vendredi 20 mai 2011

Leçon politique : ça s'en va et ça revient

Lors des régionales, je me moquais des sondages et de ces médias qui, à l'appui de leurs études d'opinion fort chères, nous expliquent que les jeux sont faits, qu'un tel est "out", pendant que tel autre est assuré de l'emporter.

Quand un politique répond à une question sur un sondage, le journaliste qui est face à lui est un mur quand le politique répond qu'il faut rester prudent car beaucoup de choses peuvent encore se passer.

Moins d'une semaine après l'affaire qui a secoué notre paysage politique (et au delà), pas un seul média ne se remet en cause, pas une seule envie d'être plus prudent, plus objectif, plus serein dans le déroulé de cette campagne, laissant à chacun ses chances d'exposer ses idées au lieu de bombarder tout le monde de sondages.

Moins d'une semaine après ces évènements, nous voilà à nouveau avec 1 sondage par jour dont les commentaires sont aussi définitifs que ceux de la semaine dernière.

Et pourtant, si une leçon devait être tirée de tout cela - au moins une (plus tard, viendra le temps de tirer d'autres leçons) - c'est qu'il peut se passer beaucoup de choses d'ici la présidentielle. Et que ce que nous aurions de mieux à faire, c'est de se calmer un peu. Échafauder moins de scénarios de victoires, défaites, bons ou mauvais scores, ... et laisser le procès de DSK se dérouler et penser maintenant à autre chose.




Et pour détendre un tout petit peu les choses, comme je le fis pendant les régionales, revoici le clip vidéo qui chantonne "ça s'en va et ça revient"... comme beaucoup de choses en politique.

mardi 17 mai 2011

jeudi 5 mai 2011

Nucléaire : crédibilité et réalisme ?

Je lisais, il y a deux jours, une déclaration du Président de la République en déplacement sur la centrale nucléaire de Gravelines : "« Ceux qui veulent qu'on sorte du nucléaire, (...) est-ce qu'ils sont prêts à trouver les 45 milliards d'euros pour compenser ? C'est irresponsable. »

Pour commencer, on peut se demander à quoi correspondent ces 45 milliards ? Mais prenons ce chiffre comme étant celui que le Président de la République n'a pas pour répondre aux besoins de production électrique.

Or, voici mon petit calcul :
La France a 58 réacteurs nucléaires qui ont pour la plupart une durée de vie déjà bien entamée et qui ont chacun entre 900 et 1300 MW de puissance chacun (disons, environ 1100 MW de puissance en moyenne).
Ceux qui plaident pour une sortie du nucléaire, admettent que ceci ne pourra se faire qu'en 20 ou 30 ans et ceux qui sont pour le nucléaire n'osent pas raisonnablement pousser la durée de vie de ce parc de 58 réacteur au delà des 20 ou 30 ans en question. Donc, tout le monde est d'accord pour dire que nous allons, dans les 30 années qui viennent, fermer 58 réacteurs nucléaires.
L'EPR, censé venir remplacer nos 58 réacteurs est d'une puissance de 1600 MW. Pour remplacer les quelques 64000 MW de puissance produite par nos 58 réacteurs, il faudrait environ 40 réacteurs EPR.
Aux dernières nouvelles, le coût d'un réacteur est de quelques 2.5 à 3 milliards d'euros (avec un coût réel qui a plutôt tendance à monter comme en Finlande). Donc, il en coûtera au minimum entre 100 à 120 milliards d'euros au bas mot dans les 30 prochaines années pour ne pas réduire, comme le souhaite le Président de la République, la production électrique d'origine nucléaire (et c'est largement le double des 45 milliards qu'il dit ne pas avoir).
Ajoutons à cela qu'entre le moment où la décision est prise de construire un réacteur EPR, et sa mise en fonction, on en est aujourd'hui à quelques 8 années (temps estimés aujourd'hui pour le réacteur finlandais).
Imaginons que nous prenions, aujourd'hui, la décision de remplacer à terme tous nos réacteurs par des EPR (et c'est mal parti au regard de ce qu'on apprend aujourd'hui sur l'ajournement de l'EPR de Penly) les premiers réacteurs EPR n'entreraient en service que dans 8 ans. Il nous resterait 22 ans pour remplacer les 58 réacteurs... ce calendrier étant très généreux car il ne tient pas compte du fait que nous devrons fermer plusieurs des plus vieux réacteurs avant. Ceci veut dire environ deux réacteurs EPR qui sortiraient de terre chaque année à partir de 2020 et ce jusqu'en 2042 pour un coût annuel de 5 à 6 milliards d'euros.

