mercredi 24 mars 2010

TAXE CARBONE annulée - acte 2

Après le premier coup porté par le Conseil constitutionnel (salué à l'époque par le PS et les Verts !), voici le coup de grâce porté par le Premier Ministre (condamné aussi par les Verts - à juste titre cette fois-ci - mais avec la même logique qui présidait à leur prise de position au lendemain de la décision du Conseil constitutionnel, qui est avant tout celle d'être contre tout ce que fait ce gouvernement).
Retour à la case départ pour l'éco-fiscalité décidément difficile à mettre en place dans un Pays qui est pourtant farci de taxes ou de détaxes qu'on pourrait peut-être remettre en cause de manière plus justifiée. Il était par exemple plus urgent de démarrer une éco-fiscalité que de faire adopter une TVA au rabais pour les restaurateurs.

Reconnaissons toutefois que c'était mal parti.
Mal parti tout d'abord parce que, quoi qu'on en dise, les gens n'en voulaient pas...notamment celles et ceux qui ont les revenus les plus bas. Ces derniers, malgré beaucoup de communication gouvernementale, n'avaient pas confiance dans cette mesure de reversement à laquelle ils ne comprenaient rien ou à laquelle ils ne croyaient pas. Les partis de gauche ont en ce sens réussi à faire peur.
Mal parti ensuite parce que la quasi totalité des entreprises y étaient opposées du fait qu'elles y voyaient, en pleine crise, une mesure qui alourdirait encore leurs charges au moment même où elles cherchent des "respirations" financières.
Mal parti enfin parce que la recette de la taxe devait entièrement être redistribuée aux ménages. Dès lors, l'opinion publique ne comprenait pas l'utilité d'une taxe. J'ai le sentiment qu'elle eut été mieux acceptée si on avait annoncé que tout ou partie servirait à financer l' "après pétrole" (ou plus éxactement "l'alternative à un pétrole de plus en plus cher").

Je ne peux m'empêcher de penser par ailleurs qu'il y a dans cet abandon un effet collatéral et paradoxal du vote en faveur d'Europe Ecologie lors des deux dernières élections. Tout le monde a noté que tout avait été fait ces deux dernières années, au plus haut niveau, pour faire monter ce vote (le film Home à la veille des européennes, les courbettes élyséennes aux leaders écolos, l'ouverture des antennes TV et de presse écrite à des leaders verts, etc...). Mais cette stratégie, si elle a été payante pour les écolos (contexte médiatique franco-français, puisqu'ailleurs en Europe, les Verts restent à des niveaux "classiques à moins de 10%"), elle n'a pas été payante pour la majorité. L'abandon de la taxe carbone est-elle un changement de stratégie à l'Elysée quant à la thématique écolo qui ne sert finalement que l'opposition ? C'est possible, voire probable. Ainsi, une formation politique écologiste située aussi farouchement dans l'opposition finit par desservir sa propre cause en invitant la majorité en place à un recul sur une politique pourtant voulue par une large majorité de la population ! On comprend bien les intérêts des boutiques des partis... on a objectivement du mal à voir en quoi cela sert la planète ?!

On eut préféré une modération dans la frénésie médiatique sans pour autant jeter l'avancée, aussi imparfaite soit-elle, de cette taxe carbone.

Alors même qu'Europe Ecologie faisait sa percée dans les urnes, deux évènements majeurs contre la planète sont intervenus : l'abandon de la taxe Carbone en France, et un vote très défavorable sur les espèces menacées telles que le thon rouge à la CITES.
On dira : "ça n'a aucun rapport avec le vote pour Europe Ecologie". Et c'est bien là le problème. Si cela n'a pas de rapport, c'est que le vote n'a pas d'influence sur ces décisions politiques pourtant fondamentales. J'en reviens toujours à ce même constat : à quoi bon faire un bon score aux élections si cela ne sert à rien ?
Il ne s'agit pas de jeter la pierre à Europe Ecologie, ils n'y sont pour rien. Mais les faits sont là. Face à l'euphorie toute virtuelle du score des écologistes en France, il y a la consternation non virtuelle de l'abandon de la taxe carbone et le vote de la CITES.

Je maintiens qu'il faut revoir le lobby de toutes celles et ceux qui ne veulent pas regarder passivement ces reculs se faire sans agir... et pour cela, il faut sortir des logiques "électorales"... forcément "divisantes" et "affaiblissantes" d'un combat qui, en réalité, rassemble bien au delà de toute force politique dite écologiste.

1 commentaire:

  1. Deux commentaires :

    - ça fait beaucoup de "mal parti" reconnus, alors est-ce que c'est vraiment en cohérence avec l'affirmation selon laquelle la condamnation de la contribution climat par Europe Ecologie était gratuite ? Comme les autres partis, ils ont vu ce projet fiscal, ont vu qu'elle allait dans le bon sens, mais ont fait le choix de s'y opposer en raison de son caractère bancal et pas forcément par calcul politicien. Ou suis-je trop naïf ?

    - La montée en puissance des questions environnementales ne connaît pas forcément de traduction dans le rapport de forces politique parce qu'à mon sens les leaders politiques ne politisent pas ces questions. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de débat de fond sur les bénéfices ou les effets pervers d'une proposition de mesure écologique. Les coûts sociaux, les changements institutionnels, les bouleversements économiques induits par certaines réformes en faveur de l'environnement sont très peu présentes sur la scène politique, y compris dans le discours d'EE. A force de faire de l'avenir de la planète une question "non problématique" appelant des solutions consensuelles, il n'y a pas de questionnement et donc pas d'enjeu politique. Alors que justement certaines questions environnementales sont elles-mêmes clivantes, chaque acteur définissant ses propres priorités.

    Heureusement que cette "écologie par l'expertise" a fonctionné en France avec le soutien à Monaco pour l'inscription du thon rouge à la CITES. Mais pour des objectifs moins immédiats ?

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