jeudi 9 décembre 2010

Sommet sur le Climat : le pétrole doit financer le renouvelable

La contrainte économique que fait peser la hausse du prix des énergies fossiles sur les économies des grandes puissances est le meilleur ami de la lutte contre le réchauffement climatique.

Car, du côté des négociations internationales, si des avancées existeront sur la lutte contre la déforestation par exemple, – et il ne faut pas en minimiser l’importance – elles risquent fort d’être très insuffisantes. Il est ainsi fort peu probable que les Etats-Unis et la Chine acceptent de réduire chez eux leurs émissions de Co2 à hauteur de ce que le Giec demande. Et l’Europe serait bien inspirée de ne pas oublier, lorsqu’elle fera ses remontrances à la Chine, de penser que notre outil industriel et productif, délocalisé en Chine principalement, c’est aussi une délocalisation de nos propres émissions de Co2. Cet aspect des choses confirme s’il en était besoin que les émissions de CO2 sont mondialisées car notre économie l’est. C’est donc une responsabilité collective où chacun doit réduire ses émissions chez lui mais aussi inclure dans ses émissions ce que ses importations impliquent ailleurs. Ceci est notamment vrai pour l’Europe et les Etats-Unis qui auraient beau jeu de pointer du doigt la Chine sans accepter leurs parts de responsabilité dans les émissions du géant asiatique.

Il faut faire preuve d’un certain réalisme même s’il est loin de faire la part belle à une quelconque morale ou responsabilité de notre génération sur les générations futures. Ce réalisme c’est accepter le postulat de base qu’aucune mesure de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’a de chance d’aboutir si, d’une manière ou d’une autre, elle entrave le développement économique. Les décideurs économiques et politiques sont sous la pression de la prise de conscience citoyenne, avec pour précieux allié les considérations économiques d’un coût toujours plus élevé des énergies fossiles. Mais, dans l’immédiat et parce qu’il est difficile de répondre au long terme sans tenir compte prioritairement du court terme, ils ne peuvent se cantonner qu’à des déclarations rassurantes masquant difficilement une action qui reste marginale au regard des enjeux.

Pour autant, il ne s’agit nullement de faire preuve de pessimisme. Au contraire, les rendez-vous internationaux tels que Cancun et les suivants doivent être le terrain d’une émulation inventive… parce que nous n’avons pas d’autres choix. Le mécanisme des quotas connaît ses limites. Tout en le poursuivant, il faudra indéniablement inventer encore et encore. Le principe d’une taxe ou TVA carbone doit être, par exemple, remis sur la table, quitte à fonctionner, dans un premier temps, dans une logique « expérimentale» et se discuter y compris dans d’autres sommets tels que ceux sur le commerce mondial. Mais elle n’aurait d’intérêt que si elle alimente un fonds « climat » international destiné à financer la recherche des alternatives aux énergies fossiles. Le bénéfice tiré des énergies fossiles (qui sera de plus en plus important dans les mois et années à venir) doit servir à financer les technologies propres.

Car là est, à n’en pas douter, la solution. La plupart des décideurs, pour peu qu’ils sachent se défaire des influences des lobbies de la production et de la vente des énergies fossiles, doivent et peuvent souhaiter qu’à performance économique équivalente, le recours aux technologies et énergies propres est préférable à l’usage massif du charbon, du gaz et du pétrole.

Chaque État ou groupe d’États a donc intérêt à renforcer encore son engagement dans cette course enthousiasmante vers les technologies propres qui pourrait faire tourner, demain, notre économie avec une croissance acceptable parce que durable. L’Europe a, à ce titre, une force et une faiblesse. Sa force : la volonté de son opinion publique. Sa faiblesse : son incapacité à agir unie. Pourtant, ce qu’elle put faire au lendemain de la guerre avec la PAC, elle devrait pouvoir le refaire avec une PEC (Politique Énergétique commune) qui, rêvons, pourrait être l’élément de relance de la dynamique européenne aujourd’hui en panne. Les projets Desertech (solaire thermique) ou Transgreen (transport longue distance de l’électricité) démontrent que les projets et la volonté sont là.

Point de chimères quoi qu’il en soit. Demain sera un monde qui devra considérablement réduire les consommations de ses machines et moteurs et qui pourra chercher son énergie du côté de ce que le soleil, le vent, les courants marins, ou les déchets nous fournissent en quantité largement suffisante. Mais demain ne sera pas un monde sans énergie fossile, ce sera un monde utilisant ce qu’il lui reste d’énergie fossile avec responsabilité et parcimonie. Demain, nos enfants ne comprendront pas comment nous avons pu, à ce point, gaspiller une ressource aussi précieuse et utile pour des applications autrement plus utiles à l’humanité que de faire tourner des moteurs.

2 commentaires:

  1. Il existe aussi une possibilité non négligeable de guerre concrète pour l'attribution des dernières ressources fossiles. A moins de miser sur un monde qui rétrécie volontairement il semble que les vieilles méthodes de résolution des conflits pourront s'appliquer en matière de gaz, de pétroles, d'énergie fossiles. Est il réaliste d'être à ce point optimiste Mr Werhling ? Ne s'agit il pas au contraire d'une inclinaison (positive certes) mais coupable ? Mentir aux populations même pour de bonnes raisons ne peut que nous desservir.

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  2. Monsieur, j'ai quelque peu du mal à saisir le sens de votre propos. L'acteur politique que je suis - du moins c'est l'état d'esprit dans lequel je suis - veut chercher les solutions car se morfondre dans des constats désesperés n'a pas de sens. Bien sûr qu'il existe des risques de guerre de l'énergie et à vrai dire nous en avons déjà connu plus d'une. Faut-il pour autant baisser les bras et regarder tout cela avec résignation, évidemment non. Et je ne vois nullement en quoi il serait coupable de garder espoir de solutions. Relisez bien mon propos, je ne suis dupe de rien, et je ne vois pas dans quelle phrase vous décelez un "mensonge coupable" ? Je suis au contraire effaré par la stagnation dans laquelle nous sommes et à laquelle tous les plus grands discours "véridiscistes" ne changent pas le début de commencement de quoi que ce soit. Je me fatigue grandement des radicalités et catastrophismes de toute sorte qui mettent dos à dos ceux qui essayent d'avancer et ceux qui sont responsables des catastrophes. Je dénonce autant les climatosceptiques que les extremistes irréalistes et je trouve très courageuses toutes ces personnes qui s'accrochent et continuent d'y croire dans tous ces sommets internationaux épuisants et parfois décourageants. Et je ne crois pas, vraiment pas, qu'il y ait un quelconque mensonge qui soit ainsi délivré à la population. Je pourrais vous dire en retour que le catastrophisme des lendemains à déluges a également sa part de danger : celui du déni et du syndrôme qui consiste à se dire "de toute façon, y a plus rien à faire, donc profitons-en".

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