jeudi 19 mars 2009

Mardi 17 mars

Allez, je vais tous vous rendre jaloux, même les plus désabusés d'entre vous : j'ai vu Obama aujourd'hui.
Bon, je ne vais pas vous la faire "je lui ai serré la main et il m'a demandé comment j'allais", mais au hasard de mes déambulations, je me suis retrouvé coincé avec une petite vingtaine de personnes du côté d'une rue, stoppé par un impressionnant cordon de policier qui avait tout arrêté... voiture, piétons, etc...
Et puis soudain, la limousine présidentielle et Obama dans la voiture qui faisait un petit coucou aux passants. Je ne m'y attendais pas et les gens autour de moi non plus. Un bon souvenir.
Petit commentaire quand même... le cortège était un peu "too much" comme on dit ici, car en plus des 10 motards, des 20 voitures, de l'ambulance, etc, il y avait aussi l'hélicoptère dans le ciel. Ça éloigne quand même sacrément du peuple ces dispositifs... et sont-ils vraiment indispensables ? On hésite entre la démesure et l'idée que le Pays a peur. Et un pays qui a peur, ce n'est pas bon.

Revenons à nos moutons : la politique énergétique des États Unis.
Aujourd'hui, 2 rencontres : la fondation Héritage et l'institut d'études politiques.

La Fondation Héritage se présente comme un Think Tank (à traduire par "bureau d'étude") d'idéologie conservatrice. Son rôle est d'influencer le Congrès. Ils se définissent comme conservateur et non républicain ou démocrate. La nuance est un peu comme si un club en France se définissait libéral sans se sentir proche du PS ou de l'UMP. Et il m'a d'ailleurs été précisé qu'il y a des tendances conservatrices au sein des Républicains (on pourrait s'en douter) mais aussi au sein des démocrates. Encore une fois, si on comparait les choses avec la France, c'est un peu comme si je disais (mais cela ne correspond évidemment à aucune réalité ;) ) qu'il y a des tendances libérales au sein de l'UMP et aussi au sein du PS. Et d'ailleurs, même si la définition a évolué dans le temps, ce qu'il faut comprendre par conservateur c'est bien "libéral". Pour eux, en résumé, c'est la libre concurrence non faussée sans intervention de l'Etat qui permet à la société de bien fonctionner.
Cette entrevue, bien que correspondant peu a priori à mes propres idées, était hautement instructive car je conçois mon séjour ici avec l'ouverture d'esprit la plus large afin d'entendre le différents points de vue.
Pour ce qui concerne l'énergie, notre entretien s'est assez rapidement porté sur le nucléaire. La fondation Héritage n'est ni pour, ni contre le nucléaire, mais le point de vue de mon interlocuteur est qu'il faut que le nucléaire soit mis en oeuvre et géré par le privé. Quand je lui ai posé la question de la charge des déchets et du démantèlement, il m'a indiqué que dans sa logique, déchets et démantèlement devait être également à la charge de celui qui possède et gère la centrale. Et, d'une manière assez radicale, il me disait que si l'exploitation du tout aboutissait à un kwh trop cher, le nucléaire n'avait pas de raison de survivre face à une concurrence d'autres énergies moins coûteuses. On pourrait croire que cela reviendrait à enterrer le nucléaire, et pourtant mon interlocuteur m'a avoué qu'il était personnellement favorable au nucléaire.
Ce point de vue me rappelait celui entendu, y compris chez plusieurs écolos au groupe des Verts, lors de la discussion sur la directive de libéralisation de l'énergie. Assez paradoxalement, ces écolos se sont révélés favorables à la libéralisation (les libéraux ne sont pas forcément où on croit !) au motif qu'on aurait la vérité des prix des énergies comme le nucléaire qui, comme on le sait, est très fortement subventionné par l'Etat. A l'époque, je n'étais pas loin de partager cette idée... moyennant des garde-fous assurant l'approvisionnement de tout le territoire et des prix bas pour les plus démunis.

Le fait est qu'ici, aux États Unis, le débat sur le nucléaire n'est pas tranché. La question des déchets préoccupe beaucoup. Comme en France, un site d'enfouissement a été ouvert par Busch, mais aucun déchet ne s'y trouve pour le moment (il s'agit du site de Yaka Mountain). La population est hostile à l'idée que des déchets traverseraient les États via des zones habitées. En conséquence, les déchets sont toujours encore stockés dans des piscines, sur place (ce qui n'est pas le pire des stockage d'ailleurs).
L'exercice d'écoute de mon interlocuteur m'a conduit à lui demander s'il pensait, dans sa logique, que le nucléaire serait rentable s'il n'était pas aidé par des fonds publics comme en France, surtout si en plus, il devait intégrer dans ses coûts la gestion des déchets. Il m'a répondu qu'il pensait que oui mais que, en vérité, personne n'en savait rien car aujourd'hui, personne ne sait le vrai coût du nucléaire. Ravi que ce soit lui qui le dise car c'est que je pense et répète depuis longtemps. Et l'argent public français investi dans le nucléaire depuis tant d'années mériterait que le contribuable sache publiquement le vrai (avec toutes les externalisations réintégrées) prix du kwh nucléaire comparativement à celui des autres énergies.
J'ajoute que quand nous avons listé les entreprises privées qui seraient susceptibles de se positionner sur ce marché, il m'a cité en premier Areva tout en reconnaissant que leur statut "privé" était tout relatif puisque c'est un État (certes étranger) qui est derrière et non des fonds privés.
Quant à savoir si ces entreprises privées seraient favorables à l'idée d'avoir à supporter la gestion des déchets, il est clair qu'elles ne le sont pas. Et l'idée que l'Etat en ait la charge leur convient totalement... évidemment.