Bon, ... je crois qu'on a un gros problème devant nous. D'abord parce que je pressens que nous n'avons ni le temps ni l'argent (et l'argent, c'est le Président lui même qui dit que nous ne l'avons pas) de renouveler le parc nucléaire actuel par un autre parc nucléaire de puissance équivalente. Et ensuite, parce que, finalement, la France ne procède à aucune programmation. Si bien que dans une dizaine d'années, il y a tout lieu de craindre que notre Pays sera en grave pénurie de production électrique, après quelques fermetures de centrales qui ne seront pas remplacées dans les temps par d'autres productions.

En somme, alors que le discours ambiant est à donner une "prime" de crédibilité et de réalisme au nucléaire face à toute autre solution, je pense que tout cela n'est pas si crédible et réaliste qu'on veut bien nous le présenter. Tout ceci confirme en tout cas que nous avons urgemment besoin de tout remettre à plat, avec nos voisins européens et méditerranéens, et programmer un mix énergétique urgent, qui, études objectives à l'appui, nous permette de répondre, dans le siècle, aux besoins futurs, et de manière sérieuse, non dogmatique, et durable (dans tous les sens de ce terme "durable" : économiquement et environnementalement).

mercredi 4 mai 2011

Monopole d'EDF... ou pas ?

J’ai récemment prix position dans le dossier du prix du Mw/h fixé à 40 euros (puis 42 euros dès 2012) par l’Etat dans le cadre des obligations européennes d’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence.

J’ai notamment prix position pour remettre en cause la pertinence d’une situation de fait de monopole d’EDF. Cette prise de position m’a valu un nombre important de messages de désapprobation dont je résumerai le contenu par le fait que le monopole public d’EDF était une bonne chose pour la France et les consommateurs d’électricité.

Je crois donc nécessaire d’aller dans le détail de ce que je pense à ce sujet.

La règle européenne (le marché économique intérieur européen doit permettre aux entreprises un exercice concurrentiel libre, ouvert et non faussé de leurs activités). Cette règle voulue par tous les Etats de l’Union (y compris la France quelle que soit la couleur politique des gouvernement qui se sont succédés au cours des dernières décennies) implique que ce que nos entreprises peuvent faire dans les Etats de l’Union (y compris les entreprises publiques telle EDF), d’autres entreprises issues des pays de l’Union doivent pouvoir le faire dans notre pays. C’est pour cette raison que la plupart des monopoles d’Etat sont peu à peu contraints de laisser de la place à la concurrence. J’admets fort bien que certains puissent trouver cette idée contestable et se battent pour maintenir un certain nombre de monopoles publics. Mais au quel cas, allons jusqu’au bout de cette logique : il faudrait alors négocier au plan européen un retour en arrière et la garantie de pouvoir garder des monopoles publics dans certains domaines comme ceux qui ont existé fortement jusqu’à aujourd’hui : l’électricité, le train, le courrier… mais si c'est cela que nous voulons, alorssoyons fair play et admettons que nos voisins en fassent de même et interdisent du coup à nos entreprises de l’électricité, du train ou du courrier de décrocher des marchés chez eux. (je suis loin de penser que ceci serait à notre avantage). En gros, il en serait fini du marché économique européen et je n’y suis pas favorable.

