mercredi 3 juin 2009

les sondages

Je dois dire qu'à force, je suis mithridatisé avec les sondages.


La réalité est résumée dans les toutes premières lignes d'un article que j'ai lu sur le site Agora Vox (analysant l'écart entre les sondages des présidentielles et le résultat final) : "dès lors qu'ils sont publiés, les sondages influencent potentiellement le vote". Ce seul constat en fait une arme politique redoutable.

Ils ont une sorte de statut d'"objectivité" qui s'opposerait à la "subjectivité" des arguments développés par les partis.

Ainsi, on reçoit ces sondages comme une sorte de résultat avant l'heure, un état de l'opinion des électeurs avant le vote lui-même.

Quand un parti s'attaque à un autre, on l'écoutera peu car son objectivité est soumise à caution. Par contre, un sondage qui placerait un parti en incapacité de gagner détourne de fait une catégorie d'électeurs qui, par esprit de réalisme, anticipe le départage entre 2 gagnants potentiels.


Quand je dis que je suis mithridatisé, c'est que je ne fais finalement que peu de cas des sondages. Comme tout le monde, quand ils sont bons je me réjouis, quand ils sont mauvais je suis inquiet. Mais au fond, je sais qu'ils n'ont aucun caractère d' "objectivité" et de "neutralité".


En effet, les instituts appliquent systématiquement des correctifs dans leurs résultats publiés. Ces "triturages" m'interpellent. Les correctifs partent du constat que les gens ne disent pas forcément leurs réelles intentions ! Un sondage est donc une alchimie entre ce que le sondeur entend du sondeur et une ré-interprétation du sondeur lui-même basé sur des formules comparées avec les sondages et élections passées. A quoi, je n'exclue nullement des petits correctifs distillés pour plaire au commanditaire dont on sait ce qu'il aimerait lire. Difficile de défendre que c'est d'une totale objectivité !


De plus, qui peut croire que, dès lors qu'ils influencent les votes, les sondages ne sont pas utilisés aujourd'hui, précisément pour influencer le vote ?


A l'heure d'un internet sans frontière, je vois mal comment nous pourrions limiter leur usage. Je veux simplement plaider en faveur d'une plus grande transparence sur les commanditaires (tous les commanditaires) des sondages et inviter tout le monde à comprendre que beaucoup de sondages sont à mettre au même niveau que tout autre argument de campagne distillé par tel ou tel parti contre tel ou tel autre... c'est à dire, bien souvent, avec le même degré de subjectivité et de partialité.


Les sondages participent aujourd'hui pleinement de toute campagne électorale et sont l'objet de toutes les manipulations. Leur caractère "campagne masquée" ne doit pas nous leurrer. On les écoute et les commente au moins autant que les arguments des candidats. Pour rester maître de nos choix, écoutons les candidats, ce qu'ils disent, ce qu'ils font et ont fait et invitons les électeurs à rester eux aussi, maître de leurs choix car c'est eux qui décident, pas les sondages.

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