mardi 24 mars 2009

Lundi 23 mars

Fossil Free Fuel (carburant non fossile) est une jeune entreprise pilotée par un jeune de 27 ans basée dans une petite commune dans la banlieue de Pittsburgh. Cette Commune, Braddock, fut autrefois rayonnante grâce à ses nombreuses usines de métallurgie. Des vestiges de bâtiments prestigieux, comme des banques, en témoignent encore.

Dans les années 80, ces usines ont presque toute fermé. La population s'est réduit, s'est fortement paupérisée et cherche aujourd'hui encore sa reconversion.

C'est d'ailleurs toute la région autour de Pittsburgh et Pittsburgh elle-même qui a connu cette crise de la métallurgie (très comparable à ce que nous avons connu en Lorraine).

De l'avis de tous ici, malgré les très importantes pertes d'emplois, 20 ans après, personne ne regrette le brouillard de fumée permanent qui enveloppait la ville, faisait tousser et rendait malade tout le monde, et encrassait tout.

Pittsburgh est réputé dans tous les États Unis pour être une ville qui a réussi sa reconversion. Et en effet, aujourd'hui, toute l'économie s'est réorientée, grâce à ses Universités, vers la recherche et les nouvelles technologies.
Il est à noter que la reconversion a été forcée et non choisie, mais le résultat est là et démontre que quand on le veut, quand on le doit, la reconversion d'une économie toute entière est chose possible.

Braddock, bien qu'encore très marquée, prend cette direction également. Je ne peux objectivement pas penser que cette TPE "Fossil Free Fuel" (FFF) est florissante, mais je fais le pari que dans quelques années, la TPE sera devenue une PME, voire une importante entreprise du secteur.

Le principe est simple. FFF a contractualisé avec plusieurs chaînes de restauration et grands restaurants du secteur pour récupérer leurs huiles de cuisson usagées. Un camion tanker fait hebdomadairement la tournée sur une vingtaine de kilomètres à la ronde. Arrivées à l'entrepôt, les huiles sont filtrées et raffinées. Des particuliers et, depuis peu, une entreprise de transporteurs en camion ont contractualisé avec cette TPE pour s'approvisionner à sa pompe. Un réglage du moteur est nécessaire, mais après cela, les véhicules et camions peuvent s'approvisionner indistinctement avec cette huile recyclée ou à la pompe diesel classique.

FFF a été reconnu par l'Etat comme distributeur de fuel et dispose à ce titre du droit de proposer son huile à sa pompe (moyennant évidemment d'être soumis à la taxe sur les carburants auxquels sont soumis les autres carburants). Pour les clients, l'attrait, certes écologiques, est surtout économiques. Le coût comparé est le suivant :
Diesel classique : $2,2 le galon (€0,4 le litre)
essence classique : $1,99 le galon (€0,38 le litre)
huile végétale recyclée : $1,9 le galon (€0,36 le litre).
L'année dernière, lors de l'envolée du baril, le diesel était à $4,5 le galon (€0,87 le litre). C'est à dire que le prix de l'huile végétale était très concurrentiel. Le pari est évidemment que le diesel fossile va finir par progressivement augmenter (lié au prix du baril) tandis que l'huile végétale restera plus stable (Peut-être pourra-t-on même être payé, un jour, pour manger des frites !).

FFF estime sa marge de progression importante si on réussissait à systématiser et industrialiser la collecte des huiles usagées, dans les restaurants et cantines (à terme, chez les particuliers).
La voiture du futur selon FFF sera un véhicule hybride qui roulera au choix avec des huiles recyclées et raffinées, des biofuels de seconde génération, et (pour une estimation autour du tiers) avec des fossiles. Et si on arrivait à de telles proportions, ce sera un pas de géant pour le climat* (le temps de trouver une solution pour se passer totalement du "fossil fuel" !).

* au même titre que toutes les énergies dites de biomasse, l'huile végétale et le biofuel issu des déchets végétaux est neutre en émission de Gaz à effet de serre puisque, lors de leur combustion sous forme de carburant, les végétaux qui ont permis de fabriquer ces carburants rejettent le carbone qu'ils avaient absorbés durant leur vie.
* et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : cette solution est heureuse pour faire rouler camions et voitures qui continueront encore longtemps de rouler à travers le monde. Cela ne veut pas dire qu'il faudrait oublier dans le même temps que nous ne serons dans une pente de réduction d'émission de gaz à effet de serre que dans des politiques de développement des transports collectifs et de fret ferroviaire (sans parler des justifications urbanistiques).