Revenons à l’affaire énergétique française. A l’origine, la Commission Européenne, qui, au regard des Traités, ne fait rien d’autre que son travail d’exécutant, a demandé à la France de procurer aux fournisseurs alternatifs un accès régulé à la base nucléaire à un prix leur permettant d’être rentables compte tenu du fait que les tarifs sont réglementés.

Depuis plusieurs mois, EDF a plaidé pour un accès à la base nucléaire à un prix minimum de 42 euros le MWh, seuil au dessous duquel le président d’EDF estimait que l’on assisterait à un « pillage » de son entreprise.

Pourquoi 42 euros pose problème ? Sur la base du prix d’accès à la base nucléaire à 42€, 6 phénomènes vont se concrétiser :

1. Le premier est un retour au monopole d’EDF sur le marché des particuliers et petits professionnels : quel fournisseur serait suffisamment « suicidaire » pour accepter d’acheter de la base nucléaire à 42 euros le MWh pour concurrencer une offre à 35 euros ? En effet, le prix aux particuliers et petits professionnels étant réglementé (tarif bleu), on estime que, au prix actuel réglementé, un électricien ne peut faire des marges que s’il produit/achète de l’électricité à 35 euros.

2. Il y a donc un risque qu’il y ait de la concurrence uniquement sur le marché dérèglementée des industriels (3 à 4000 sites) avec des marges infimes à se partager entre une dizaine de fournisseurs. Les opérateurs alternatifs devront se concentrer sur la production d’électricité et sur la commercialisation d’électricité essentiellement aux industriels.

3. Les premiers perdants vont donc être les consommateurs français. D'une part parce que tout ceci engendre des hausses futures de prix, et d'autre part parce qu'il annule la concurrence qui aurait pu "en partie" réduire les hausses futures inéluctables par l'innovation (notamment dans les services d'efficacité énergétique...) et par une tension sur les marges (impossible en monopole). De ce point de vue, la position du MODEM est donc celle défendue par l'ensemble des associations de consommateurs...particuliers et entreprises...

4. La loi prévoit en outre que la différence entre 34 euros et 42 euros devra être résorbée, c'est-à-dire que le tarif bleu devra être augmenté d’ici 2015. Cette disposition n’a pas de sens en soi. Ce qui est vrai est que avec l’augmentation des prix de 35 à 42 euros, les opérateurs alternatifs vont perdre de moins en moins d’argent, mais il est probable que cela sera déjà trop tard et que les éventuels concurrents auront du mal à tenir jusque là. En outre, peut-on imaginer d’un point de vue politique, une telle augmentation de 20% sur 3 ans après 2012 ?

5. Comme je l’ai expliqué plus haut, le processus d’ouverture du marché s’effectue dans le cadre d’un engagement européen pris par la France (et mis en œuvre chez nos voisins). Un retour au quasi-monopole sera perçu, par les services de la Commission Européenne, au mieux comme une provocation, au pire comme un désaveu. Sauf à changer les Traités et les directives qui en découlent, les conséquences juridiques pourraient même aller jusqu’à un démantèlement de l’entreprise EDF qui se verrait alors, à l’instar de ce qu’a subi EON en Allemagne, obligée de procéder à des cessions.

6. Dernière remarque : la relation entre EDF et l’option d’une production nucléaire très majoritaire est historique. A tel point que le PDG d’EDF Henri Proglio ne se cache pas de vouloir faire main basse sur Areva. Ce que ceci confirme, c’est l’état d’esprit selon lequel il faudrait lier le métier de producteur et fournisseur d’électricité à celui de fabricant de l’outil permettant de produire cette électricité : en l’occurrence, le nucléaire. Valider l’idée d’un monopole d’EDF, c’est de fait valider un choix technologique du 80% d’électricité d’origine nucléaire. C’est là que la concurrence peut précisément permettre de faire entrer d’autres options telles que le renouvelable.

