de cela au risque de nuire gravement à la compétitivité des entreprises européennes. Dès lors, je pense qu’il faut, d’entrée de jeu, penser plus sérieusement à un taxe douanière à l’entrée de l’Union européenne qui imposerait aux produits non européens l’équivalent du surcoût environnemental et social qui s’impose aux produits européens. Sans quoi, ce sont toutes nos protections environnementales et sociales qui finiraient par être menacées par un nivellement par le bas mondial. Et c'est, au passage, la taxe carbone-énergie, qui deviendrait bien impopulaire auprès de nos entreprises.


Au-delà de la taxe sur les produits, on peut ajouter un taux appliqué au ménage calculé sur leur factures énergétiques annuelles que chacun serait tenu de déclarer dans sa déclaration annuelle de revenu (dans une nouvelle rubrique : charges énergétiques). Un taux serait appliqué aux entreprises selon un mode déclaratif voisin de celui indiqué pour les particuliers. Et enfin et surtout, un taux devrait être appliqué aux distributeurs d’énergie (calculé sur un pourcentage de leur bénéfice annuel… qu’on sait importants). Il va de soi que, pour les ménages et les entreprises, un système d’allègements fiscaux ou de crédits d’impôts permettrait de tenir compte de critères sociaux et de la situation financière des entreprises.

Un mot sur le marché carbone (protocole de Kyoto).

Cette mesure de taxe carbone-énergie vient en complément des mécanismes déjà à l’œuvre au plan international (qui ne concerne que 40% des émissions) : à savoir le marché de permis à émission de Gaz à effet de serre. Ce mécanisme permet à des gros émetteurs, dépassant leur quota d’émission annuel, de racheter des droits à émission sur le marché des quotas ou de compenser ses excédents d’émission en finançant des opérations dites de « compensation » (tout investissement qui permettrait d’économiser ou d’absorber l’équivalent des carbones trop émis). Sur ce dernier point, je note que les investissements dits de « compensation » ne sont valables que dans les pays en voie de développement. Je m’interroge sur l’intérêt de limiter ces investissements dans les pays en voie de développement. Non pas qu’il faille léser les pays en voie de développement pour lesquels j’imagine plutôt au moins un doublement de l’aide au développement conditionné à des investissement dans le durable, mais quand je vois les difficultés à trouver les financements pour isoler le bâti ancien sur nos territoires, je pense que nous aurions, via les investissements de compensation, un outil financier efficace pour l’isolation du bâti ancien. Je n’invente d’ailleurs rien à ce sujet car, revenant des Etats-Unis, j’ai noté que l’Etat de l’Oregon a mis en place, à son échelle, un tel système. Les entreprises émettant trop de Co2 sont invitées à compenser en finançant des opérations d’isolation des bâtiments, y compris chez des particuliers.

Tout cela étant dit, surtout si le consensus doit prévaloir, et au regard de toutes les questions en suspens, voyant le calendrier défiler, il est fort probable que la question devienne un enjeu de la prochaine présidentielle... et c'est tant mieux !


vendredi 19 juin 2009

Chroniques de la vie politique


Dans la suite de la sortie, le mois dernier, de mon dernier livre de dessins (Petit Traié d'anthropophagie politique - en vente dans toutes les librairies du Grand est et à Paris ou sur commande sur le site de la nuée bleue), avec des textes de Huguette Dreikaus, je me lance dans la publication d'une série de dessins, publiés dans ce livre ... ou inédits.

Et je serai à la disposition de lecteurs de ce blog pour les commenter.

Sachez quand même, que, dans la plupart des cas, c'est du vécu ;)