vendredi 13 mars 2009

Journal de voyage






Lundi 16 mars.


Une discussion intéressante cet après=midi a porté sur le système constitutionnel américain. Nous ne sommes pas encore au coeur du sujet de l'énergie, mais la chose fut éclairante pour bien comprendre comment le décisions se prennent.

Je ne vais pas entrer dans un cours érudit sur le fonctionnement institutionnel américain, mais plusieurs remarques me viennent.

La construction des Etats Unis s'est faite à partir de quelques 13 colonies de la côte Est. Leur unité s'est originellement construite par le refus de la tutelle de la couronne anglaise. Refus du Roi, refus d'un pouvoir central qui dicte sa loi d'en haut. Chaque Etat a tenu à sa liberté et les pouvoirs confiés à l'échelon fédéral ont longtemps été réduits. Ceci explique ce que nous avons du mal à comprendre : à savoir, par exemple, des lois différentes dans chaque Etat. Je n'ai pu évidemment m'empêcher de faire le rapprochement entre ces Etats Unis des premières décennies, et notre Union européenne d'aujourd'hui, si soucieuse de la souveraineté de ses Etats, si frileuse à envisager des transferts de pouvoirs à l'échelon continental. Restons optimiste. Avec le temps ils y sont arrivés. Nous pouvons y arriver également !

Seconde remarque sur le système : on perçoit, en Europe, un système très présidentiel et on se dit que le Président américain peut tout. Or, la réalité institutionnelle américaine ocroie bien moins de pouvoirs au Président américain qu'au Président français par exemple. Le système américain n'est pas un système parlementaire. C'est à dire que l'éxecutif est réellement un exécutif qui doit mettre en application les lois. Il n'est pas issu de la majorité parlementaire, mais d'un vote populaire indirect (via le système assez complexe des grands électeurs). Le Président indique ce qu'il attend du Parlement mais ne lui propose pas les lois. Le Parlement (les deux chambres) sont totalement maitresses de leur ordre du jour. Et le renouvellement des chambres, bien que concomittent en partie avec l'élection du Président, subit des renouvellements partiels tous les deux ans et se retrouve de fait totalement dissocié de la majorité qui a élu le Président. La chose est complexe... et je dirais qu'elle me semble volontairement complexe pour éviter, dans l'esprit des premiers rédacteurs de la Constitution, de faire de ce pouvoir fédéral un pouvoir fort. Evidemment, le Président garde son droit de véto si la majorité du Parlement ne lui est plus favorable et lui propose des lois avec lesquelles il n'est pas d'accord... mais encore une fois, c'est plutôt la non-décision et donc, de fait, une forme d'impuissance de l'échelon fédéral.

Je pense toutefois qu' un parlement qui a du pouvoir est ce qu'on aimerait voir en France et en Europe. Le système français et européen ne respecte pas cette séparation entre l'exécutif et le législatif. Tant au plan français qu'au plan européen, l'éxécutif est le législatif de manière totalement assumée :
L'assemblée nationale française est muselée par l'exécutif du fait d'un calendrier électoral où l'élection législative faite immédiatement après l'élection présidentielle enlève toute autonomie politique, de fait, aux députés.
Quant au Parlement européen, le musellement a été organisé lors des 3ème lectures des textes où tout amendement du Parlement à des textes de la Commission et du Conseil est impossible à faire passer puisqu'il faut une majorité qualifiée des membres, ce qui est quasiment inateignable.

Dernière remarque. Alors que l'Europe se perd dans des Traités toujours plus illisibles, je dois reconnaître que l'exemple américain mériterait qu'on le copie. Un texte simple, comprénsible par tout le monde, qui fixe les valeurs et les modes de fonctionnement adopté pour vivre ensemble. Le tout amendable si besoin selon une règle volontairement peu aisée afin que la Constitution garde une certaine stabilité et ne soit pas soumise aux émotions collectives (depuis 1787, la Constition américaine n'a été amendée que 15 fois !).
Rétrospectivement, c'est à se demander si les rédacteurs européens des Traités, tant le défunt traité constitutionnel que celui de Lisbonne, ne sont pas volontairement surchargés avec des contenus qui n'ont pas à se trouver dans un tel texte. Quand on veut couler la barque, on la charge trop
Voilà en tout cas un beau projet à défendre pour les prochaines élections européennes : celui de reparler d'une Constitution européenne, mais cette fois, une vraie Constitution, courte, claire, axée sur les valeurs que partagent les citoyens européens et les grands principes de l'organisation institutionnelle de l'Union... 2 pages, 20 articles (la Constitution américaine contient 7 articles et 27 amendements, dont les 10 premiers ont été adoptés dans la foulée). L'adoption d'un tel texte, par tous les citoyens, le même jour, aurait un impact symbolique qui permettrait de redonner un nouveau départ à une Europe qui est devenue pour les européens source de prudence, voir de défiance.


