lundi 5 juillet 2010

Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain, mais le bébé n'est quand même pas très propre




L'affaire Woerth, les cigares de Blanc, les voyages chers de Joyandet, le salaire de Christine Boutin, les logements de la République pour la famille, l'avion du Président, etc... créent une "overdose anti-politique" dans l'opinion publique. Le contexte de rigueur - qui ne veut pas dire son nom - et qui veut imposer aux français un régime minceur, rend cela encore plus insupportable.

Pour autant, comme le disait un politologue, les français dans leur majorité, ne reprochent pas vraiment aux politiques de bien se rémunérer, mais leur demandent de le faire à condition que cela serve l'intérêt général... bref, que cela serve à tous et pas seulement le simple confort personnel de l'élu ou de ses proches. Ce sentiment que le politique est impuissant face à une situation économique qu'il ne contrôle pas rendent ses libertés d'usage du denier public particulièrement détestables.

Dans ce contexte, la tribune Rocard-Veil, venant tel un seau d'eau visant à éteindre le feu, n'a qu'un effet limité sur un brasier déjà bien fort. Nous apprendrions que ses deux sages de la vie politique - ordinairement peu virulents à propos du Président de la République - ont été mis sur la voie de cette expression commune par un proche de l'Elysée, que je n'en serais pas surpris. Cela étant, je ne peux que partager la raison à laquelle ils appellent. Entre le déni des uns et le lynchage par les autres, on a en effet besoin d'appeler au calme.
Mais ce calme doit servir à résoudre le problème car problème il y a malgré tout. Calme pour pousser la classe politique, dans son ensemble et par délà les clivages, à traiter un problème qui touche la droite comme la gauche.

Car en réalité, même s'il sait cyniquement que la montée de l'extrême droite qui découle de tout cela, inéluctablement, le sert électoralement, le PS aurait bien tort de penser que les braises sur lesquelles il souffle ne l'emporteraient pas lui aussi. Les études d'opinion ne disent d'ailleurs pas autre chose : la gauche n'est pas épargnée par cette majorité de français qui ne disent pas que seule l'UMP serait corrompue, ils disent que TOUs les politiques sont corrompus.

Rien ne servirait de demander l'arrêt général des lynchages si, dans le même temps, on ne cherche pas à éteindre toutes ces petites étincelles qu'on a mis sous la paille. Ces étincelles sont celles de tous ces dérapages d'argent des élus, de droite, comme de gauche : au sommet de l'Etat, mais aussi dans les assemblées parlementaires et les grandes collectivités locales. Les abus sont bel et bien là et tout le monde le sait. Ils sont nombreux, et équitablement répartis entre gauche et droite (cela aussi tout le monde le sait et rend les envolées de la gauche quelque peu risibles). Et les premières victimes ne sont pas vraiment les élus concernés, souvent protégés dans leurs tours d'ivoire, mais les élus de terrain, petits maires, conseillers généraux ruraux, disposant rarement de hauts niveaux de rémunérations et d'avantages (bien au contraire), mais injustement mis dans le même grand sac.

Le pire n'est d'ailleurs pas vraiment que ces abus existent, mais que ceux qui en sont responsables, les élus eux-mêmes, ne comprennent plus en quoi le montant de leurs revenus ou avantages en nature sont devenus indécents. Beaucoup d'entre eux ont pris l'habitude de niveaux élevés, voire très élevés, de rémunération. Ils se comparent entre eux et non plus avec les français exerçant des responsabilités comparables. Ils trouvent tout à fait normal de gagner et cumuler des milliers d'euros de revenus par mois.

On repère bien cette déconnexion avec les règles élémentaires d'éthique ou de décence dans l'affaire Woerth. Les principaux intéressés continuent - et sans doute avec sincérité - de ne pas voir où est le problème de conflits d'intérêts entre les fonctions de ministre du budget et les relations professionnelles familiales avec de très gros contribuables qu'ils sont censés imposer ou contrôler, ou entre les fonctions de ministre du budget et de trésorier du parti au pouvoir.
Il en va de même pour le régime indemnitaire des parlementaires et des élus des grandes collectivités. Ils ne voient pas où est le problème de gagner tant d'argent.
C'est exactement le même problème avec le cumul des mandats. Les principaux concernés ne voient pas où est le problème.

Et on le sait bien, notre Pays, comme ont su le faire d'autres pays avant nous, doit faire un lourd de travail de moralisation de sa vie politique : limitation du niveau de rémunération des parlementaires et des élus des grandes collectivités locales (indemnités + jetons de présence dans les organismes où ils siègent - transparence sur la totalité des rémunérations et avantages en nature) - en parallèle de quoi revalorisation des indemnités des élus des petites communes - statut de l'élus pour permettre un retour aisé à la vie de "non élus" - limitation stricte du cumul de mandat et de rémunérations, ....

Les fusibles, exemples, ou décisions unilatérales de renoncement à tel mandat ou privilège sont tout à l'honneur des intéressés, mais seule la règle générale éteindra le feu.

Cet indendie, à la faveur de toutes ces affaires, ne s'arrêtera pas. Les logiques des médias sont ainsi faites que la machine est lancée et après le gouvernement, viendra, comme en Grande Bretagne, le tour des parlementaires, puis celui des élus des grandes collectivités locales. Les concernés, comme ils le font depuis trop longtemps, auront beau jeu de dénoncer le populisme de leurs détracteurs. Ce sera un peu court pour l'opinion publique.

Ne perdons plus trop de temps dans la moralisation générale de l'action politique... c'est avant tout une question de décence et d'éthique vis à vis des contribuables. C'est aussi une nécessaire anticipation d'effets dangereux sur notre démocratie par la montée du vrai populisme... celui qui se traduira immanquablement - si rien n'est fait de sérieux - dans les urnes, par un splendide retour de l'extrême droite.

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