jeudi 5 mai 2011

Nucléaire : crédibilité et réalisme ?

Je lisais, il y a deux jours, une déclaration du Président de la République en déplacement sur la centrale nucléaire de Gravelines : "« Ceux qui veulent qu'on sorte du nucléaire, (...) est-ce qu'ils sont prêts à trouver les 45 milliards d'euros pour compenser ? C'est irresponsable. »

Pour commencer, on peut se demander à quoi correspondent ces 45 milliards ? Mais prenons ce chiffre comme étant celui que le Président de la République n'a pas pour répondre aux besoins de production électrique.

Or, voici mon petit calcul :
La France a 58 réacteurs nucléaires qui ont pour la plupart une durée de vie déjà bien entamée et qui ont chacun entre 900 et 1300 MW de puissance chacun (disons, environ 1100 MW de puissance en moyenne).
Ceux qui plaident pour une sortie du nucléaire, admettent que ceci ne pourra se faire qu'en 20 ou 30 ans et ceux qui sont pour le nucléaire n'osent pas raisonnablement pousser la durée de vie de ce parc de 58 réacteur au delà des 20 ou 30 ans en question. Donc, tout le monde est d'accord pour dire que nous allons, dans les 30 années qui viennent, fermer 58 réacteurs nucléaires.
L'EPR, censé venir remplacer nos 58 réacteurs est d'une puissance de 1600 MW. Pour remplacer les quelques 64000 MW de puissance produite par nos 58 réacteurs, il faudrait environ 40 réacteurs EPR.
Aux dernières nouvelles, le coût d'un réacteur est de quelques 2.5 à 3 milliards d'euros (avec un coût réel qui a plutôt tendance à monter comme en Finlande). Donc, il en coûtera au minimum entre 100 à 120 milliards d'euros au bas mot dans les 30 prochaines années pour ne pas réduire, comme le souhaite le Président de la République, la production électrique d'origine nucléaire (et c'est largement le double des 45 milliards qu'il dit ne pas avoir).
Ajoutons à cela qu'entre le moment où la décision est prise de construire un réacteur EPR, et sa mise en fonction, on en est aujourd'hui à quelques 8 années (temps estimés aujourd'hui pour le réacteur finlandais).
Imaginons que nous prenions, aujourd'hui, la décision de remplacer à terme tous nos réacteurs par des EPR (et c'est mal parti au regard de ce qu'on apprend aujourd'hui sur l'ajournement de l'EPR de Penly) les premiers réacteurs EPR n'entreraient en service que dans 8 ans. Il nous resterait 22 ans pour remplacer les 58 réacteurs... ce calendrier étant très généreux car il ne tient pas compte du fait que nous devrons fermer plusieurs des plus vieux réacteurs avant. Ceci veut dire environ deux réacteurs EPR qui sortiraient de terre chaque année à partir de 2020 et ce jusqu'en 2042 pour un coût annuel de 5 à 6 milliards d'euros.

Bon, ... je crois qu'on a un gros problème devant nous. D'abord parce que je pressens que nous n'avons ni le temps ni l'argent (et l'argent, c'est le Président lui même qui dit que nous ne l'avons pas) de renouveler le parc nucléaire actuel par un autre parc nucléaire de puissance équivalente. Et ensuite, parce que, finalement, la France ne procède à aucune programmation. Si bien que dans une dizaine d'années, il y a tout lieu de craindre que notre Pays sera en grave pénurie de production électrique, après quelques fermetures de centrales qui ne seront pas remplacées dans les temps par d'autres productions.

En somme, alors que le discours ambiant est à donner une "prime" de crédibilité et de réalisme au nucléaire face à toute autre solution, je pense que tout cela n'est pas si crédible et réaliste qu'on veut bien nous le présenter. Tout ceci confirme en tout cas que nous avons urgemment besoin de tout remettre à plat, avec nos voisins européens et méditerranéens, et programmer un mix énergétique urgent, qui, études objectives à l'appui, nous permette de répondre, dans le siècle, aux besoins futurs, et de manière sérieuse, non dogmatique, et durable (dans tous les sens de ce terme "durable" : économiquement et environnementalement).

1 commentaire:

  1. D'accord pour cette analyse sauf que c'est entre 2 et 5 Réacteurs en fonction de la durée de vie des réacteurs existants. Moi j'ai pris 40ans si c'est 45ans c'est déjà plus gérable pendant 5ans après c'est 4 réacteurs par an si on ne commence pas tout de suite. J'ai pris 6ans de construction donc inférieur à vos 8ans donc plus de 2 réacteurs par an et la production devra augmenter en fonction de la durée de vie choisie ou bien les réacteurs arrêtés par l'ASN ou EDF lui-même. Une des solutions est de baisser considérablement de baisser notre consommation et de faire la chasse au gaspillage et ceci est une volonté politique beaucoup plus réalisable par une volonté politique qu'en libéralisant le marché de l'électricité sauf si il y a des impératifs qui seront bien entendu détournés. Il faut déjà assainir ce qui existe pour ne pas donner une mauvaise base pour le marché. Pour cela il faut faire un projet clair qui calmerait les ardeurs calculées de la commission européenne. C'est peut-être à vous de faire cette projection pour calmer les peurs mais ce projet devra être mis point par point sans dévier ni à droite ni à gauche (lol) qui satisfera tout le monde en tous les cas les gens raisonnables. Mais libérer les marchés d'une manière complètement libre n'a pas de sens et est plutôt destructeur pour l'avenir de la filière. Surtout il faut qu'il y ait solidarité d'un point de vue énergétique en fonction des moyens et des compétences (mdr enfin pas tant que ça). Pensez aussi à l'augmentation de la puissance de la Russie si le nucléaire diminue. Croyez à la fusion Nucléaire?

    RépondreSupprimer