dimanche 9 janvier 2011

retard de l'Union européenne dans les écononomies d'énergie (suite)

Petite remarque complémentaire à mon précédent billet.

Quand Manuel Barroso pointe le retard des pays de l'Union en matière d'économie d'énergie, il pointe en effet une lacune importante des politiques énergétiques menées actuellement dans les pays de l'Union.

Je peux trouver une explication à cela dans l'exemple dont j'ai pris connaissance récemment et qui doit avoir son équivalent dans d'autres pays. Il s'agit de l'usage que font les français du prêt à taux zéro pour les travaux énergétiques (le bâtiment constituant plus de 30% de nos consommations énergétiques en France).
On se rend compte à regret que le remplacement des appareils de chauffage arrive en tête et que les travaux d'isolation des logements (qui devraient pourtant être prioritaires) ne constituent que le tiers de ces dépenses. Or, à quoi bon changer sa chaudière si on vit dans une passoire énergétique ? Tous les spécialistes le savent, dans l'ordre et l'efficacité, c'est d'abord l'isolation du logement qu'il convient de faire avant d'envisager le changement de sa chaudière.

Comment en serait-il autrement dès lors que l'essentiel des démarchages commerciaux des particuliers l'est par des opérateurs privés vendeurs de solutions énergétiques de chauffage (vendeurs de chaudières, vendeurs de pompes à chaleur, etc...)... et quasiment jamais par des opérateurs de solutions d'isolation. La chose est aggravée par le fait que le prêt à taux zéro ne peut concerner que les travaux faits par des entreprises et non ce que le particulier fait lui même. Or, autant il est difficile de s'improviser chauffagiste autant il peut s'avérer plus faisable de poser quelques dizaines de centimètres d'isolants dans ses combles, voire d'isoler quelques murs intérieurs.

Ceci est en grand tort du dispositif car l'isolation des logements est de loin l'opération énergétique la plus urgente car la plus efficace. La majorité des logements français sont en effet aujourd'hui peu ou pas isolés. Sans doute faudrait-il modifier les incitations en réservant le prêt à taux zéro aux véritables opérations d'améliorations thermiques des bâtis, voire, en plus, le rendre éligible à l'achat de matériaux quand le bénéficiaire envisage de faire certains travaux lui-même.

jeudi 6 janvier 2011

Schizophrénie énergétique européenne


Voici deux informations particulièrement éclairantes de la situation énergétique dans laquelle nous sommes :

1- l’Europe, et la France notamment, vont s’engager dans la prospection géologique afin de sortir de nos sols du gaz naturel emprisonné dans des petites poches rocheuses à quelques 2 à 3000 mètres sous terre (le gaz de schiste)

2- le président de la commission européenne, peu connu pour remonter les bretelles des États membres et encore moins sur des sujets environnementaux, vient de communiquer sur le retard pris par l’Union pour arriver aux 20% d’économie d’énergie d’ici 2020.

Le gaz de schiste, comme le schiste bitumineux, voire le retour en grâce du charbon, ont un intérêt majeur : celui de ne pas avoir à acheter de l’énergie fossile aux Pays du Moyen Orient ou à la Russie. Ce que précisément, Etats-Unis, Europe et Chine recherchent absolument.

Une vision qui est aussi réal-géo-politique quanti-environnementale.

Anti-environnemental, le gaz de schiste l'est à plus d’un titre : émissions de gaz à effet de serre, fragilisation des sous-sols due aux explosifs nécessaires, pollution des nappes phréatiques due à l’emploi de substances chimiques, usage massif d’eau.

Une vraie schizophrénie européenne !

Il faut toutefois avoir la lucidité de voir que pour tourner à plein, notre économie a besoin d’énergie pour le transport ou l’industrie. Cette économie peut avoir, ça ou là, quelques préoccupations environnementales. Ces préoccupations resteront évidemment secondaires au regard des impératifs de résultats financiers. Dès lors, pour répondre aux besoins, les pouvoirs publics ont le devoir de fournir l’énergie demandée. La décision de recourir au gaz de schiste donne dès lors ce sentiment que les pouvoirs publics sont dépassés, voire paniqués au regard de cette demande énergétique. Ils y répondent en allant au plus efficace, à ce qui répondra en un minimum de temps à la demande, avec l'objectif avoué de se défaire de la dépendance qu’ils ont envers les pays exportateurs d’énergie. Le projet de gazoduc Nabuco devant relier les champs gaziers d'Asie centrale sans passer par la Russie, ou encore les projets de chercher des énergies fossiles en Arctique (rendus paradoxalement possibles grâce à la fonte des glaces elle-même due au réchauffement climatique!) ... tout cela va dans le même sens.

On répondra toujours aux dénonciations écologistes : « et on fait comment pour faire tourner l’économie ? ». Et la réponse la plus idiote (et malheureusement la plus fréquente) car tout simplement irréaliste, serait « l’économie n’a qu’à faire sans, se reconvertir, etc… ».

Dès lors que ce qui semble décidément l’emporter contre toute considération environnementale est et demeure l’impératif économique, même au grand dam du très libéral Manuel Baroso, que faire ?

Prendre le taureau pas les cornes, à savoir produire massivement (et pas au rythme ridicule avec lequel on le fait aujourd'hui) une énergie renouvelable en lieu et place des énergies anciennes, et pourquoi pas, réaliser ce programme en le finançant grâce à une taxe conséquente sur les énergies fossiles dont on voit bien que les bénéfices sont assez juteux pour justifier les choses les plus insensées écologiquement.

Plus facile à dire qu'à faire !

Et pourtant, on a déjà réussi par le passé à bouger des montagnes du seul fait d'une volonté politique au plus haut niveau. Au lendemain de la guerre, les dirigeants européens ont réussi à décider d’assurer l’auto-suffisance européenne en matière alimentaire en faisant la PAC. Ce fut un indéniable succès avec plus d’un tiers du budget européen affecté à cela depuis plus de 50 ans.

N’est-il pas temps pour les dirigeants européens d’avoir cette même volonté et cette même ambition européenne pour mettre en place l’auto-suffisance « durable » en matière énergétique, avec une PEC, une Politique énergétique commune ? Menée à l’échelle européenne et non pas en additionnant 27 politiques nationales, elle permettrait un développement massif des énergies renouvelables , des réseaux intelligents, et de l’efficacité énergétique, rendant l'Europe pionnière mondiale dans ces 3 domaines industriels... et mettrait fin à notre schizophrénie énergétique européenne.