mardi 31 mars 2009

je ne résiste pas ...

... à l'envie de publier cette photo.

Au détour d'une visite d'une école, à Portland, qui mène des actions exemplaires d'éducation à la préservation de l'eau et pour l'énergie renouvelable (sur laquelle je reviendrai), j'ai vu ce chien se promener dans le parc voisin.


Regardez bien, son train arrière repose sur deux roues.

Une rapide discussion avec la propriétaire du chien m' a informé qu'il était paralysé des pattes arrières et s'était vu poser cette prothèse qui lui permet de continuer à marcher (et rouler aussi).

Ne me demandez pas un commentaire du type "les américains en font décidément trop avec leurs animaux de compagnie"... car je ne suis pas sûr que les français en fassent moins ;) !

... et pourtant, j'aime les bêtes.

vendredi 27 mars (suite)

Mais là ne s'arrêtent pas les investigations de ce centre universitaire de Denver.

L'entreprise gestionnaire d'énergie au Danemark a passé contrat avec cette université afin qu'ils améliorent et proposent des solutions au problème d'efficacité énergétique de la production danoise.

En effet, le Danemark, champion de l'énergie renouvelable a réussi la prouesse de produire assez d'énergie renouvelable pour ses besoins énergétiques globaux intérieurs. Le problème est que seule la moitié de cette énergie est exploitable du fait de l'intermittence.

Pour simplifier, l'éolien ne produit que lorsqu'il y a du vent et cela ne correspond pas toujours aux besoins. Quant au solaire, le problème est identique. L'ensoleillement maximum n'est pas toujours aux heures des besoins à quoi on doit ajouter que la production s'arrête la nuit.

En conséquence, le Danemark continue de devoir produire la moitié de son énergie via les fossiles et l'importation. La chose est absurde et la solution réside dans une solution de stockage de l'énergie produite afin de la libérer en tant que de besoin.

A ce stade de leurs recherches, leur option cible les batteries des voitures. L'idée est simple. Chaque voiture, dès lors qu'elle serait 100% électrique ou hybride, pourrait faire office de stockage de l'électricité. Afin de pouvoir programmer informatiquement la recharge des batteries dans les temps de surproduction, les batteries seraient rechargées dans des stations service, et échangées sur les véhicules qui viendraient se réapprovisionner comme s'ils venaient prendre de l'essence. Ce système d'échange des batteries, en plus de permettre une programmation horaire des recharges, règle un autre problème des voitures électriques, à savoir l'immobilisation des véhicules pendant le rechargement qui dure quelques heures.

Les besoins des véhicules en circulation seraient inférieurs à ces 50% aujourd'hui perdus. Ils étudient donc la possibilité pour ces batteries en grand nombre de pouvoir réinjecter l'énergie stockée dans le réseau électrique.

Il est clair que l'usage de l'électricité aujourd'hui perdue le serait au bénéfice des automobiles en plus des autres besoins. Toutefois, les besoins automobiles n'absorberaient pas, et de loin, les 50% d'excédent. Le bilan final serait de toute façon positif puisqu'il réduirait significativement le recours aux fossiles et à l'importation, et réduirait les émissions Co2 du parc automobile.

Expérience à suivre hautement intéressante !


lundi 30 mars 2009

vendredi 27 mars

Détour dans la banlieue de Denver, sur un site universitaire de recherche qui a investi une ancienne centrale électrique au gaz.
Le site est entièrement occupé par des étudiants chercheurs, et c'est d'ailleurs un étudiant chercheur qui me fait la visite des lieux.

Premier constat, l'université ici, comme toutes les autres aux Etats Unis, fonctionne autant avec des fonds publics qu'avec des fonds privés. Du coup, les recherches sont autant à des fins publiques que pour le bénéfice d'entreprises qui ont leurs bureaux ou sites à demeure.

L'ensemble des recherches visent à l'efficacité énergétique.

La production électrique des Etats Unis étant assurée à 50% par des centrales thermiques utilisant des carburants fossiles, ce centre profite des infrastructures existantes, et notamment des turbines gaz et pétrole, pour tester des solutions techniques améliorant la performance des dites turbines. Il s'agit notamment pour eux d'améliorer la combustion du carburant afin d'augmenter l'efficacité énergétique globale.

Pour leur turbine "pétrole", j'ai été ravi de constater que, là aussi, comme je l'avais vu à Pittsburgh, on parle sérieusement des huiles végétales usagées de cuisson, ainsi que des biofuels issus des déchets agricoles. Leur but est de rendre les turbines compatibles avec ces fuels liquides du futur car pour l'heure, les émissions de polluants suite à la combustion de ces huiles végétales ne sont pas négligeables et ils cherchent à les diminuer.


Plus intéressant à mes yeux étaient leurs recherches déjà bien abouties sur l'amélioration des performances des triporteurs. L'engin m'a semblé immédiatement familier. Il n'en circule quasiment plus en France depuis longtemps. Ils circulent en Italie par tradition, mais surtout dans les Pays en voie de développement. Ils seraient, à travers le monde, entre 50 et 100 millions. Le problème de ces engins, c'est qu'ils sont fort peu efficaces énergétiquement. Leurs émissions de CO2 et de NOx (oxyde d'azote) sont plus importantes que nos voitures récentes (presque 50 fois supérieures) et représentent à elles seules largement l'équivalent des émissions des presque 1 milliards de voitures circulant dans le monde.
Cet institut de recherche, associé à la Banque mondiale et des organismes proposant les micro-crédits, a mis au point un module qui, adapté au moteur de chaque triporteur, réduit de 30% sa consommation de carburant, et de 60% les émissions de polluants comme le CO2. Chaque module coûte environ 300 dollars. Les propriétaires de ces triporteurs (qui gagnent en moyenne 5 dollars par jour) économisent, grâce à ce modules, environ 3 dollars de carburant par jour. Le micro-crédit qui leur est accordé pour acheter le module est remboursé à hauteur de 2 euros par jour. Ils gagnent 1 dollars par jour et au bout de 3 à 8 mois, le crédit remboursé, les 3 dollars de gain sont pour eux.

Plusieurs étudiants, avec l'aide de l'université, ont crée leur entreprise pour fabriquer et commercialiser ces modules. En partenariat avec la Banque mondiale, des micro-financements forment les mécaniciens sur place. Ce projet prend forme aux Philippines, au Sri Lanka et en Chine.

Enfin, outre la réduction des émissions de CO2 (le potentiel de réduction à l'échelle mondiale est considérable), ces engins exposent également bien moins leurs propriétaires aux polluants qui les rendaient malade plusieurs jours par an.

samedi 28 mars 2009

le détail du plan de relance OBAMA pour l'énergie

J'ai obtenu le détail des élements relatifs à l'énergie dans le Plan de relance que Obama a fait voter en février dernier.
Ce plan de relance, appelé ici "stimulus", a pour objectif de moderniser les infrastructures du pays, améliorer l'indépendance énergétique des Etats Unis (le pays importe 70% de son pétrole), développer l'éducation, et mettre en place une protection santé.