Il n'en reste pas moins que la question du nucléaire ici aux États Unis est au point mort... et cela depuis 25 ans. Le site de stockage des déchets en projet à Yaka Mountain n'est pas reconduit pour un développement nouveau dans budget Obama. Il faut dire que le leader démocrate au Sénat, Mr Reed, est opposé à ce que ce site de Yaka Mountain accueille des déchets.

Bien que restant très opposé au nucléaire, je dois dire que j'aimerais que le débat France se déroule de la même manière pragmatique. Personne ici n'évacue les questions qui posent problème et il n'y a aucun dogme sur le sujet, ni dans un sens, ni dans un autre. Pour certains, le nucléaire est une solution dans le bouquet énergétique et évite le recours au charbon. Pour d'autres, la question des déchets pose trop de problème. Tous les points de vue sont écoutés et surtout pris en compte. Quoi qu'il en soit, je pense que ceci est très largement du au fait que l'industrie du nucléaire est ici bien moins puissante qu'en France et que les réseaux décideurs économiques et politiques sont bien moins liés au nucléaire qu'ils ne le sont en France. Aux États Unis, le débat sur l'énergie ne caricature pas les choses en n'imaginant qu'une seule solution que serait le nucléaire et il est évident que, même si de nouvelles centrales devaient être construites, l'objectif ne sera jamais de faire du nucléaire la première source de production électrique.

Autre décors, autre ambiance, j'ai ensuite rencontré une représentante de l'Institut d'études politique, sorte de bureau d'étude également, mais d'obédiance progressiste. Là encore, on pourrait immédiatement penser que la proximité avec les démocrates serait plus forte, mais l'institut tient à son autonomie et ne se classifie pas dans la champ partisan. Leur objectif est d'étudier les projets favorisant la paix, la justice et l'environnement et d'influer sur les débats au Congrès en ce sens.
Leur réflexion sur le dossier énergétique met l'accent sur les débats sur le climat. Ils plaident pour un programme national de réduction des gaz à effet de serre de -25% à 40% d'ici 2050.
Le changement d'administration à de quoi rendre optimiste et le fait est que le Congrès étudie en effet un projet de loi visant à mettre en place un Plan Climat américain. Beaucoup de questions sont en suspens comme par exemple l'année de référence (1990 ou plus tard) ou le taux de réduction.

Dans les projets de financements publics, il y a réduction du financement pour la filière pétrolière, mais dans le même temps, des programmes de recherche sont financés en faveur de la séquestration du carbone issu des centrales à charbon. Or la séquestration fait débat car dans l'état actuel des connaissances, la techniques serait très dévoreuse d'eau et ... d'énergie. On estime que si on voulait séquestrer le carbone issu de 3 centrales à charbon, il faudrait mobiliser l'énergie d'une centrale supplémentaire !
Sur ce dossier du charbon, la pression est grande au Congrès car de nombreux États sont encore producteurs de charbon et les élus font pression pour maintenir un débouché à des secteurs aujourd'hui encore très pourvoyeurs d'emplois... et la séquestration apparaît pour ces élus comme une solution à l'emploi, à leur filière, tout en évitant l'aggravation des émissions de CO2.
En tout état de cause, la difficulté pour Obama est de gérer le court terme. Tout programme de développement des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique, dans le bâtiment et les déplacements, n'auront des effets que dans plusieurs années. Or, la demande énergétique actuelle et les enjeux climatiques les obligent à trouver des solutions immédiates envisagées de façon transitoires... et le recours au charbon serait présenté de cette manière.

L'institut d'études politiques plaide toutefois pour des solutions qui vont de l'avant avec les énergies renouvelables à grande échelle (notamment avec le recouvrement avec des toits solaires photovoltaïques des parkings, des grandes surfaces, et des zones industrielles, par exemple) et les mesures d'efficacité énergétiques.

Globalement, il est intéressant de constater que la question énergétique fait partie, avec la santé, des deux grands projets Obama. Son objectif semble double : profiter de la donne énergétique pour développer une nouvelle économie durable pourvoyeuse de richesses et d'emplois, grâce aux technologies propres, à l'efficacité énergétique. Seconde motivation, cesser de lier les intérêts américains à l'étranger de la question de l'importation du pétrole.

Dernière idée évoquée lors de cet entretien : celle de la mise en place d'une Banque mondiale pour le climat sous l'égide de l'ONU. Le débat sera de savoir si cette Banque devrait ou non être partie intégrante de la Banque Mondiale. Sa fonction ne serait toutefois pas uniquement tournée vers les Pays en voie de développement (ce qui est la mission principale de la Banque mondiale), mais devrait agir sur des financements à l'échelle de tous les États dans un objectif de réduction globale des émissions partout où c'est possible. Ses fonds proviendrait d'un mécanisme financier automatique de type "taxe carbone mondiale" et non sur la contribution volontaire des États (comme c'est le cas de la Banque Mondiale).

1 commentaire:

  1. Bizarre cette idée de banque mondiale pour le climat...

    Pourquoi les pays développés ne seraient-ils pas capables de financer eux-même leur conversion énergique, s'il sont réellement conscients des enjeux sur le climat ?

    Les mesures d'incitation fiscale offrent aux états un levier d'action encore largement sous-exploité.

    Une banque supra-nationale ne serait justifiée qu'en cas d'insuffisance des mécanismes de financement classiques (incitations fiscales à l'investissement privé, capitalisme d'état...).

    Pour les pays développés, on en est loin ! Une telle banque serait peut-être justifiée pour la conversion énergétique des pays émergents.

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