mardi 15 mars 2011

Nucléaire - entre le marteau et l'enclume

Il n'est plus de mot assez terrible pour décrire l'angoisse dans laquelle les 35 millions d'habitants de Tokio doivent vivre alors qu'il est quasi certain qu'ils vont devoir subir des niveaux de radiation proches de ce que fut Tchernobyl (catastrophe de niveau 7 à Tchernobyl - de niveau 6 au Japon).
Face à cette peur sur place, il ne faut pas faire peur chez nous, et encore moins en faire une exploitation « intéressée », ni d’un côté, ni de l’autre.

Il n’est pas adapté à la situation que de jouer les VRP du nucléaire quand on est ministre de l’industrie ou président de la République.
- ils disent que le parc nucléaire est le plus sécurisé du monde. Il ne suffit pas de le dire, il faut convaincre aujourd’hui les français et nos voisins européens qui n’en sont pas certains
- on a d’autant moins envie de les croire quand le Président affirme que l’EPR résisterait au crash d’un boing 747, ce qui est précisément faux.
- Quant à l’indépendance énergétique de la France, rappelons quand même que le nucléaire ne répond qu’à 16% de la consommation énergétique totale de la France, la grande majorité restant la consommation de pétrole et de gaz.

Il n’est pas non plus adapté à la situation de la part de certains écologistes de tenter une exploitation intéressée de ce drame à quelques jours des élections cantonales.

Les français sont pris entre le marteau gouvernemental et l’enclume écologiste. Il n’existe pas dans notre pays de voie neutre et objective sur le sujet. Même l’ASN (agence de sécurité du nucléaire) est pilotée par une commission dont le Président, André Claude Lacoste, dit travailler à la vérification du nucléaire français afin d’en assurer la pérennité et la crédibilité. Or, une telle agence doit vérifier la fiabilité des centrales sans objectif autre, notamment pas de sauver une filière (pas plus que de la détruire d’ailleurs).

Pour l’heure, l’attention qui doit être la nôtre est sur les besoins des japonais. S’ils ont besoin de notre aide, il faudra la leur donner.
En France, il ne faut pas faire peur aux gens, il ne faut pas non plus leur mentir. Un débat et une information objective est donc absolument nécessaire


Ensuite, et de préférence quand l’émotion sera retombée, il faudra examiner la situation en France et en Europe et tirer les enseignements de ce qui s’est passé au Japon.

L’accident nucléaire au Japon est le résultat non pas d’un dysfonctionnement des centrales (cas de Tchernobyl) mais d’une cause « extérieure » (séisme et tsunami).

Cet accident au Japon pose la question du nucléaire en France car le Japon est, comme la France, un pays riche qui a les moyens d’assurer surveillance et sécurité de ses installations (ceci n’avait pas été le cas à Tchernobyl et pose toujours question dans certaines installations des ex pays de l’est). De toute évidence, ceci n’a pas permis d’éviter le pire au Japon. Cet accident fait donc apparaître que le problème de sécurité dans un pays riche est moins un problème « interne » qu’un problème « externe ». En cas de catastrophe naturelle majeure ou d’agression extérieure, de toute évidence, les centrales ne résistent pas. Ceci avait déjà été pointé après les attentats du 11 septembre avec l’hypothèse d’un crash d’un avion sur une centrale.

Peut-on dire que notre pays n’est pas dans une situation équivalente car nous ne pouvons connaître un séisme de cette ampleur et le tsunami consécutif ?
C’est une réponse de spécialiste et à ce que j’ai pu lire ou entendre, je n’évacuerais pas cette hypothèse dans certaines parties du territoire français. Pour mémoire, 16 réacteurs (dont 14 ont entre 25 et 32 ans – les plus vieux) sont placés sur des zones à risque sismique dit « modéré » (dont Fessenheim en Alsace). Des situations de sécheresse ou d’inondations (à craindre avec les perturbations climatiques) peuvent nuire au système de refroidissement.

Tout ceci crée une inquiétude légitime dans l’esprit des français.
Cette inquiétude est alimentée par les mensonges à répétition auxquels nous ont habitués les autorités publiques (le nuage de Tchernobyl s’était arrêté aux frontières avec l’Allemagne !).
Les écologistes, pour leur part, alarment sans cesse, à tel point que, telle la fable du berger qui criait au loup, les gens ne savent plus si c’est vraiment grave.