Pour l'énergie, c'est 32,7 milliards de dollars qui ont été engagés.
Dans le détail,
- 16,8 milliards pour l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables
dont 5 milliards pour ls programme d'isolation des bâtiments, 3,1 milliards pour la recherche publique sur l'énergie, 2 milliards pour soutenir l'industrie des batteries de nouvelles génération, 6,7% pour les énergies renouvelables.
- 6 milliards pour la gouvernance environnementale
- 4,5 milliards pour la modernisation du réseau électrique
- 3,4 milliards pour la recherche et le développement dans les énergies fossiles (cela concerne notamment la capture et la séquestration du carbone issu des centrales à charbon qui fournissent 50% de l'électricité du pays).
- 1,6 milliards pour le secteur de la recherche scientifique en général
- 0,4 milliards pour l'agence des projets dde recherche avancée.

vendredi 27 mars 2009

mercredi 26 mars

A Denver, mais bloqué par la neige qui paralyse la ville (et mon programme).
Je reviens sur un rendez-vous à Washington... et non des moindres.


J'ai en effet eu le plaisir de rencontrer des agents du ministère des affaires étrangères.

La discussion a principalement porté sur la possibilité ou non pour les États Unis de signer le protocole qui succédera au protocole de Kyoto.

Il est institutionnellement difficile pour les États Unis de ratifier des Traités internationaux dans la mesure où ils doivent disposer d'une majorité de 60 sénateurs (sur 100). 59 sont démocrates.

Jusqu'au changement d'administration, l'idée de toute politique à l'échelon fédéral en faveur du climat était exclue. L'administration Busch a admis le changement climatique en fin de mandat, mais n'a rien fait. A sa décharge, une majorité de démocrates étaient sur la même longueur d'onde... du moins pour ce qui concerne la ratification du Traité.

Obama a demandé au Congrès de rédiger une loi pour mettre en place une politique de réduction des gaz à effet de serre à l'échelle de tout le Pays. La discussion internationale quant à elle est ouverte dans le cadre de la négociation du Traité qui prendra le relais après Kyoto. Mais il sera plus facile de faire passer une loi fédérale pour le Climat que de faire ratifier un Traité international, même si le contenu des engagements devait être équivalent. On pourrait dès lors avoir un résultat quelque peu étonnant qui consisterait à ce que les États Unis ne signent pas le nouveau Traité, mais se dotent d'un arsenal législatif comparable.

Toutefois, tous mes interlocuteurs ne prévoient pas tous les choses de la même manière. Ainsi, pour certains, notamment au ministère des affaires étrangères, il n'est pas exclu que les États Unis finissent par trouver la majorité nécessaire au Congrès pour ratifier un Traité international pour le climat. A cela une raison majeure : le fait que la Chine signe le Traité. Pour beaucoup de parlementaires, la non signature de la Chine rendait et rend toujours inacceptable la signature américaine (ce qui n'exclut nullement un engagement unilatéral des Etats Unis au travers d'une loi fédérale programmant une réduction des émissions de gaz à effet de serre).

Et la signature de la Chine ne serait plus à exclure. La raison en est le marché carbone dont plus personne ne veut être exclu.

Une fois de plus, les considérations économiques sont décisives.

Je fais l'analyse, tout d'abord, que des économistes comme Joseph Stern ont réussi à convaincre les décideurs du coût de l'inaction. Même si beaucoup de décideurs raisonnent souvent trop à l'horizon indépassable d'un mandat électoral, il n'en reste pas moins que les dégâts d'un ouragan, d'une sécheresse, ou d'une inondation peuvent survenir maintenant à tout moment. Le changement climatique n'est plus une menace, c'est déjà une réalité. Dès lors, les décideurs sont tenus devant leurs électeurs de mener des actions et prendre des décisions. Si un ouragan devait survenir, les gens ne tiendraient pas leur chef d'Etat pour responsable, mais personne ne lui pardonnerait son inaction sur le terrain des changements climatiques.

Deuxièmement, l'exemple allemand fait réfléchir. Quand, il y a 10 ans le gouvernement allemand a décidé de soutenir très fortement la filière solaire, l'industrie et les technologies ont suivi. Si bien qu'aujourd'hui, l'Allemagne est devenu le premier exportateur de panneaux solaires dans le monde. Il devient presque paradoxal de constater qu'un Pays qui signe le Traité peut aisément dire à celui qui ne le signe pas : «OK, ne signe pas, comme ça, dans 5 à 10 ans tu viendras m'acheter ma technologie ». Ceci fait réfléchir et il se dessine une course au marché technologique en faveur des énergies du futur.

Les choses évoluent vite. Et c'est tant mieux. Je ne veux pas pêcher par excès d'optimisme car ne vaut que ce qui se mesure et se concrétise réellement. L'intention de l'administration Obama semble toutefois bien présente sur le dossier climatique. Tellement qu'il m'a été dit à plusieurs reprises que si la Chine ne signait pas le futur nouveau protocole, les États Unis maintiendront la loi climat qui est actuellement en cours de discussion au Congrès.

mardi 24 mars 2009

Lundi 23 mars

Fossil Free Fuel (carburant non fossile) est une jeune entreprise pilotée par un jeune de 27 ans basée dans une petite commune dans la banlieue de Pittsburgh. Cette Commune, Braddock, fut autrefois rayonnante grâce à ses nombreuses usines de métallurgie. Des vestiges de bâtiments prestigieux, comme des banques, en témoignent encore.

Dans les années 80, ces usines ont presque toute fermé. La population s'est réduit, s'est fortement paupérisée et cherche aujourd'hui encore sa reconversion.

C'est d'ailleurs toute la région autour de Pittsburgh et Pittsburgh elle-même qui a connu cette crise de la métallurgie (très comparable à ce que nous avons connu en Lorraine).

De l'avis de tous ici, malgré les très importantes pertes d'emplois, 20 ans après, personne ne regrette le brouillard de fumée permanent qui enveloppait la ville, faisait tousser et rendait malade tout le monde, et encrassait tout.

Pittsburgh est réputé dans tous les États Unis pour être une ville qui a réussi sa reconversion. Et en effet, aujourd'hui, toute l'économie s'est réorientée, grâce à ses Universités, vers la recherche et les nouvelles technologies.
Il est à noter que la reconversion a été forcée et non choisie, mais le résultat est là et démontre que quand on le veut, quand on le doit, la reconversion d'une économie toute entière est chose possible.

Braddock, bien qu'encore très marquée, prend cette direction également. Je ne peux objectivement pas penser que cette TPE "Fossil Free Fuel" (FFF) est florissante, mais je fais le pari que dans quelques années, la TPE sera devenue une PME, voire une importante entreprise du secteur.

