mardi 5 avril 2011

les annonces du gouvernement sur l'énergie

Le gouvernement prend visiblement et enfin la mesure du problème de l'augmentation du prix de l'énergie.

Mais il le fait vraisemblablement plus pour des raisons électoralistes que pour des raisons de fond. A y regarder de plus près, on voit que c'est d'ailleurs une "tradition" : un an avant les présidentielles, les gouvernements annoncent maintenant systématiquement des mesures de réduction de la facture énergétique : en 2001, Jospin (pourtant chef d'un gouvernement PS+Verts) annonçait la TIPP flottante (mesure assez peu écolo) ; et en 2005, Villepin annonçait la prime à la cuve (en plein été d'ailleurs !).

Sur les carburants, la mesure annoncée n'est pas vraiment celle qu'on aurait pu espérer. Elle met certes à contribution les pétroliers (ce qui est une bonne nouvelle au regard de l'effet d'aubaine qui gonfle leurs bénéfices, et qui - appelons un chat un chat - commence à ressembler à une taxe carbone), mais elle sera générale et s'appliquera à tous, ce qui est non seulement électoraliste mais aussi anti-écologique.

Pourquoi "anti-écologique" ?
En diluant cette mesure sans la cibler sur les ménages et professions sur double condition de ressource et de non accès à des solutions alternatives (transports en commun notamment), elle ne tient pas compte d'un constat qui est que l'augmentation du prix du carburant contribue à la baisse générale de la consommation (baisse souhaitable au regard des enjeux environnementaux de réduction des gaz à effet de serre - et au regard de notre dépendance à une énergie que nous achetons en dehors de nos frontières).
Cette tendance générale, il fallait la préserver. Et ce qu'il fallait privilégier, c'est de cibler les mesures d'aides sous condition de ressource et de non accès aux transports en commun, notamment en milieu rural (cette limitation de population cible rendait d'ailleurs la mesure nettement moins onéreuse, plus juste et cohérente d'un point de vue environnemental et social).

Quant à la contribution des pétroliers, il fallait l'envisager à une hauteur suffisamment conséquente pour qu'elle puisse abonder un fonds qui aurait
- financé ces mesures d'aides ciblées,
- financé les nouvelles formes d'alternatives qui pourraient trouver leur sens pour les foyers dont le seul mode de déplacement reste la voiture individuelle (TAD, co-voiturage-voiture partagée-télétravail),
- mais aussi financé la politique évidemment coûteuse d'efficacité énergétique des logements.

Globalement, le mécanisme fiscal selon lequel les bénéfices des vendeurs d'énergie fossile doit financer l'efficacité énergétique reste à inventer.

Sur le gaz, après avoir annoncé il y a un an qu'il n'interviendrait plus sur le tarif du gaz, le gouvernement revient sur cet engagement et annonce des tarifs à la carte. Après le moratoire de début d'année sur le photovoltaïque, le gouvernement continue d'avancer à tâtons en matière énergétique montrant par là une absence de vision générale et créant de ce fait une incertitude forte tant dans les ménages qu'auprès des opérateurs, fournisseurs et investisseurs.

Il n'en reste pas moins que les augmentations du gaz demeurent obscures. Les opérateurs et la Commission de régulation de l'énergie (CRE) entretiennent - sans doute volontairement - une confusion et une illisibilité qui créent légitimement une suspicion. Nous aurons évidemment besoin d'obtenir de la CRE plus de transparence, de lisibilité afin que soit connue de tous la vérité sur les prix de l'énergie.

Enfin, sur l'électricité, l'annonce d'une augmentation moindre au 1er juillet, ne répond pas à une question majeure qui est, encore une fois, celle des impacts sociaux. Le fait que tous les ménages soient logés à la même enseigne quels que soient leurs revenus n'est pas juste et défendable. Pourquoi ne pas, par exemple, élargir le million de bénéficiaires des tarifs sociaux (ceux qui ont droit à la CMU) à près de 8 millions de foyers (les bénéficiaires des allocations logement) ? Et puisqu'il faut équilibrer les comptes, les augmentations nécessaires pourraient alors être plus conséquentes sur les autres foyers chez qui, dans leur budget général, une augmentation de quelques % du tarif électrique restera supportable. On peut même imaginer un malus appliqué aux surconsommations en période de pointe.

En tout état de cause, le débat énergétique reste devant nous. Ces micro mesures énergétiques n'ont rien de structurel, elles ne construisent en rien l'avenir énergétique de notre Pays qui doit répondre aux enjeux environnementaux et sociaux liés à l'énergie. Et tout ceci n'a plus réellement de sens au strict niveau hexagonal. C'est bien à l'échelle continentale européenne que nous trouverons les solutions et les moyens pour les mettre en œuvre.