6 commentaires:

  1. C'est effectivement, une bonne idée pour reconvertir facilement le parc actuel. Mais ce ne peut être qu'une solution parmi d'autres, car la pollution générée existe mais aussi et surtout parce que cette solution ne peut totalement se généraliser.

    Néanmoins, l'initiative va dans le bon sens et s'inscrit dans une démarche anti-gaspi que je partage.

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  2. Ce type d'entreprise existe déjà en France sous des formes + ou - légales. Par contre, derrière le véhicule cela sent la friture....
    Gérald Brothier

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  3. Deux questions d'un néophyte :

    1 - Quelle est la part de ces huiles recyclées dans le volume total de l'énergie fossile utilisée pour les déplacement ?

    2 - Ces huiles ne pourraient-elles pas être recyclées sans être brulées ? Le bilan carbone de l'opération serait infiniment plus favorable !

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  4. Réponse à Pierre :
    Pour le moment, l'expérience de re-usage des huiles usagées est très expérimentale et cantonnée à des micro marchés constitués par des societés comme FFF et des consommateurs locaux de FFF. En théorie, le volume des huiles usagées est important et pourrait fournir de nombreux véhicules diesel. Ce qu'il faut en penser c'est que la voie mérite la création d'une filière économique en tant que telle car je n'y vois que des avantages (traitement d'un déchet, utilisation d'un carburant neutre en Co2).

    Pour ce qui est du recyclage des huiles sans être brulées, je ne sais pas... mais dans le domaine énergétique, je pense que c'est le meilleur usage qu'on puisse trouver. La combustion d'une huile est neutre d'un point de vue du Co2 puisque le CO2 relâché équivaut au Co2 absorbé par la plante dont on a extrait l'huile. Il pourrait y avoir la méthanisation, mais in fine, le méthane produit est également brulé.

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  5. Merci Yann pour ces précisions. Le côté expérimental du recyclage proposé par FFF ne m'avait pas échappé, je m'interrogeais plutôt sur la part que pourrait représenter cette filière de recyclage des huiles usagées, par rapport au volume total de carburants d'origine fossile.

    A priori, ça me semblait très très faible et une rapide recherche sur Google vient de me le confirmer.

    En Belgique, où la collecte des huiles de friture est obligatoire, le volume moyen n'était que de 2 litres par ménage en 2006 et on estime que cette capacité pourrait doubler, soit 4 litres par ménage et par an... C'est bien peu par rapport à ce qu'un ménage consomme chaque année en carburant pour ses déplacements. Presque négligeable... A tout prendre, réduire la consommation des moteurs ou préférer les transports en commun a un impact bien plus considérable sur le cycle du carbone :-)

    Cela dit, il y a un aspect très intéressant dans ce recyclage, c'est l'organisation systématique de la collecte des huiles usagées car elles génèrent de la pollution dans les canalisations et en aval.

    Une rapide recherche sur Google confirme qu'il existe bien des filières de recyclage qui ne renvoient pas le carbone dans l'atmosphère : la fabrication de savons, de lubrifiants, de peinture mais je n'ai pas trouvé de chiffres précis.

    On découvre aussi que l'Europe n'est pas en reste sur ce genre d'innovation.

    Voir par exemple la collecte obligatoire en Belgique (obligation de reprise par les distributeurs et les producteurs) et l'opération de distribution de 400.000 entonnoirs verts dans les supermarchés belges en 2006 :
    http://www.enerzine.com/6/3527+400000-entonnoirs-pour-recycler-l-huile-de-friture+.html

    Les activités de Valorfrit semblent viables, en tout cas pérennes :
    http://www.valorfrit.be/

    De façon plus anecdotique (quoique) plus artisanale en tout cas, un ancien dircom de Greenpeace en a fait son job sur l'île d'Oléron :
    http://prixreportage-drupal.web3.rue89.com/reportage/rouler-l-huile-de-friture-ecologique-mais-illegal

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  6. Sur ce sujet également un excellent article en anglais du New York Times
    Saturday March 28. 2009 évoquant des micro entreprises notamment en Nuneaton en Angleterre qui explique l'intérêt bien compris de ces huiles de fritures recyclées car zéro CO2 et que déjà ...seules restent sur le marché avec la baisse du pétrole les plus petites entreprises qui vendent en direct. Rudolf DIESEL avait déjà écrit en brevetant le moteur diesel dans les années 1890 que l'huile de friture pouvait être utilisée dans les moteurs et que "c'était une bonne idée par rapport à l'environnement". Si tu le souhaites, je te garde l'article pour tr le remettre à ton retour
    Gérald Brothier

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