Le principe est simple. FFF a contractualisé avec plusieurs chaînes de restauration et grands restaurants du secteur pour récupérer leurs huiles de cuisson usagées. Un camion tanker fait hebdomadairement la tournée sur une vingtaine de kilomètres à la ronde. Arrivées à l'entrepôt, les huiles sont filtrées et raffinées. Des particuliers et, depuis peu, une entreprise de transporteurs en camion ont contractualisé avec cette TPE pour s'approvisionner à sa pompe. Un réglage du moteur est nécessaire, mais après cela, les véhicules et camions peuvent s'approvisionner indistinctement avec cette huile recyclée ou à la pompe diesel classique.

FFF a été reconnu par l'Etat comme distributeur de fuel et dispose à ce titre du droit de proposer son huile à sa pompe (moyennant évidemment d'être soumis à la taxe sur les carburants auxquels sont soumis les autres carburants). Pour les clients, l'attrait, certes écologiques, est surtout économiques. Le coût comparé est le suivant :
Diesel classique : $2,2 le galon (€0,4 le litre)
essence classique : $1,99 le galon (€0,38 le litre)
huile végétale recyclée : $1,9 le galon (€0,36 le litre).
L'année dernière, lors de l'envolée du baril, le diesel était à $4,5 le galon (€0,87 le litre). C'est à dire que le prix de l'huile végétale était très concurrentiel. Le pari est évidemment que le diesel fossile va finir par progressivement augmenter (lié au prix du baril) tandis que l'huile végétale restera plus stable (Peut-être pourra-t-on même être payé, un jour, pour manger des frites !).

FFF estime sa marge de progression importante si on réussissait à systématiser et industrialiser la collecte des huiles usagées, dans les restaurants et cantines (à terme, chez les particuliers).
La voiture du futur selon FFF sera un véhicule hybride qui roulera au choix avec des huiles recyclées et raffinées, des biofuels de seconde génération, et (pour une estimation autour du tiers) avec des fossiles. Et si on arrivait à de telles proportions, ce sera un pas de géant pour le climat* (le temps de trouver une solution pour se passer totalement du "fossil fuel" !).

* au même titre que toutes les énergies dites de biomasse, l'huile végétale et le biofuel issu des déchets végétaux est neutre en émission de Gaz à effet de serre puisque, lors de leur combustion sous forme de carburant, les végétaux qui ont permis de fabriquer ces carburants rejettent le carbone qu'ils avaient absorbés durant leur vie.
* et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : cette solution est heureuse pour faire rouler camions et voitures qui continueront encore longtemps de rouler à travers le monde. Cela ne veut pas dire qu'il faudrait oublier dans le même temps que nous ne serons dans une pente de réduction d'émission de gaz à effet de serre que dans des politiques de développement des transports collectifs et de fret ferroviaire (sans parler des justifications urbanistiques).

dimanche 22 mars


Il parait qu'il y en a qui disent, en France, que je suis en vacance. Hier, oui, c'était un peu des vacances. Il faut dire que le dimanche, il n'est guère convenable de rencontrer des agences, bureaux d'études ou ONG pour parler de politique énergétique.

Mon escapade dominicale m'a conduit à une petite heure de Pittsburgh, sur le célèbre site appelé "Falling Water" (connu du moins de tous les amateurs d'architecture). La maison surplombe une cascade d'eau et s'intègre totalement dans une forêt. Splendide, reposant, très inspiré d'un esprit oriental de repos et de silence.

Pourquoi en en parler ici dans un blog "carnet de voyage" consacré à l'énergie ? Je me faisais cette réfléxion sur place : Peut-on imaginer qu'il soit souhaitable que de telles maisons, splendide au demeurant, se posent ici ou là dans les milieux naturels les plus magnifiques ? Les puristes de l'architecture le souhaiteraient. Les puristes de l'environnement, la tête bien sur les épaules, verraient le bilan urbanistique et énergétique et le rejeteraient. Et pourtant, qu'il eut été dommage de ne pas faire Falling Water pour des raisons écologiques ou urbanistiques ! Je dis cela d'autant plus que mon premier réflexe a été de me dire qu'il ne faut pas voir en Falling Water un modèle.

Mais nous voilà, en réalité, une fois de plus, au coeur du sujet. Tout est compromis.
- Oui, il faut accepter l'exception quand elle a pour résultat Falling Water (qui, par ailleurs, est une architecture parfaitement integrée à la nature environnante et très respectueuse de l'environnement qui l'entoure).
- Mais oui aussi au fait qu' il faut absolument concentrer l'urbanisme dans des zones urbaines déjà construite, et donc, limiter à l'exception d'Art les projets tels que Falling Water.

Falling Water est d'une certaine manière un condensé de l'art de l'exception et du compromis... si fréquent dans la décision politique.
... pour le reste, d'un point de vue purement esthétique, on approche la perfection.

samedi 21 mars 2009

Vendredi 20 mars

Rencontre ce matin avec l'une des plus importante Organisation non gouvernementale de protection de la nature : Conservation International. Ils sont assez peu connus en France tant il est vrai que leur action, organisée depuis les Etats Unis, se fixe sur ce qu'ils appellent les hotspots de biodiversité, c'est à dire les secteurs géographiques de la planète les plus riches en biodiversité : voir la carte sur leurs site.

Leur budget annuel (150 millions de dollars) leur procure une force d'intervention importante. Leurs ressources sont à 40% en provenance de dons individuels, 40% de fonds publics, et 20% du privé. Il est à noter qu'il est assez courant aux Etats Unis que chacun donne de l'argent à des ONG. La pratique est infiniment plus répendue aux Etats Unis qu'en France. On me disait que pour beaucoup d'américains, c'est presque une obligation de donner à une ONG, et la question n'est pas de savoir si on donne, mais à qui on donne. De même, les industriels et les très riches (dont la plupart des milliardaires du Pays) sont souvent généreux, autant parce que c'est une tradition que parce que cela participe de leur image. Sur les grands murs en marbre de l'entrée du Centre JFK (haut lieu culturel de Washington), les noms des donateurs sont gravés. On aimerait que les fondations Total ou celles de certains grands groupes puissants français soient aussi généreuses... mais la comparaison est pâle. A leur décharge (mais cela ne les excuse pas totalement), les avantages fiscaux accordés aux donateurs sont bien plus conséquents aux Etats Unis qu'en France.

