lundi 4 octobre 2010

la relève ?

Le dernier numéro du magazine du Monde titre sur la jeune garde de la politique française, et dresse le portrait des 10 responsables des formations de jeunesse des principaux partis français (lien sur l'article).

J'y ai jeté un œil attentif, me sentant à la charnière entre la génération "en place" et cette nouvelle génération qui arrive. Et ayant moi-même eu un parcours de "jeune militant", j'ai voulu voir si les choses s'amélioraient ou s'aggravaient.
Difficile d'être optimiste.

Ma sévérité de jugement est à la fois aisée et délicate.
Aisée, car je ne connais aucun des intéressés (ou presque) et je tiens donc globalement un jugement totalement déconnecté des personnes.
Délicate parce que j'ai moi-même connu en partie un pareil parcours dont j'ai toutefois su me défaire et dont je conclue qu'il n'est pas souhaitable qu'il se reproduise.

Quel est ce constat sévère :
- 2 permanents de la structure de jeunesse de leur parti (la socialiste et le communiste)
- 3 assistants parlementaires (la verte, le radical valoisien, le nouveau centre)
- 2 conseillers régionaux, donc élus sur un scrutin de liste (l'UMP et le FN)
- 3 employés sans rapport avec leur action politique (la radicale de gauche, le modem, et la NPA)
Autrement dit, sur les 10 flambeaux de la relève politique française, seuls 3 gagnent leur vie dans un monde qui n'est pas celui de la "politique".

Or, l'un des grands problèmes de la vie politique française, ainsi que le décrivent nombre de sociologues et de politologues, est le mode de sélection du personnel politique, à savoir que ce cercle s'autoreproduit selon un système où vous commencez "salarié d'élus ou de partis" avant de devenir vous-même élu. Ainsi, une vie de politique peut se dérouler sans que jamais vous n'ayez connu la vie de ceux que vous voulez administrer. C'est une véritable bulle qui vous déconnecte singulièrement des soucis, tracas, réflexions et préoccupations de millions et millions de personnes.

Il n'est pas aisé, pour tout dire, de faire autrement. Il faut une sacrée dose de volonté pour choisir d'avoir une action politique en ayant par ailleurs un emploi "sans rapport" avec la dite action politique. Faire de la politique sur "votre temps libre", c'est vous faire déborder et écraser par ceux qui font cela à plein temps. Ensuite, vous manquez de temps car les réunions, les déplacements, les tractations, etc... sont horriblement chronophages. Tout conduit à faire cela à plein temps. Tant et si bien que, par réalisme, pragmatisme, ou résignation, nombreux sont ceux qui, concernés ou observateurs, concluent que la politique est un métier et qu'il faut la professionnaliser.

Si cela semble faire consensus, c'est parce qu'une majorité des "politiques" (ainsi que le démontre cet article du magazine du Monde) sont pris à plein temps dans cette action politique.
Et pourtant, la politique n'est pas vraiment à comparer à n'importe quel métier où le temps passé, l'expérience, l'investissement à plein temps seraient gage de compétences et de capacité à "faire bien".
Ma propre observation aurait même tendance à me faire penser l'inverse. Ainsi ai-je pu constater que les idées nouvelles et les pratiques nouvelles étaient bien plus souvent le fait de personnes pour qui l'action politique était un temps de leur vie sans en être l'essentiel.

Michel Rocard répète souvent que "les qualités requises pour accéder au pouvoir sont exactement opposées à celles nécessaires pour l'exercer". Un pied dans la réalité de l'emploi, dans le privé, le public, le libéral, l'entreprise, ... n'importe où ailleurs que dans la politique, est un passage infiniment utile pour qui veut administrer les affaires publiques. Cela invite à la modestie, au sens des réalités, à la connexion indispensable avec d'autres métiers.

Bien entendu, député, maire ou président d'un conseil général est une fonction qui exige de s'y consacrer pleinement. Mais c'est un temps dans la vie et sans doute est-il infiniment souhaitable d'avoir fait autre chose, avant... et après. Souhaitable pour l'administré... souhaitable pour l'élu lui-même.

2 commentaires:

  1. Excellentes réflexions !!!
    DD

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  2. J'aime beaucoup cet article, et je découvre votre blog par la même occasion. Ayant moi même été très actif chez les jeunes démocrates et au Modem je ne peut qu’approuver lorsque vous dite qu'il est difficile d'avoir un métier "normal" et une activité politique a cote, qui plus est si en plus vous souhaitez avoir une vie prive... Donc mon choix a été fait j'ai choisi de me consacre a ma vie professionnelle... Pour l'instant... Permettez moi d'ajouter que je trouve très bien ce que vous faite au Modem. A bientôt.

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