vendredi 20 mars 2009

jeudi 19 mars

Conclusion reposante pour une journée longue : j'ai eu le plaisir d'écouter ce soir la 9ème symphonie de Bruckner dans le très impressionnant Centre JFK (non, pas le Centre Jean-François Kahn... mais le centre John Fitzgerald Kennedy).

Il y aurait tant à dire sur cet essentiel qu'est le plaisir d'écouter une telle musique... mais mon sujet, l'énergie, est plus terre-à-terre. Sans doute est-il indispensable de se préoccuper des aspects techniques de notre quotidien afin de mieux profiter de l'essentiel... comme le fait d'écouter de la musique par exemple (qui, d'une certaine manière, est une sacrée belle énergie elle aussi).


Bref... Monsieur Ouèreling (je dois m'habituer encore quelques semaines à cette prononciation de mon nom partout où je m'annonce) a rencontré la Federal Ernegy Regulatory Commission (peut-être n'est il pas nécessaire que je traduise). Il s'agit d'une agence gouvernementale détenant des pouvoirs exécutifs. Elle est chargée de veiller à la bonne circulation de l'énergie, d'octroyer des autorisations pour les exploitations hydro-électriques, et de veiller à ce que les politiques tarifaires soient justes et raisonnables. Dit comme cela, cela peut sembler clair. Pourtant, l'enchevêtrement des compétences croisées entre les Etats, les communes, et le niveau fédéral en matière d'énergie (tant pour la production que pour la distribution) est d'une complexité redoutable. A la différence de la France, et cela est très éclairant pour saisir la complexité du débat énergétique ici, l'énergie est entre les mains de plus de 200 différentes entités (entreprises privées, régies publiques, coopératives... tant pour la production que pour la distribution). L'Agence gère ce "tout" et mon impression est que les années passant, ce "tout" est devenu une usine à gaz (une expression imagée fort à-propos !).

Dans les éléments de présentation de cette agence, j'ai noté à quel point ils insistaient sur l'éthique à laquelle ils sont soumis. Dans le processus de décision qu'ils doivent rendre, il est clair que leurs choix ne peuvent plaire à tout le monde. Dès lors, afin d'être les plus impartiaux possible, des règles strictes sont appliquées. Commissaire d'agence et tout employé de l'agence n'ont aucunement le droit de rencontrer les parties prenantes d'un dossier qu'ils doivent arbitrer. Cadeaux et toute autre offre comme de simples déjeuners sont interdits. Tous les débats et discussions font l'objet d'une communication publique mise sur leur site internet. Si je m'étends sur ce détail, c'est que j'en apprécie le sens. Il ne s'agit pas seulement d'une intégrité, en soi respectable, mais d'une manière très simple de rendre acceptable sans contestation leurs décisions. Il n'est rien de plus redoutable pour la démocratie que de se dire qu'une décision publique a été prise parce que tel ou tel lobby a été plus puissant qu'un autre.

Pour le reste du rôle et des attributions de cette Agence, il serait long (et à vrai dire ininteressant) que j'explique ce que j'ai compris car c'est assez complexe (et je dois avouer que je vais devoir me replonger dans de leur litterature institutionnelle pour bien comprendre leur fonctionnement et leurs attributions exactes). Ce qui m'a semblé intéressant, c'est que cette agence, très influente dans le débat énergétique, a pleinement pris la mesure de la situation énergétique, à savoir que l'époque d'une énergie bon marché et inépuisable est révolue.

50% de la production électrique américaine provient des centrales charbon. 10% provient de l'hydro-électricité et l'ensemble des recherches sur l'énergie des mers (pour laquelle je ferai un déplacement en Orégon dans quelques jours) pourrait doubler la production d'origine hydro-électrique. Le reste se partage entre le nucléaire et d'autres centrales. L'administration Obama a résolument misé sur le renouvelable, pas sur le nucléaire, et gère, dans le cadre d'un compromis politique (plusieurs Etats sont producteurs de charbon), l'avenir du charbon en mettant l'accent sur la recherche en faveur de la séquestration du CO2 issu des centrales à charbon.

La question importante qui est aussi posée sur la table est le transport de l'énergie et plusieurs de mes interlocuteurs m'ont indiqué que l'administration Obama fait de la rénovation du vieux réseau électrique un des grands chantiers de son plan de relance.
Il est notamment question de profiter de cette rénovation pour construire ce qu'ils appellent un réseau électrique intelligent qui aille au delà de la simple construction ou rénovation de lignes, mais qui truffe ce réseau d'électronique qui donnerait des indications très fines sur l'offre et la demande.
Aux Etats Unis, les tarifs du kwh peuvent être différents selon les moments de la journée (plus chers dans les moments de fortes demandes). Des expériences ont été menées où l'informatisation des réseaux jusque dans les foyers indiquent que les gens peuvent très rapidement être sensibilisés à des changements de comportements par de simples signaux lumineux, dans la maison, sur les heures à tarifs plus élevés ou moins élevés. Dans l'esprit de ce programme, la maison de demain s'imagine comme la plus grande source d'économie d'énergie car bien isolée (des normes pour les bâtiments neufs sont déjà en vigueur dans certains Etats, notamment en Californie ou en Orégon), dotée de panneaux photovoltaïques, de chauffe-eau solaire, de petit éolien...

Autre projet dont on m'a parlé pour contre-balancer l'intermittence des fermes éoliennes : les coupler avec des barrages hydro-électriques. Une partie de l'énergie est utilisée pour pomper de l'eau et la stocker derrière des barrages. En cas d'absence de vent, ou en cas de plus forte demande, les barrages sont utilisés pour produire de l'électricité. L'eau fait dès lors office de "stockage" de l'énergie.

Je finirais par une petite histoire que cette agence m'a racontée sur les débuts de l'électricité aux Etats Unis... et d'une certaine manière, cela résume fort bien la manière dont a été gerée l'énergie aux Etats Unis jusqu'à aujourd'hui : Thomas Edison, le premier, aux Etats Unis, a construit une centrale de production d'électricité avec une turbine qui tournait grâce à la combustion de charbon. Qui a-t-il cherché à convaincre pour soutenir cette nouvelle invention ? Il a construit son installation à côté d'un bâtiment qu'il a alimenté en électricité afin de démontrer à ses occupants les bienfaits de cette nouvelle fée. Ce bâtiment, ce n'était pas la maison blanche ou le Capitole, mais ... Wall Street !
Au delà du symbole d'une énergie résolument tournée vers l'économie, il est aussi notoire de voir que dès le début, la production a été conçue au plus près de la consommation... et cela aussi a profondément imprimé le système énergétique américain avec une production souvent très locale et gérée ou régulée localement... ce qui, en soi, n'est pas une mauvaise chose dès lors qu'elle permet une bonne adéquation entre les potentiels du terrain et les besoins locaux.

1 commentaire:

  1. Édison avait surtout le sens des affaires :-) Mais s'il a implanté son usine de production aussi près de Wall Street, c'était pour réduire les déperditions en ligne car à l'époque, on était encore en courant continu. C'est le courant alternatif qui permettra de transporter l'électricité sur des distances beaucoup plus grandes avec beaucoup moins de déperditions.

    Suis un peu sceptique sur cette histoire d'éoliennes utilisées pour remonter de l'eau, quand le vent souffle aux heures 'creuses'... le bilan énergétique entre la masse d'eau remontée et l'énergie de sa chute doit être assez catastrophique. Mieux voudrait dans ce cas, fermer le barrage et produire de l'électricité avec l'éolienne, non ?

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