Revenons à la biodiversité.
Ce rendez-vous avec Conservation international (CI) n'est pas directement lié à la politique énergétique américaine, mais l'incidence de la chasse aux ressources naturelles à travers le monde est évidemment une des principales causes de l'érosion de la biodiversité. CI constate que là où elle intervient, l'érosion moyenne de la biodiversité est ralentie, mais pas stoppée. A titre d'exemple, dans les zones forestières qui disparaissent à raison de 0,7% de leur surface chaque année, l'action de CI permet de la ralentir à 0,1%... mais la préservation totale, voire la repousse n'est pas là. Ce constat pousse tous les acteurs de la préservation de la biodiversité à penser les choses autrement car le constat partagé aujourd'hui est clair (et je le partage largement... et ceci explique en partie mes choix politiques récents). Ce constat est qu'il n'est pas suffisamment efficace de mener des actions de préservation en ne parlant pas à ceux qui décident, mais à ceux qui sont déjà convaincus (ces derniers étant dans la très grande majorité des cas, peu décideurs). Le dialogue doit se faire avec les vrais décideurs (les chefs d'Etat, certains industriels) en parlant un langage économique. Car si on se contente de dire qu'il faut préserver les milieux naturels, le dernier mot reviendra toujours à celui qui voudra en tirer des bénéfices économiques immédiats au travers de l'extraction de tel ou tel minerai, ou de telle ou telle énergie.
C'est là un grand clivage entre les formes de "militance" et d'action... du moins en Europe. J'ai moi même longtemps cru qu'il valait mieux ne pas discuter avec ceux qui détruisent la planète (consciemment ou inconsciemment), me dire qu'en ne m'adressant qu'aux convaincus je me regarderai sans soucis dans la glace tous les matins. En réalité, agir ainsi ou ne rien faire a très exactement le même effet. Je note qu'ici, aux Etats Unis, le débat est clos. Le système changera de l'intérieur ou ne changera pas... c'est une évidence pour tout le monde ici. Et personne parmi ceux que j'ai croisés et avec qui j'ai discuté ne pense que leurs convictions sont atteintes ou qu'elles se compromettent quand elles négocient avec celles et ceux avec qui elles ne partagent pas les mêmes options. C'est bien ainsi que je pense qu'il faut travailler. Et je sais qu'en France, notamment dans bien des cercles écolos, le simple fait de dire cela suscite des réactions violentes (et je sais de quoi je parle).
Mais cette digression personnelle m'écarte de mon propos. En l'occurence, CI m'a donné un exemple fort intéressant. Vous avez tous entendu parler du rapport Stern qui explique le coût de l'inaction au regard du changement climatique. Je suis convaincu que ce rapport a été bien plus percutant que tous les films et documentaires sur le sujet car il avançait sur un terrain qui est celui des gouvernants et du système capitaliste qui gouverne notre monde aujourd'hui : le terrain économique. Et je n'exclue pas que les récents changements d'attitude et d'intention sur le sujet climatique aux Etats Unis et même en Chine soient liés au rapport Stern.
De la même manière, CI défend l'idée - que je trouve pour ma part très judicieuse - de placer la biodiversité sur des bases économiques. Le postulat est de dire qu'à moyen et surtout long terme, l'érosion de la biodiversité est une mauvaise affaire économique pour les Etats concernés. Un rapport commandé par la Commission européenne, qui existe dans une version intermédiaire en anglais, le rapport TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversity), établit que l'inaction contre l'érosion de la biodiversité au cours des 50 prochaines années coûtera à l'économie mondiale près de 6% de son PIB par an. Si on ajoute à cette prévision celle des 5000 milliards de dollars du rapport Stern au sujet du Climat, l'actuelle crise financière n'est qu'un pâle avant goût.
Sans se contenter d'un discours qui pourrait sembler alarmiste, CI veut surtout utiliser cette analyse comme un levier puissant pour convaincre les décideurs. Ainsi en a-t-il été d'ores et déjà avec le gouvernement malgache qui a accepté de faire le choix de la préservation des quelques 16% de forêts encore préservées sur l'île. L'argument principal fut économique. Avec l'aide de la Banque Mondiale, une étude a démontré et estimé les services économiques rendus par la forêt dans son état naturel. En aval des forêts, c'est toute une agriculture qui survit et procure des revenus aux habitants et à l'Etat. Il s'est avéré clairement qu'il était plus "rentable" pour l'économie malgache de conserver les milieux naturels que de les exploiter.
En 19 mois, 50 millions de dollars ont été réunis pour créer un fonds destiné à financer les opérations de conservation sur le long terme.
CI a bon espoir de reproduire ce processus ailleurs selon cette méthode en 3 temps : 1 - une étude démontrant les avantages économiques, 2 - suivi de la décision politique, 3 - puis d'un montage financier.
CI plaide également pour un effacement de la dette des Pays en voie de développement conditionné à ce qu'une partie de cet effacement alimente de tels fonds.

Un mot sur l'Union européenne puisque nous en avons parlé. Les interventions en milieux "hotspot" concernent aussi les territoires de l'Union européenne à travers les territoires d'outre mer très riches en biodivesité. Une des principales négociations et revendications de CI auprès des Pays européens était d'obtenir d'eux qu'ils appliquent Natura 2000 dans leurs territoires ultra-marins. La France y serait prête.

En conclusion de cet entretien, nous avons abordé la question de l'eau qui semble pour CI un des plus grave problème des années à venir (et cela fait longtemps que je pense la même chose. Le livre "la France à l'en-vert" que j'ai écrit en 2005 avait l'eau pour principal thème). La rareté de l'eau, et la dégradation de sa qualité est très préoccupante. Sans doute est-ce là le sujet sur lequel les Etats du monde ne s'alarment pas encore suffisaient. C'est par exemple déjà très préoccupant sur le pourtour méditerranéen, et plusieurs évènements de sécheresse ces dernières années ont conduit les préfectures en France à prendre des mesures de restriction d'usage. A la différence des énergies fossiles, on ne peut se rassurer en se disant qu'on trouvera des alternatives. Il n'y a pas d'alternative à l'eau. Une des principales raisons de cette crise sont les usages agricoles et industriels incontrôlés. CI fait l'analyse (et plusieurs spécialistes que j'ai pu lire ou entendre à ce sujet disent la même chose), que la raréfaction d'une eau de qualité sera source de plus en plus de conflits graves dans le monde. Des Etats comme le Costa Rica ont pris la pleine mesure de ce problème et prennent des mesures courageuses de bonne gestion. Là encore, on peut agir et sans doute devrons-nous appuyer les argumentaires sur des notions économiques tant il est vrai que l'eau n'est pas aujourd'hui payée à sa juste valeur, notamment dans les usages agricoles et industriels. C'est en effet une réalité que ce qui n'est pas cher n'est pas respecté. Ainsi, ceux qui sont à l'origine de la raréfaction ou de la dégradation de l'eau devraient aussi être ceux qui paient pour sa conservation, sans quoi il en ira de l'eau comme du climat et de la biodiversité : le coût en % du PIB sera dramatiquement trop élevé.

vendredi 20 mars 2009

actu

Je viens de lire sur internet, dans l'actu de mon cher vieux continent qui décidément fait du sur place, qu'un compromis à 27 pourrait finir par être trouvé, après 3 mois de palabres, autour d'un plan de 5 milliards d'euros en faveur de l'énergie et de l'internet... (et dans les projets énergétiques, un très "renouvelable" projet de gazoduc).