Ce qui me semble utile de demander :
- répondre favorablement à la demande de l’Autriche qui a demandé un « test de résistance» de toutes les centrales nucléaires en Europe, en commençant par les plus vieilles dont la fermeture est à programmer de toute façon. Le problème énergétique est en effet un problème européen (surtout en matière de risque car si une centrale explose en Europe, le nuage radioactif touchera tout le continent. C’est aussi une question d’approvisionnement dans un marché de l’énergie désormais ouvert). Un tel test de résistance doit être réalisé par des gens qui n’ont aucun avis sur le nucléaire afin que ce test soit transparent et indépendant.

- Répondre favorablement à l’idée d’un débat qui a toujours été refusé en France y compris lors du Grenelle de l’environnement. Ce débat doit porter sur l’avenir non pas du nucléaire mais de l’énergie en France et en Europe. En effet, ne parler que du nucléaire c’est comme parler d’un ingrédient d’un plat sans parler du plat lui-même. Les pays qui ont décidé de se passer du nucléaire on du rouvrir des centrales à charbon ou au gaz (avec les effets d’émissions de CO2 qui en résultent). La consommation énergétique de notre pays est à 80% basée sur des énergies de « flux », à savoir le pétrole et le gaz, un peu la biomasse (circulation des véhicules, chauffage, industries) et à 20% d’électricité. L’électricité est produite à 80% par le nucléaire et à 20% par un mixte charbon, gaz, hydroélectrique et une faible part d’énergies renouvelables que sont l’éolien ou le solaire ou le bois énergie (environ 5%). Quand on additionne tout (électricité+flux), le renouvelable constitue moins de 15% de notre production d’énergie en France, le nucléaire 16%.

- Quant à conclure ce débat par un référendum, pourquoi pas, mais attention aux deux écueils :
  1. la réponse oui/non est une simplification d’un débat forcément complexe. Rappelons-nous le débat TCE qui était une question complexe à laquelle il a fallu répondre de façon simple… trop simple. Il faut être conscient que l’équation énergétique n’est pas simple aujourd’hui : le débat reste dogmatique et tendu entre pro et anti-nucléaire ; nous restons dépendants des énergies fossiles dont il faut se défaire au plus vite ; les solutions renouvelables et d’efficacité énergétique ne sont pas encore en capacité de fournir tous les besoins ; Tout ceci est dans un contexte de demande énergétique en expansion
  2. quelle sera la question posée ? le nucléaire seul ou le mix énergétique, à savoir la réduction progressive de la part du nucléaire dans notre production énergétique ? Au risque de retours en arrière brutaux ou de réouverture de centrales charbon ou gaz, je préfère une ligne directrice de réduction du nucléaire qu’une décision tranchée qu’on ne pourrait assumer.
La question de fond, qui doit être posée à froid, est celle de savoir si notre pays doit continuer de considérer le nucléaire comme une énergie en soi ou une énergie de transition dont il serait préférable de se passer à terme. Autrement dit, énergie durable ou énergie de transition en attendant d’avoir les alternatives permettant de couvrir tous nos besoins ? Quoi qu’il en soit, nous devons avoir à l’esprit que nos choix ne doivent pas empêcher les générations futures d’en faire d’autre. Comme le dit Arnaud Gossement sur son blog, une éolienne, les générations futures peuvent les démonter. Une centrale nucléaire, non.

A ce stade, à titre personnel, les pistes raisonnables, serait d’envisager une réduction de notre production électrique d’origine nucléaire, avec un objectif de 50% (au lieu de 80%), à un horizon de 20 ans. Dans un premier temps, ceci doit permettre de fermer les centrales nucléaires les plus vieilles, dont celle de Fessenheim (qui, pour être refroidie, a été arrosé au jet d’eau lors d’un des derniers étés caniculaires !). Il faudra donc trouver en 20 ans une source de remplacement de l’énergie nucléaire pour 30% de notre production électrique. Il faudra donc rééquilibrer considérablement les moyens de la recherche publique pour les énergies renouvelables (la majorité de ces moyens étant aujourd’hui dévolu au nucléaire), et cesser de mettre des bâtons dans les roues de leur développement, notamment le photovoltaïque et l’éolien. J’estime que la moitié (15 à 20%) peut être fournie par l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse (bois+énergie issue des déchets). L’autre moitié (10 à 20%) doit être le résultat d’une politique offensive de réduction et d’efficacité énergétique (nous devons notamment booster une filière de l’efficacité énergétique, à savoir l’amélioration optimum de la performance énergétique des machines d’une part, et le développement à grande échelle d’un réseau électrique intelligent qui permettrait en temps réel, dans chaque foyer d’optimiser les consommations énergétiques).

1 commentaire:

  1. créons du débat, l'enjeu est important : notre survie... http://gauchedecombat.wordpress.com/2011/03/15/nucleaire-le-debat-simpose/

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