mardi 13 juillet 2010

villes et villages bio-diversifiés


Avec l'été, voilà revenu la course aux petites fleurs dans les rues des villes et villages et aussi sous les panneaux indicateurs d'entrée de communes.

Le concours "villes et villages fleuris" (les petites fleurs en bas des panneaux d'entrée de commune) existe depuis des décennies et si pour certains maires l’obtention des 3 ou 4 fleurs de labellisation est une fierté, pour d'autres, c'est une corvée.

Il est incontestable qu'un village fleuri est plus beau qu'un village qui ne l'est pas.
Et puis, qui oserait émettre une critique sur une démarche aussi bon enfant et sympathique.

Un rabat-joie, à coup sûr.

Je veux bien jouer ce rôle l’espace d’un instant. Car à y regarder de plus près :

- le budget consacré au fleurissement n’est pas négligeable pour les communes. Ce coût est d’autant plus important que la commune n’est pas naturellement (rareté d’espaces verts) ou spontanément (fenêtres, balcons et pignons des particuliers) fleurie.

- que ce même budget est souvent et opportunément rangé au chapitre du budget environnement et peut même constituer le principal poste de ces dépenses prétendument environnementales. L'opération de com (pas si rares) permet de masquer le fait que le conséquent budget "fleurissement"a pour effet le flétrissement des crédits des autres actions environnementales. Dès lors, le budget « environnement » n’implique pas – on le savait déjà – une politique dé développement durable digne de ce nom.

- toujours au plan environnemental, même si on utilise enfin moins de pesticides et d’engrais chimiques, qui n’a pas vu, ces derniers jours, aux heures les plus chaudes de la journée, des agents communaux arroser à grand jet les massifs et les pots de fleurs suspendus (60% d'évaporation pour 40% d'arrosage !)

Alors certes, en naviguant sur le site du comité national des villes et villages fleuris, on peut lire que les critères de jugement « tiennent compte » du développement durable. On en attendait pas moins. On peut toutefois deviner que cette « prise en compte », légitime et signe de l’air du temps, ne remplace pas les autres critères qui forment le cœur de ce concours : à savoir le « taux » de fleurissement de la commune.

Mais le propos n’est pas ici de dénigrer un concours qui a ses adeptes et qui, somme toute, transforme parfois très positivement une commune. Ceci d’autant plus que la participation à ce concours demeure une démarche non obligatoire et donc volontaire… même si, pour bien des maires, la participation au concours est devenu une obligation politique.

Par contre, la labellisation des communes pourrait fort bien connaître quelques variantes au moins aussi pertinentes que le fleurissement : l’action sociale, la préservation de la biodiversité, la qualité de l’eau, de l’air, etc…

Le Grenelle de l’environnement avait envisagé une telle démarche pour reconnaître les communes exemplaires dans la préservation de la biodiversité. Reste à le faire… et pourquoi pas sur le modèle de ce qui fut fait pour le concours des villes et villages fleuris, c'est-à-dire sous la forme d’une association impulseé et financée par le gouvernement et par la distribution, par concours, d’un label « biodiversité ». Un ensemble de critères (plantation de haies, pose de refuges, maintien d’îlots, renaturation de berges, champs d’expansion des crues de rivière, non usage de pesticides et d’engrais chimiques, plantation de prairies fleuries, fauchage tardif, …) serait défini au plan national par un comité scientifique. Seraient décernés, chaque année, des labels autorisant les communes à afficher à leurs entrées une, deux, et jusqu’à cinq libellules (par exemple, car la libellule est symbole d’une nature riche préservée).

Au gré de mes rencontres avec des maires, j’ai l’intuition qu’ils seraient nombreux à solliciter ce label, non seulement parce qu’il permettrait de rendre visibles des efforts qu’ils font d’ores et déjà depuis longtemps, mais aussi parce que ceci permettrait de valoriser une dépense publique hautement utile qui serait appreciée autant par le contribuable que par le touriste. Appreciée car - malgré les mauvaises herbes que certaines villes laissent aujourd’hui pousser (et qui, c’est vrai, ne sont pas d’un excellent effet dans l’opinion publique*) - il est établi qu’un bon état de la biodiversité dans une commune signifie en général que l’eau et l’air y sont également de bonne qualité.

En conséquence, l’objectif serait de viser, par l’exemplarité des premières communes labellisées, un effet d’entrainement qui poussera de plus en plus de communes à rechercher cette labellisation.




* une politique dite « zéro phyto » conduit certaines communes à ne plus désherber les pieds d’arbres, bordures de trottoirs et de rues. Cette visibilité d’une action pourtant positive est risquée car l’opinion publique (qu’on peut toujours tenter d’avoir à l’usure !) accepte mal ce qui reste à leurs yeux, un « non entretien ». Or, favoriser la biodiversité comporte des aspects qui peuvent être positivement perçus : ilots, renaturation des berges, pose de refuges, visibilité de nouvelles espèces, plantation de haies et de prairies fleuries…). L’acceptabilité par les citoyens de toute politique, aussi vertueuse soit-elle, est primordiale. Il serait très dommage de mettre en danger une politique favorable à la biodiversité simplement en provoquant un rejet de la part des habitants par la négligence de l’entretien des abords de trottoirs et des pieds d’arbres (ceci d’autant plus qu’existent des techniques mécaniques de binages et de désherbages thermiques. Pour les pieds d’arbres, on peut aussi envisager la plantation de plantes couvrantes plus esthétiques et étouffantes de ce qu’on appelle « les mauvaises herbes ». Ceci implique un coût qui reste toutefois comparable à ce que fut l’épandage d’engrais – tous coûts internalisés. Coûts par ailleurs nécessaires si on veut sauver le « zéro phyto ».

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