Pendant ce temps, à même échelle, ici aux Etats Unis, c'est 8 milliards pour construire 11 lignes de TGV à travers tout le Pays, 40 milliards pour investir dans les transports dont les transports en commun des villes, et 30 milliards pour les énergies renouvelables dont un projet solaire de 5 gigawatts, etc.

sans commentaire... ça parle tout seul.

jeudi 19 mars

Conclusion reposante pour une journée longue : j'ai eu le plaisir d'écouter ce soir la 9ème symphonie de Bruckner dans le très impressionnant Centre JFK (non, pas le Centre Jean-François Kahn... mais le centre John Fitzgerald Kennedy).

Il y aurait tant à dire sur cet essentiel qu'est le plaisir d'écouter une telle musique... mais mon sujet, l'énergie, est plus terre-à-terre. Sans doute est-il indispensable de se préoccuper des aspects techniques de notre quotidien afin de mieux profiter de l'essentiel... comme le fait d'écouter de la musique par exemple (qui, d'une certaine manière, est une sacrée belle énergie elle aussi).


Bref... Monsieur Ouèreling (je dois m'habituer encore quelques semaines à cette prononciation de mon nom partout où je m'annonce) a rencontré la Federal Ernegy Regulatory Commission (peut-être n'est il pas nécessaire que je traduise). Il s'agit d'une agence gouvernementale détenant des pouvoirs exécutifs. Elle est chargée de veiller à la bonne circulation de l'énergie, d'octroyer des autorisations pour les exploitations hydro-électriques, et de veiller à ce que les politiques tarifaires soient justes et raisonnables. Dit comme cela, cela peut sembler clair. Pourtant, l'enchevêtrement des compétences croisées entre les Etats, les communes, et le niveau fédéral en matière d'énergie (tant pour la production que pour la distribution) est d'une complexité redoutable. A la différence de la France, et cela est très éclairant pour saisir la complexité du débat énergétique ici, l'énergie est entre les mains de plus de 200 différentes entités (entreprises privées, régies publiques, coopératives... tant pour la production que pour la distribution). L'Agence gère ce "tout" et mon impression est que les années passant, ce "tout" est devenu une usine à gaz (une expression imagée fort à-propos !).

Dans les éléments de présentation de cette agence, j'ai noté à quel point ils insistaient sur l'éthique à laquelle ils sont soumis. Dans le processus de décision qu'ils doivent rendre, il est clair que leurs choix ne peuvent plaire à tout le monde. Dès lors, afin d'être les plus impartiaux possible, des règles strictes sont appliquées. Commissaire d'agence et tout employé de l'agence n'ont aucunement le droit de rencontrer les parties prenantes d'un dossier qu'ils doivent arbitrer. Cadeaux et toute autre offre comme de simples déjeuners sont interdits. Tous les débats et discussions font l'objet d'une communication publique mise sur leur site internet. Si je m'étends sur ce détail, c'est que j'en apprécie le sens. Il ne s'agit pas seulement d'une intégrité, en soi respectable, mais d'une manière très simple de rendre acceptable sans contestation leurs décisions. Il n'est rien de plus redoutable pour la démocratie que de se dire qu'une décision publique a été prise parce que tel ou tel lobby a été plus puissant qu'un autre.

Pour le reste du rôle et des attributions de cette Agence, il serait long (et à vrai dire ininteressant) que j'explique ce que j'ai compris car c'est assez complexe (et je dois avouer que je vais devoir me replonger dans de leur litterature institutionnelle pour bien comprendre leur fonctionnement et leurs attributions exactes). Ce qui m'a semblé intéressant, c'est que cette agence, très influente dans le débat énergétique, a pleinement pris la mesure de la situation énergétique, à savoir que l'époque d'une énergie bon marché et inépuisable est révolue.

50% de la production électrique américaine provient des centrales charbon. 10% provient de l'hydro-électricité et l'ensemble des recherches sur l'énergie des mers (pour laquelle je ferai un déplacement en Orégon dans quelques jours) pourrait doubler la production d'origine hydro-électrique. Le reste se partage entre le nucléaire et d'autres centrales. L'administration Obama a résolument misé sur le renouvelable, pas sur le nucléaire, et gère, dans le cadre d'un compromis politique (plusieurs Etats sont producteurs de charbon), l'avenir du charbon en mettant l'accent sur la recherche en faveur de la séquestration du CO2 issu des centrales à charbon.

La question importante qui est aussi posée sur la table est le transport de l'énergie et plusieurs de mes interlocuteurs m'ont indiqué que l'administration Obama fait de la rénovation du vieux réseau électrique un des grands chantiers de son plan de relance.
Il est notamment question de profiter de cette rénovation pour construire ce qu'ils appellent un réseau électrique intelligent qui aille au delà de la simple construction ou rénovation de lignes, mais qui truffe ce réseau d'électronique qui donnerait des indications très fines sur l'offre et la demande.
Aux Etats Unis, les tarifs du kwh peuvent être différents selon les moments de la journée (plus chers dans les moments de fortes demandes). Des expériences ont été menées où l'informatisation des réseaux jusque dans les foyers indiquent que les gens peuvent très rapidement être sensibilisés à des changements de comportements par de simples signaux lumineux, dans la maison, sur les heures à tarifs plus élevés ou moins élevés. Dans l'esprit de ce programme, la maison de demain s'imagine comme la plus grande source d'économie d'énergie car bien isolée (des normes pour les bâtiments neufs sont déjà en vigueur dans certains Etats, notamment en Californie ou en Orégon), dotée de panneaux photovoltaïques, de chauffe-eau solaire, de petit éolien...

Autre projet dont on m'a parlé pour contre-balancer l'intermittence des fermes éoliennes : les coupler avec des barrages hydro-électriques. Une partie de l'énergie est utilisée pour pomper de l'eau et la stocker derrière des barrages. En cas d'absence de vent, ou en cas de plus forte demande, les barrages sont utilisés pour produire de l'électricité. L'eau fait dès lors office de "stockage" de l'énergie.

