vendredi 30 avril 2010

L'horreur écologique dans le golfe du Mexique

Les chiffres sont terrifiants :
5 barils par jours se déversent dans la mer et il faudra des dizaines de jours pour colmater la brèche à plus de 1500 mètres de fond.
40 000 m3 déjà dans l'océan
entre 2 et 4 fois plus que l'Erika
5 navires sont sur place, 1000 hommes, 2 plate forme, 5 avions,
400 espèces animales seront touchées, vraisemblablement gravement, avec la disparition possible des espèces les plus endémiques.

A n'en pas douter, il doit y avoir dans nos têtes une vague et inavouable pensée selon laquelle tout ceci est trop loin de nous pour nous concerner.
Et pourtant, ce qui se profile fait mal au ventre.
Doit-on nous repasser tous les petits films de notre enfance qui expliquent en quoi consiste la "chaîne alimentaire" et l'interdépendance d'une espèce sur l'autre. Que lorsqu'une espèce disparaît ici, c'est un enchaînement en cascade qui provoque la disparition de toutes les espèces qui se nourrissaient ou vivaient grâce à cette espèce qui a disparu ?

Une marée noire c'est un concentré de tout le mal que nous arrivons à faire à la planète.
C'est un éclairage peu glorieux de notre dépendance épouvantable au pétrole que nous cherchons partout et avec frénésie
C'est un gaspillage sévère et massif, en peu de temps, de l'eau, ressource naturelle autrement plus essentielle que le pétrole,
C'est enfin et surtout un coup de napalm sur la biodiversité d'un coin de la planète... et pour le coup, l'une des plus riches en biodiversité (les marais et les zones côtières).

Je serais un dirigeant de BP, j'inviterais qui veut dans le monde à venir sur les côtes souillées pour aider au nettoyage et au sauvetage des animaux englués. Je défraierais chaque personne et lui donnerais une combinaison complète de protection. Si une telle offre était faite, je donnerais une semaine de mon temps pour y aller.

Mais de deux choses l'une :
Ou bien on se résigne à se lamenter ainsi à raison d'une à deux fois par an, au rythme des grosses marées noires qui se succèdent immanquablement. Quand on sait combien de forages existent (il y a quelques 3500 plate-formes identiques à celle qui a sombré rien que dans le golfe du Mexique), combien de navires sillonnent les océans, on peut aisément comprendre avec un simple calcul de probabilité, que des marées noires, nous en aurons d'autres.
Seconde solution, on commence enfin sérieusement à mettre le paquet sur les énergies de remplacement au pétrole.

Car on pourra toujours imaginer de nouvelles mesures de sécurité, à ce niveau de dépendance, avec une telle quantité de pétrole en circulation, l'épée de Damoclès tombera encore et encore. A chaque fois que nous ferons le plein d'essence, nous saurons que nous en déversons quelques gouttes dans les mangroves de Louisiane, sur quelques oiseaux marins de Vendée, et sur quelques goélands de l'Alaska.

Des choix sont à faire pour la voiture électrique et des chauffages sans fioul de nos maisons, et pas seulement à la marge dans des micro-mesures expérimentales et gadget qui concernent moins d'1% de nos consommations.
Une course contre la montre est engagée. Il faut aller plus vite que la raréfaction d'une ressource fossile qu'on ira chercher toujours plus loin tant qu'on en demandera. Il faut aller plus vite parce qu'à chaque nouvelle marée noire, ce seront à nouveau un bout de biodiversité en moins, biodiversité qu'on ne remplace pas, qu'on ne répare pas, qui disparaît à jamais.

Par exemple, il faudrait investir 10 milliards d'euros par an pendant 40 ans dans un espace comprenant l'Europe et le pourtour méditerranéen pour que des centrales solaires thermiques fournissent la totalité des besoins énergétiques de la même zone géographique. A titre de comparaison, un EPR coûte environ 4 milliards d'euros et nous achetons chaque année pour 50 milliards d'euros de pétrole et de gaz à la Russie et au Moyen Orient.
Et aux atermoiements, y compris de certains écologistes qui ont fini par trouver quelques imperfections à ces projets de centrales solaires, je leur demande s'ils préfèrent continuer de regarder avec consternations les mangroves pleines de vie se transformer en cimetière-bouillie d'hydrocarbures.

Marchant dans la rue, utilisant ma voiture, voyant les parkings, je m'impatiente de voir toutes ses voitures devenir plus petites, donc moins gourmandes, (en énergie et en place occupée au sol). J'aimerais les voir rouler toutes à l'électrique avec des bornes électriques de recharge sur les parkings ou des stations service transformées en station d'échange de batteries déchargées contre des batteries chargées.
Rentrant chez moi, allant chez d'autres, allant au bureau, je m'impatiente de voir tous nos bâtiments alimentés par des réseaux de chaleurs alimentés eux-mêmes par des chaudières au bois ou au méthane.

Je ne crois pas que ce soit encore une question d'argent tant le retour sur investissement me semble évident (sans parler des économies non délocalisables que cela induit). C'est vraiment une décision politique et stratégique à prendre dans l'intérêt des contribuables et des espèces animales et végétales, et donc en toute indépendance des lobbies vendeurs de vieilles énergies.

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