Admettons pour un moment que les obligations européennes ne se posent pas. Faudrait-il augmenter les prix de l’électricité ? La réponse est oui. Il s’agit de veiller à fixer le tarif à son juste prix.

Les prix de l’électricité pour les particuliers n’ont pas augmenté pour le particulier, en valeur nominale, entre 1994 et le milieu des années 2010. Pendant ce temps là, les coûts de fonctionnement de l’électricité ont fortement augmenté. Il y a des raisons à cela. Nombre d’entre elles sont dues à la mauvaise gouvernance d’EDF et au corporatisme : coût des aventures d’EDF à l’étranger (qui, au passage, est ravie d’agir en multinationale bénéficiant de règles de libre concurrence au-delà de nos frontières, et qui fait tout pour les empêcher en France) augmentation de salaires (encore 8% depuis l’arrivée de Proglio), régime spécial des retraites injuste par rapport aux autres salariés, gestion lamentable du comité d’entreprise. Ces raisons ne justifient pas une augmentation des tarifs (voir l’interview dans Libération de JM Chevalier). .

Mais il y a d’autres raisons. Même amorti, le nucléaire coûte de plus en plus cher (les récents développements qui viennent de conduire le Président de le République à demander à la Cour des Comptes un rapport sur le vrai prix du nucléaire sera d’un utile éclairage à cette effet). Et quel que soit les sources de production, la croissance des coûts est inéluctable. Sans même prendre position dans le débat sur la pertinence du nucléaire, maintenir ou construire des centrales nucléaires va renchérir le coût de cette énergie, ne serait-ce que pour renforcer la sûreté. De même, augmenter la part des énergies renouvelables, dont les coûts de revient restent eux aussi élevés, viendra aussi accroitre la facture. Et, dans l’après-Fukushima, plus que jamais la majorité des experts considère maintenant que le prix des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) sera à la hausse dans les prochaines années. Tout cela sera encore plus vrai au cours de la transition énergétique de sortie du nucléaire vers des énergies alternatives propres, si ce choix est fait.

La facture d’électricité en France est la plus faible en Europe. Nous en avons tiré une fierté jusqu’ici, mais reconnaissons-le avec un certain degré d’illusion. A l’heure où les choix énergétiques sont à nouveau sur la table, ouvrons aussi ce débat. Fixons le prix de l’électricité à son prix de revient :

Cela veut dire qu’il faudra repenser les tarifications et la fiscalité de l’énergie pour que les plus aisés et les plus consommateurs soient incités à réduire leur consommation ou à engager des travaux d’économie énergie.

Cela veut dire que les plus aisés des Français ne bénéficieront plus d’une énergie à des tarifs aussi avantageux. Mettons en place un tarif minimum juste et redistributif, incitatif pour les économies d’énergie (voir la tribune que j’ai cosignée publiée sur le monde.fr)

Enfin, cela veut dire qu’EDF au titre de son monopole ne doit pas être en mesure de faire pression pour dire qu’il doit investir, renouveler ses capacités, que l’EPR coûte plus cher, qu’il faut plus de sûreté, mais aussi payer pour ces mauvaises stratégies etc…Le régulateur de l’énergie doit fixer le prix en toute indépendance.

Je peux comprendre qu'on soit attaché à une certaine "Histoire" qui fait qu'en France, on reste attaché à "notre" entreprise nationale EDF. Cela véhicule à la fois de la fierté pour nos fleurons industriels, et aussi un attachement à ce qu'on continue encore de penser comme un service public. Ainsi, l'idée selon laquelle EDF serait à la fois public et en monopole serait la garantie d'approvisionnement et tarif bas. La réalité n'est pas (plus) celle-la et c'est pour toutes les raisons détaillées dans cette note que je suis convaincu que le monopole, pour l'électricité (et en règle générale, pour tout secteur) n'est pas souhaitable.