Je finirais par une petite histoire que cette agence m'a racontée sur les débuts de l'électricité aux Etats Unis... et d'une certaine manière, cela résume fort bien la manière dont a été gerée l'énergie aux Etats Unis jusqu'à aujourd'hui : Thomas Edison, le premier, aux Etats Unis, a construit une centrale de production d'électricité avec une turbine qui tournait grâce à la combustion de charbon. Qui a-t-il cherché à convaincre pour soutenir cette nouvelle invention ? Il a construit son installation à côté d'un bâtiment qu'il a alimenté en électricité afin de démontrer à ses occupants les bienfaits de cette nouvelle fée. Ce bâtiment, ce n'était pas la maison blanche ou le Capitole, mais ... Wall Street !
Au delà du symbole d'une énergie résolument tournée vers l'économie, il est aussi notoire de voir que dès le début, la production a été conçue au plus près de la consommation... et cela aussi a profondément imprimé le système énergétique américain avec une production souvent très locale et gérée ou régulée localement... ce qui, en soi, n'est pas une mauvaise chose dès lors qu'elle permet une bonne adéquation entre les potentiels du terrain et les besoins locaux.

jeudi 19 mars 2009

Mardi 17 mars

Allez, je vais tous vous rendre jaloux, même les plus désabusés d'entre vous : j'ai vu Obama aujourd'hui.
Bon, je ne vais pas vous la faire "je lui ai serré la main et il m'a demandé comment j'allais", mais au hasard de mes déambulations, je me suis retrouvé coincé avec une petite vingtaine de personnes du côté d'une rue, stoppé par un impressionnant cordon de policier qui avait tout arrêté... voiture, piétons, etc...
Et puis soudain, la limousine présidentielle et Obama dans la voiture qui faisait un petit coucou aux passants. Je ne m'y attendais pas et les gens autour de moi non plus. Un bon souvenir.
Petit commentaire quand même... le cortège était un peu "too much" comme on dit ici, car en plus des 10 motards, des 20 voitures, de l'ambulance, etc, il y avait aussi l'hélicoptère dans le ciel. Ça éloigne quand même sacrément du peuple ces dispositifs... et sont-ils vraiment indispensables ? On hésite entre la démesure et l'idée que le Pays a peur. Et un pays qui a peur, ce n'est pas bon.

Revenons à nos moutons : la politique énergétique des États Unis.
Aujourd'hui, 2 rencontres : la fondation Héritage et l'institut d'études politiques.

La Fondation Héritage se présente comme un Think Tank (à traduire par "bureau d'étude") d'idéologie conservatrice. Son rôle est d'influencer le Congrès. Ils se définissent comme conservateur et non républicain ou démocrate. La nuance est un peu comme si un club en France se définissait libéral sans se sentir proche du PS ou de l'UMP. Et il m'a d'ailleurs été précisé qu'il y a des tendances conservatrices au sein des Républicains (on pourrait s'en douter) mais aussi au sein des démocrates. Encore une fois, si on comparait les choses avec la France, c'est un peu comme si je disais (mais cela ne correspond évidemment à aucune réalité ;) ) qu'il y a des tendances libérales au sein de l'UMP et aussi au sein du PS. Et d'ailleurs, même si la définition a évolué dans le temps, ce qu'il faut comprendre par conservateur c'est bien "libéral". Pour eux, en résumé, c'est la libre concurrence non faussée sans intervention de l'Etat qui permet à la société de bien fonctionner.
Cette entrevue, bien que correspondant peu a priori à mes propres idées, était hautement instructive car je conçois mon séjour ici avec l'ouverture d'esprit la plus large afin d'entendre le différents points de vue.
Pour ce qui concerne l'énergie, notre entretien s'est assez rapidement porté sur le nucléaire. La fondation Héritage n'est ni pour, ni contre le nucléaire, mais le point de vue de mon interlocuteur est qu'il faut que le nucléaire soit mis en oeuvre et géré par le privé. Quand je lui ai posé la question de la charge des déchets et du démantèlement, il m'a indiqué que dans sa logique, déchets et démantèlement devait être également à la charge de celui qui possède et gère la centrale. Et, d'une manière assez radicale, il me disait que si l'exploitation du tout aboutissait à un kwh trop cher, le nucléaire n'avait pas de raison de survivre face à une concurrence d'autres énergies moins coûteuses. On pourrait croire que cela reviendrait à enterrer le nucléaire, et pourtant mon interlocuteur m'a avoué qu'il était personnellement favorable au nucléaire.
Ce point de vue me rappelait celui entendu, y compris chez plusieurs écolos au groupe des Verts, lors de la discussion sur la directive de libéralisation de l'énergie. Assez paradoxalement, ces écolos se sont révélés favorables à la libéralisation (les libéraux ne sont pas forcément où on croit !) au motif qu'on aurait la vérité des prix des énergies comme le nucléaire qui, comme on le sait, est très fortement subventionné par l'Etat. A l'époque, je n'étais pas loin de partager cette idée... moyennant des garde-fous assurant l'approvisionnement de tout le territoire et des prix bas pour les plus démunis.

Le fait est qu'ici, aux États Unis, le débat sur le nucléaire n'est pas tranché. La question des déchets préoccupe beaucoup. Comme en France, un site d'enfouissement a été ouvert par Busch, mais aucun déchet ne s'y trouve pour le moment (il s'agit du site de Yaka Mountain). La population est hostile à l'idée que des déchets traverseraient les États via des zones habitées. En conséquence, les déchets sont toujours encore stockés dans des piscines, sur place (ce qui n'est pas le pire des stockage d'ailleurs).
L'exercice d'écoute de mon interlocuteur m'a conduit à lui demander s'il pensait, dans sa logique, que le nucléaire serait rentable s'il n'était pas aidé par des fonds publics comme en France, surtout si en plus, il devait intégrer dans ses coûts la gestion des déchets. Il m'a répondu qu'il pensait que oui mais que, en vérité, personne n'en savait rien car aujourd'hui, personne ne sait le vrai coût du nucléaire. Ravi que ce soit lui qui le dise car c'est que je pense et répète depuis longtemps. Et l'argent public français investi dans le nucléaire depuis tant d'années mériterait que le contribuable sache publiquement le vrai (avec toutes les externalisations réintégrées) prix du kwh nucléaire comparativement à celui des autres énergies.
J'ajoute que quand nous avons listé les entreprises privées qui seraient susceptibles de se positionner sur ce marché, il m'a cité en premier Areva tout en reconnaissant que leur statut "privé" était tout relatif puisque c'est un État (certes étranger) qui est derrière et non des fonds privés.
Quant à savoir si ces entreprises privées seraient favorables à l'idée d'avoir à supporter la gestion des déchets, il est clair qu'elles ne le sont pas. Et l'idée que l'Etat en ait la charge leur convient totalement... évidemment.

Il n'en reste pas moins que la question du nucléaire ici aux États Unis est au point mort... et cela depuis 25 ans. Le site de stockage des déchets en projet à Yaka Mountain n'est pas reconduit pour un développement nouveau dans budget Obama. Il faut dire que le leader démocrate au Sénat, Mr Reed, est opposé à ce que ce site de Yaka Mountain accueille des déchets.

