jeudi 25 juin 2009

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Ce film est splendide, ses images sont à couper le souffle, ... c'est sans doute un des plus percutant film en faveur d'une action rapide en faveur de la planète.
Bref : un film qui ne peut susciter qu'une grande émotion et peut transformer en flamme écologique la faible lueur qui peut exister dans l'esprit de certains.

Diffusée partout entre le 5 juin et le 7 juin dernier, elle a - et personne ne le conteste - provoqué une vague importante en faveur des listes "Europe écologie" en France.

Je m'en félicite pour les idées qu'elle valide et qui sont les miennes. Mon engagement en faveur du développement durable se reconnaît assez dans le propos que Yann Arthus Bertrand développe et qu'il a résumé ainsi : il est trop tard pour être pessimiste.

Chaque personne qui a pleinement conscience de la gravité de la situation (et tous n'ont pas leur carte chez les Verts, tous n'ont pas milité pour les listes Europe Écologie) ont le devoir de trouver toutes les formes d'engagement possible pour ne plus perdre de temps. A ma manière, mon engagement d'écologiste dans un champ politique "non" écologiste, participe de cette idée qu'il faut maintenant se partager les rôles, agir partout où c'est possible, sous une forme d'aiguillon radical (Europe écologie) ou sous une forme d'irrigation de toutes les autres sphères.

Car, sans vouloir minimiser le succès électoral des écolos, force est de constater que la partie n'est pas gagnée.
D'une part, parce qu' en fin de compte, même avec un score à plus de 10% (que je leur souhaite durable et auquel, d'une certaine manière, j'ai participé en construisant cette force au cours de mes 20 dernières années), il n'en reste pas moins qu' une très large majorité (plus de 80%) des électeurs ne sont pas encore convaincus qu'un tel vote est une priorité (voter écologiste nécessite de considérer que cette question est première dans son choix. Or, je pense que dans le choix de bien des électeurs qui n'ont pas voté "écologiste", la considération pour la planète est forte mais pas première. Il faut donc en tenir compte dans les partis généralistes car l'électorat le réclame. C'est le travail que j'ai décidé de mener.
La partie n'est pas gagnée car au final, il faut une majorité, même relative, pour avancer vite. Cette majorité doit-elle forcément s'inscrire dans un des anciens camps ? Je continue de ne pas le penser tant il est faux de penser que les 16% d'électeurs pour l'écologie du 7 juin dernier sont tous des électeurs qui votent à gauche (ce que pensent actuellement les Verts- et, au regard du passé de tous ses leaders, c'est naturel si je puis dire). Il est vrai aussi que 60% des électeurs n'ont pas voté et que les 16% recueillis par l'écologie le 7 juin dernier, ce n'est finalement que 16% de 40%. Et surtout, ne négligeons pas l'émotion populaire liée au film Home qui est le propos de mon billet.

En l'occurrence, sur ce dernier point, comme je le disais : il y a eu émotion.

Je ne vais pas ici développer la théorie du complot même si j'ai du mal à croire au hasard (heureux complot cela dit... pour une fois !). Mais je voulais revenir sur ce phénomène et j'ai volontairement souhaité attendre un peu pour le faire, afin de me permettre une analyse à froid et ne pas m'enfermer dans cette idée de complot, mais plutôt revenir sur tous ces miroirs grossissants ou déformants de notre démocratie qui peuvent nous faire exagérément espérer autant que désespérer.

Si cette émotion a bénéficié à une vision du monde que je partage, elle aurait aussi bien pu bénéficier à une vision différente que je ne partage pas. C'est en cela que je veux me méfier des effets ponctuels et que, relisant quelques notes et articles, cette prudence n'est pas nouvelle dans la réflexion de nos démocraties.

Dans mon périple aux États Unis, j'ai appris notamment qu'une des raisons pour laquelle le Sénat américain, véritable pilier central de la démocratie américaine, est renouvelé par tiers tous les 2 ans, c'est pour que tout changement soit le résultat d'un mouvement de fond dans la société et non le résultat d'une émotion populaire passagère.
Si on peut penser que cela révèle une méfiance vis à vis du peuple, je dois reconnaître que l'évolution actuelle de nos campagnes électorales a quelque chose d'inquiétant.

Nous l'avons vécu lors de cette campagne européenne.
Les cotes de popularité et les sondages indexent non seulement la tonalité des articles de journaux, des émissions de tv et de radios, mais aussi, et c'est plus ennuyeux, l'humeur des candidats, de leurs équipes et des électeurs eux-mêmes.
On a beau émettre les plus grandes réserves sur les sondages, la vérité est que leur abondance rend le microcosme politique et médiatique totalement dépendant et enlève à ces derniers quasiment tout recul.

Il en va de même de l'effet de l'actualité sur l'opinion publique et de l'exploitation immédiate qui en est faite presque sans réserve par les politiques et les journalistes. Ce qui serait juste, c'est l'émotion populaire majoritaire. La mesure, la relativisation des faits, la pondération, le réalisme face à une situation évidemment plus complexe qu'elle n'y parait, interviennent (quand ils interviennent !), plusieurs jours ou plusieurs semaines plus tard... et on notera d'ailleurs que plus le temps passe, plus l'analyse à froid, parfois plus proche de la réalité, devient l'expression de quelques médias confidentiels.

Tout cela me conduit à penser qu'il serait malheureusement hâtif, comme je le lis et l'entends partout, que, ça y est, le temps des écolos serait arrivé. Les effets de surprise sans lendemain aux européennes sont fréquents, sinon systématiques. Et les effets d'une émotion populaire d'un film pourraient bien n'être que passagers. Mais pour le coup, si je ne me désole pas du tout du peu de lendemain de la démarche de Bernard Tapie aux européennes de 1994 ou de Philippe de Villiers et Charles Pasqua aux européennes de 1999, je me désolerais davantage d'un abandon de l'urgence à poser des solutions aux défis climatiques et d'érosion de la biodiversité au motif que les écologistes feraient moins bien aux prochaines élections. Bref, j'ai le sentiment que plus que jamais, soyons dans le constructif, et n'indexons pas l'avenir du développement durable au plus ou moins bons scores des écologistes aux élections... sinon, ce sera le jeu de yoyo électoral permanent. D'où la nécessité de conforter, aussi et surtout, la montée en puissance de discours, de propositions, et d'actes, dans tous les partis... loin des considérations émotionnelles, mais en profondeur.

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