vendredi 27 mars 2009

mercredi 26 mars

A Denver, mais bloqué par la neige qui paralyse la ville (et mon programme).
Je reviens sur un rendez-vous à Washington... et non des moindres.


J'ai en effet eu le plaisir de rencontrer des agents du ministère des affaires étrangères.

La discussion a principalement porté sur la possibilité ou non pour les États Unis de signer le protocole qui succédera au protocole de Kyoto.

Il est institutionnellement difficile pour les États Unis de ratifier des Traités internationaux dans la mesure où ils doivent disposer d'une majorité de 60 sénateurs (sur 100). 59 sont démocrates.

Jusqu'au changement d'administration, l'idée de toute politique à l'échelon fédéral en faveur du climat était exclue. L'administration Busch a admis le changement climatique en fin de mandat, mais n'a rien fait. A sa décharge, une majorité de démocrates étaient sur la même longueur d'onde... du moins pour ce qui concerne la ratification du Traité.

Obama a demandé au Congrès de rédiger une loi pour mettre en place une politique de réduction des gaz à effet de serre à l'échelle de tout le Pays. La discussion internationale quant à elle est ouverte dans le cadre de la négociation du Traité qui prendra le relais après Kyoto. Mais il sera plus facile de faire passer une loi fédérale pour le Climat que de faire ratifier un Traité international, même si le contenu des engagements devait être équivalent. On pourrait dès lors avoir un résultat quelque peu étonnant qui consisterait à ce que les États Unis ne signent pas le nouveau Traité, mais se dotent d'un arsenal législatif comparable.

Toutefois, tous mes interlocuteurs ne prévoient pas tous les choses de la même manière. Ainsi, pour certains, notamment au ministère des affaires étrangères, il n'est pas exclu que les États Unis finissent par trouver la majorité nécessaire au Congrès pour ratifier un Traité international pour le climat. A cela une raison majeure : le fait que la Chine signe le Traité. Pour beaucoup de parlementaires, la non signature de la Chine rendait et rend toujours inacceptable la signature américaine (ce qui n'exclut nullement un engagement unilatéral des Etats Unis au travers d'une loi fédérale programmant une réduction des émissions de gaz à effet de serre).

Et la signature de la Chine ne serait plus à exclure. La raison en est le marché carbone dont plus personne ne veut être exclu.

Une fois de plus, les considérations économiques sont décisives.

Je fais l'analyse, tout d'abord, que des économistes comme Joseph Stern ont réussi à convaincre les décideurs du coût de l'inaction. Même si beaucoup de décideurs raisonnent souvent trop à l'horizon indépassable d'un mandat électoral, il n'en reste pas moins que les dégâts d'un ouragan, d'une sécheresse, ou d'une inondation peuvent survenir maintenant à tout moment. Le changement climatique n'est plus une menace, c'est déjà une réalité. Dès lors, les décideurs sont tenus devant leurs électeurs de mener des actions et prendre des décisions. Si un ouragan devait survenir, les gens ne tiendraient pas leur chef d'Etat pour responsable, mais personne ne lui pardonnerait son inaction sur le terrain des changements climatiques.

Deuxièmement, l'exemple allemand fait réfléchir. Quand, il y a 10 ans le gouvernement allemand a décidé de soutenir très fortement la filière solaire, l'industrie et les technologies ont suivi. Si bien qu'aujourd'hui, l'Allemagne est devenu le premier exportateur de panneaux solaires dans le monde. Il devient presque paradoxal de constater qu'un Pays qui signe le Traité peut aisément dire à celui qui ne le signe pas : «OK, ne signe pas, comme ça, dans 5 à 10 ans tu viendras m'acheter ma technologie ». Ceci fait réfléchir et il se dessine une course au marché technologique en faveur des énergies du futur.

Les choses évoluent vite. Et c'est tant mieux. Je ne veux pas pêcher par excès d'optimisme car ne vaut que ce qui se mesure et se concrétise réellement. L'intention de l'administration Obama semble toutefois bien présente sur le dossier climatique. Tellement qu'il m'a été dit à plusieurs reprises que si la Chine ne signait pas le futur nouveau protocole, les États Unis maintiendront la loi climat qui est actuellement en cours de discussion au Congrès.

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