Bien que restant très opposé au nucléaire, je dois dire que j'aimerais que le débat France se déroule de la même manière pragmatique. Personne ici n'évacue les questions qui posent problème et il n'y a aucun dogme sur le sujet, ni dans un sens, ni dans un autre. Pour certains, le nucléaire est une solution dans le bouquet énergétique et évite le recours au charbon. Pour d'autres, la question des déchets pose trop de problème. Tous les points de vue sont écoutés et surtout pris en compte. Quoi qu'il en soit, je pense que ceci est très largement du au fait que l'industrie du nucléaire est ici bien moins puissante qu'en France et que les réseaux décideurs économiques et politiques sont bien moins liés au nucléaire qu'ils ne le sont en France. Aux États Unis, le débat sur l'énergie ne caricature pas les choses en n'imaginant qu'une seule solution que serait le nucléaire et il est évident que, même si de nouvelles centrales devaient être construites, l'objectif ne sera jamais de faire du nucléaire la première source de production électrique.

Autre décors, autre ambiance, j'ai ensuite rencontré une représentante de l'Institut d'études politique, sorte de bureau d'étude également, mais d'obédiance progressiste. Là encore, on pourrait immédiatement penser que la proximité avec les démocrates serait plus forte, mais l'institut tient à son autonomie et ne se classifie pas dans la champ partisan. Leur objectif est d'étudier les projets favorisant la paix, la justice et l'environnement et d'influer sur les débats au Congrès en ce sens.
Leur réflexion sur le dossier énergétique met l'accent sur les débats sur le climat. Ils plaident pour un programme national de réduction des gaz à effet de serre de -25% à 40% d'ici 2050.
Le changement d'administration à de quoi rendre optimiste et le fait est que le Congrès étudie en effet un projet de loi visant à mettre en place un Plan Climat américain. Beaucoup de questions sont en suspens comme par exemple l'année de référence (1990 ou plus tard) ou le taux de réduction.

Dans les projets de financements publics, il y a réduction du financement pour la filière pétrolière, mais dans le même temps, des programmes de recherche sont financés en faveur de la séquestration du carbone issu des centrales à charbon. Or la séquestration fait débat car dans l'état actuel des connaissances, la techniques serait très dévoreuse d'eau et ... d'énergie. On estime que si on voulait séquestrer le carbone issu de 3 centrales à charbon, il faudrait mobiliser l'énergie d'une centrale supplémentaire !
Sur ce dossier du charbon, la pression est grande au Congrès car de nombreux États sont encore producteurs de charbon et les élus font pression pour maintenir un débouché à des secteurs aujourd'hui encore très pourvoyeurs d'emplois... et la séquestration apparaît pour ces élus comme une solution à l'emploi, à leur filière, tout en évitant l'aggravation des émissions de CO2.
En tout état de cause, la difficulté pour Obama est de gérer le court terme. Tout programme de développement des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique, dans le bâtiment et les déplacements, n'auront des effets que dans plusieurs années. Or, la demande énergétique actuelle et les enjeux climatiques les obligent à trouver des solutions immédiates envisagées de façon transitoires... et le recours au charbon serait présenté de cette manière.

L'institut d'études politiques plaide toutefois pour des solutions qui vont de l'avant avec les énergies renouvelables à grande échelle (notamment avec le recouvrement avec des toits solaires photovoltaïques des parkings, des grandes surfaces, et des zones industrielles, par exemple) et les mesures d'efficacité énergétiques.

Globalement, il est intéressant de constater que la question énergétique fait partie, avec la santé, des deux grands projets Obama. Son objectif semble double : profiter de la donne énergétique pour développer une nouvelle économie durable pourvoyeuse de richesses et d'emplois, grâce aux technologies propres, à l'efficacité énergétique. Seconde motivation, cesser de lier les intérêts américains à l'étranger de la question de l'importation du pétrole.

Dernière idée évoquée lors de cet entretien : celle de la mise en place d'une Banque mondiale pour le climat sous l'égide de l'ONU. Le débat sera de savoir si cette Banque devrait ou non être partie intégrante de la Banque Mondiale. Sa fonction ne serait toutefois pas uniquement tournée vers les Pays en voie de développement (ce qui est la mission principale de la Banque mondiale), mais devrait agir sur des financements à l'échelle de tous les États dans un objectif de réduction globale des émissions partout où c'est possible. Ses fonds proviendrait d'un mécanisme financier automatique de type "taxe carbone mondiale" et non sur la contribution volontaire des États (comme c'est le cas de la Banque Mondiale).

vendredi 13 mars 2009

Journal de voyage






Lundi 16 mars.


Une discussion intéressante cet après=midi a porté sur le système constitutionnel américain. Nous ne sommes pas encore au coeur du sujet de l'énergie, mais la chose fut éclairante pour bien comprendre comment le décisions se prennent.

Je ne vais pas entrer dans un cours érudit sur le fonctionnement institutionnel américain, mais plusieurs remarques me viennent.

La construction des Etats Unis s'est faite à partir de quelques 13 colonies de la côte Est. Leur unité s'est originellement construite par le refus de la tutelle de la couronne anglaise. Refus du Roi, refus d'un pouvoir central qui dicte sa loi d'en haut. Chaque Etat a tenu à sa liberté et les pouvoirs confiés à l'échelon fédéral ont longtemps été réduits. Ceci explique ce que nous avons du mal à comprendre : à savoir, par exemple, des lois différentes dans chaque Etat. Je n'ai pu évidemment m'empêcher de faire le rapprochement entre ces Etats Unis des premières décennies, et notre Union européenne d'aujourd'hui, si soucieuse de la souveraineté de ses Etats, si frileuse à envisager des transferts de pouvoirs à l'échelon continental. Restons optimiste. Avec le temps ils y sont arrivés. Nous pouvons y arriver également !

Seconde remarque sur le système : on perçoit, en Europe, un système très présidentiel et on se dit que le Président américain peut tout. Or, la réalité institutionnelle américaine ocroie bien moins de pouvoirs au Président américain qu'au Président français par exemple. Le système américain n'est pas un système parlementaire. C'est à dire que l'éxecutif est réellement un exécutif qui doit mettre en application les lois. Il n'est pas issu de la majorité parlementaire, mais d'un vote populaire indirect (via le système assez complexe des grands électeurs). Le Président indique ce qu'il attend du Parlement mais ne lui propose pas les lois. Le Parlement (les deux chambres) sont totalement maitresses de leur ordre du jour. Et le renouvellement des chambres, bien que concomittent en partie avec l'élection du Président, subit des renouvellements partiels tous les deux ans et se retrouve de fait totalement dissocié de la majorité qui a élu le Président. La chose est complexe... et je dirais qu'elle me semble volontairement complexe pour éviter, dans l'esprit des premiers rédacteurs de la Constitution, de faire de ce pouvoir fédéral un pouvoir fort. Evidemment, le Président garde son droit de véto si la majorité du Parlement ne lui est plus favorable et lui propose des lois avec lesquelles il n'est pas d'accord... mais encore une fois, c'est plutôt la non-décision et donc, de fait, une forme d'impuissance de l'échelon fédéral.