Dimanche 15 mars

Journée de découverte de la ville de Washington.
Quand on se promène dans cette ville capitale, on se dit ce qu'on pourrait se dire dans toutes les villes américaines : ici, il y a 250 ans, il n'y avait rien. Des plaines et des forêts. Une ville qui sort de terre si vite, c'est une forme de symbolique de l'Amérique. Tout a grandi très vite.
Au détour d'une rue, des bâtiments semblent plus anciens mais globalement, l'urbanisme semble peu volontaire. Les bâtiments récents cotoient immédiatement des bâtiments plus anciens. On me dit que la préservation du patrimoine bâti est une idée récente ici... du moins de quelques dizaines d'années.

Autre information entendue ici, et que je pourrai sans doute vérifier dans les jours à venir : la population serait majoritairement favorable au protocole de Kyoto. Mais comme souvent, quand une question et posée, la seconde lecture n'existe pas et les contradictions sont là : à quoi bon signer si dans le même temps la même majorité ne veut pas renoncer à son véhicule très consommateur. D'une certaine manière, fait-on mieux en Europe, en France ou en Allemagne par exemple, quand, tout en étant favorable au fait que leurs pays ont signé le protocole, la population n'est pas prête à changer ses habitudes de prendre (pour plus de 75% des actifs), seul sa voiture tous les matins pour aller travailler ? Je ne veux rien dire de plus ici que le fait que signer un protocole ne résout pas tout et que, dans le domaine des transports, on ne saurait se réfugier derrière un protocole pour penser que les choses sont en voie de se régler. Certes les consommations énergétiques ici sont plus fortes qu'en Europe et le gisement d'économie est énorme. La marge de manoeuvre pour économiser l'énergie ici est dès lors plus forte.Et comme souvent, 1 euro (dollar) économisé dans la dépense énergétique est un dollar qu'on peut dépenser ailleurs. Dans la période, ce ne peut être qu'un argument à entendre. Cela étant, je ne manquerai pas de parler au cours des prochains jours des exemples de bonnes mesures. Je sais par exemple qu'il existe certains Etats qui octroient jusqu'à 50% de réductions d'impots pour toute opération d'isolation des habitations.


Samedi 14 mars :
Un peu fatigué, mais arrivé à l'hotel. Il pleut. Il est 17h ici, et déjà 22h en Alsace.
L'hotesse de l'air a mâché du chewing gum pendant tout le vol (7h !)... mon voisin a gardé sa casquette tout le temps... sauf une fois. La marque de la casquette sur sa chevelure inscrivait un e sorte de marque comme chez les playmobils. Et l'homme assis devant moi avait des santiags et une ceinture avec une boucle énorme.
Tout cela est un petit défoulement sur les clichés que je promets de mettre de côté dans les prochains jours.
Petite découverte maintenant de la ville de Washington.
Une remarque au passage. Ma venue en taxi depuis l'aéroport m'a fait découvrir la démesure des routes. On se bat chez nous pour éviter des 2x2 voies... ici, j'ai eu du mal à compter s'il y avait plus ou moins de 10 voies !
Mais il semblerai que le doublement du prix du pétrole l'année dernière ait eu une influence heureuse sur le comportement des américains.
Ici, à Washington, un métro circule au milieu de la route. Pas idiot de concentrer les infrastructures sur des mêmes axes de communcation. Mais toutes les villes n'ont pas des métros et des transports en commun parait-il... pas autant du moins. J'y reviendrai. La vision des transports en commun ici est bien différente de la France.


Demain samedi 14 mars, je m'envole pour 3 semaines aux Etats Unis.
Un voyage d'étude sur la politique des Etats Unis en matière énergétique.

Le voyage est prévu depuis longtemps... mais le fait est que le candidat aux élections européennes que je suis sera intéressé de voir, à l'échelle continentale, ce que notre voisin outre-atlantique, sous l'impulsion de son nouveau Président, a d'utile à apprendre à ceux qui, comme moi, sont des partisans de cette belle idée d' "Etats Unis d'Europe".
Sous réserve que les connexions internet me le permettent, je tiendrai un journal de bord de mes rencontres, découvertes et impressions.

Rendez-vous dès ce week-end en direct de Washington...

3 commentaires:

  1. Tu peux nous dire s'il te plait à combien est le prix de l'essence à la pompe?

    Lucia

    RépondreSupprimer
  2. ... et combien consomme ta Buick (ou ton Pick-up ?) aux 100 kilomètres ?
    :-)

    RépondreSupprimer
  3. Bravo de nous faire part de tes impressions de voyage dans l'ex-Nouveau Monde. Pour les lecteurs avisés, pas de problème on prend le temps de te lire.
    Pour les autres, merci de souligner ou de mettre en gras les points importants, à moins qu'une synthèse soit prévue à chaque moment-clef.

    RépondreSupprimer