Je pense toutefois qu' un parlement qui a du pouvoir est ce qu'on aimerait voir en France et en Europe. Le système français et européen ne respecte pas cette séparation entre l'exécutif et le législatif. Tant au plan français qu'au plan européen, l'éxécutif est le législatif de manière totalement assumée :
L'assemblée nationale française est muselée par l'exécutif du fait d'un calendrier électoral où l'élection législative faite immédiatement après l'élection présidentielle enlève toute autonomie politique, de fait, aux députés.
Quant au Parlement européen, le musellement a été organisé lors des 3ème lectures des textes où tout amendement du Parlement à des textes de la Commission et du Conseil est impossible à faire passer puisqu'il faut une majorité qualifiée des membres, ce qui est quasiment inateignable.

Dernière remarque. Alors que l'Europe se perd dans des Traités toujours plus illisibles, je dois reconnaître que l'exemple américain mériterait qu'on le copie. Un texte simple, comprénsible par tout le monde, qui fixe les valeurs et les modes de fonctionnement adopté pour vivre ensemble. Le tout amendable si besoin selon une règle volontairement peu aisée afin que la Constitution garde une certaine stabilité et ne soit pas soumise aux émotions collectives (depuis 1787, la Constition américaine n'a été amendée que 15 fois !).
Rétrospectivement, c'est à se demander si les rédacteurs européens des Traités, tant le défunt traité constitutionnel que celui de Lisbonne, ne sont pas volontairement surchargés avec des contenus qui n'ont pas à se trouver dans un tel texte. Quand on veut couler la barque, on la charge trop
Voilà en tout cas un beau projet à défendre pour les prochaines élections européennes : celui de reparler d'une Constitution européenne, mais cette fois, une vraie Constitution, courte, claire, axée sur les valeurs que partagent les citoyens européens et les grands principes de l'organisation institutionnelle de l'Union... 2 pages, 20 articles (la Constitution américaine contient 7 articles et 27 amendements, dont les 10 premiers ont été adoptés dans la foulée). L'adoption d'un tel texte, par tous les citoyens, le même jour, aurait un impact symbolique qui permettrait de redonner un nouveau départ à une Europe qui est devenue pour les européens source de prudence, voir de défiance.


Dimanche 15 mars

Journée de découverte de la ville de Washington.
Quand on se promène dans cette ville capitale, on se dit ce qu'on pourrait se dire dans toutes les villes américaines : ici, il y a 250 ans, il n'y avait rien. Des plaines et des forêts. Une ville qui sort de terre si vite, c'est une forme de symbolique de l'Amérique. Tout a grandi très vite.
Au détour d'une rue, des bâtiments semblent plus anciens mais globalement, l'urbanisme semble peu volontaire. Les bâtiments récents cotoient immédiatement des bâtiments plus anciens. On me dit que la préservation du patrimoine bâti est une idée récente ici... du moins de quelques dizaines d'années.

Autre information entendue ici, et que je pourrai sans doute vérifier dans les jours à venir : la population serait majoritairement favorable au protocole de Kyoto. Mais comme souvent, quand une question et posée, la seconde lecture n'existe pas et les contradictions sont là : à quoi bon signer si dans le même temps la même majorité ne veut pas renoncer à son véhicule très consommateur. D'une certaine manière, fait-on mieux en Europe, en France ou en Allemagne par exemple, quand, tout en étant favorable au fait que leurs pays ont signé le protocole, la population n'est pas prête à changer ses habitudes de prendre (pour plus de 75% des actifs), seul sa voiture tous les matins pour aller travailler ? Je ne veux rien dire de plus ici que le fait que signer un protocole ne résout pas tout et que, dans le domaine des transports, on ne saurait se réfugier derrière un protocole pour penser que les choses sont en voie de se régler. Certes les consommations énergétiques ici sont plus fortes qu'en Europe et le gisement d'économie est énorme. La marge de manoeuvre pour économiser l'énergie ici est dès lors plus forte.Et comme souvent, 1 euro (dollar) économisé dans la dépense énergétique est un dollar qu'on peut dépenser ailleurs. Dans la période, ce ne peut être qu'un argument à entendre. Cela étant, je ne manquerai pas de parler au cours des prochains jours des exemples de bonnes mesures. Je sais par exemple qu'il existe certains Etats qui octroient jusqu'à 50% de réductions d'impots pour toute opération d'isolation des habitations.


Samedi 14 mars :
Un peu fatigué, mais arrivé à l'hotel. Il pleut. Il est 17h ici, et déjà 22h en Alsace.
L'hotesse de l'air a mâché du chewing gum pendant tout le vol (7h !)... mon voisin a gardé sa casquette tout le temps... sauf une fois. La marque de la casquette sur sa chevelure inscrivait un e sorte de marque comme chez les playmobils. Et l'homme assis devant moi avait des santiags et une ceinture avec une boucle énorme.
Tout cela est un petit défoulement sur les clichés que je promets de mettre de côté dans les prochains jours.
Petite découverte maintenant de la ville de Washington.
Une remarque au passage. Ma venue en taxi depuis l'aéroport m'a fait découvrir la démesure des routes. On se bat chez nous pour éviter des 2x2 voies... ici, j'ai eu du mal à compter s'il y avait plus ou moins de 10 voies !
Mais il semblerai que le doublement du prix du pétrole l'année dernière ait eu une influence heureuse sur le comportement des américains.
Ici, à Washington, un métro circule au milieu de la route. Pas idiot de concentrer les infrastructures sur des mêmes axes de communcation. Mais toutes les villes n'ont pas des métros et des transports en commun parait-il... pas autant du moins. J'y reviendrai. La vision des transports en commun ici est bien différente de la France.


Demain samedi 14 mars, je m'envole pour 3 semaines aux Etats Unis.
Un voyage d'étude sur la politique des Etats Unis en matière énergétique.

Le voyage est prévu depuis longtemps... mais le fait est que le candidat aux élections européennes que je suis sera intéressé de voir, à l'échelle continentale, ce que notre voisin outre-atlantique, sous l'impulsion de son nouveau Président, a d'utile à apprendre à ceux qui, comme moi, sont des partisans de cette belle idée d' "Etats Unis d'Europe".
Sous réserve que les connexions internet me le permettent, je tiendrai un journal de bord de mes rencontres, découvertes et impressions.

Rendez-vous dès ce week-end en direct de Washington...

jeudi 5 mars 2009

Daniel

J'ai appris sa disparition samedi dernier.
Je n'ai pas la science des mots justes en pareille circonstance.
Je penserai à lui, tout simplement, dans les mois et années qui sont devant moi. Je me rappelerai l'homme de conviction, posé et serein que j'ai connu. Un exemple.