jeudi 16 juin 2011

le référendum italien : une envie de maitriser l'avenir

Le référendum italien n'a finalement pas eu beaucoup d'impact dans notre actualité nationale.
Et pourtant, à bien y réfléchir, il comporte tout de même quelques questions intéressantes qui dépassent largement le contexte italien.

Première remarque : en Italie, on peut faire des référendum d'initiative populaire. En France, la Constitution le permet, mais, évidemment, la loi d'application n'a toujours pas été proposée au Parlement... et pourtant, on ne peut pas dire que ce gouvernement est avare en proposition de loi de toute nature.

Deuxièmement, j'ai été évidemment surpris par l'ampleur des réponses : plus de 90% de oui aux questions posées. 90% d'un avis qui est exactement l'inverse de ce que le gouvernement Berlusconi voulait faire. Alors évidemment, on dira que ce sont les électeurs opposés à Berlusconi qui constituent la majorité des 57% de participants (les partisans de Berlusconi ayant été appelé à rester chez eux par Berlusconi lui-même... et finalement, bien mal lui en a pris car s'il n'avait rien dit, la participation aurait été encore plus élevées, mais avec un rejet sans doute moins fort). Mais peu importe, 57% des italiens qui disent oui à plus de 90%, cela veut dire quelque chose de très fort.

Ce "quelque chose", certains simplifieront en disant que c'est un rejet de Berlusconi. Ce que cela m'inspire plutôt, c'est qu'un peuple a voulu se saisir d'une opportunité de manifester un choix sur des options lourdes pour le Pays : l'énergie, l'eau en l'occurrence.

Cela me rappelle un propos de Michel Serre. Il avait souvent constaté que dans notre démocratie pourtant d'un niveau correct, les grandes modifications de notre quotidien n'ont que rarement été un choix qu'on a proposé aux électeurs. Son exemple, pas si farfelu que cela, concernait nos paysages. Il parlait de son enfance et comparait ses paysages d'enfance à ceux d'aujourd'hui. Ses paysages d'enfance étaient ceux d'une France vallonnée et couverte de petits bosquets ou vergers. Les paysages d'aujourd'hui, fruit d'une agriculture hautement mécanisée, ont été si arasés que les collines se sont aplanies et que là où il y avait des vallons, il y a aujourd'hui des plaines plates. Il constatait que jamais on avait demandé leur avis aux français sur la transformation probable de leurs paysages. En effet, si on leur avait dit que les paysages vallonnés et les vergers allaient disparaître au profit de vaste plaines plates de céréales, un petit débat aurait existé. En réalité, ceci eut été difficile car je devine qu'au lendemain de la guerre, l'impérieuse nécessité de rendre plus efficace notre agriculture primait sur tout autre considérant et que nul ne pouvait imaginer les conséquences environnementales et paysagères. Et puis, il y a 60 ans, quand la PAC fut pensée, l'idée de demander son avis au peuple sur des sujets pareils relevait de la plaisanterie.

Cette réflexion de Michel Serre, je la mets en parallèle de ce référendum italien car cet avis des italiens nous montre à quel point une orientation voulue par des gouvernants peut être très fortement contraire à ce que pense le peuple. Et ce n'est pas la première fois que sur des sujets bien précis, on constate que la majorité des parlementaires ne pensent pas comme la majorité du peuple. On peut bien évidemment se dire qu'il faut parfois avancer de manière éclairée par rapport à un peuple qui peut rester dans l'émotion. Tout le monde garde en mémoire ces remarques récentes d'un Robert Badinter qui avouait qu'en 1981, le candidat François Mitterand n'avait pas gagné en faisant de l'abolition de la peine de mort le point principal de son programme. Pire, s'il l'avait fait, il aurait perdu. Et pourtant, cette abolition, alors qu'elle était minoritaire dans la population, restera comme une des plus grandes avancées des années Mitterand.

Ne tombons pas pour autant dans un élitisme dangereux. Il appartient à cette élite élue de faire de cette démocratie un objet éclairé (et le moins que l'on puisse dire, c'est que le débat politique actuel n'éclaire pas grandement le peuple). Ce qui est certain, c'est que les grands choix de société doivent faire l'objet de vrais et longs débats... surtout si ce qui est envisagé nous engage sur des dizaines d'années. Le nucléaire et l'eau sont de ces sujets, l'éthique en politique également. Et les italiens ont eu raison d'aller aux urnes.

Et évidemment, là où les responsables politiques font mal leur travail, c'est quand ils laissent ce type de référendum se faire en vitesse, sans le débat, la contextualisation et la mise en perspective absolument nécessaire. Ne surestimons, ni ne mésestimons un peuple dans sa capacité de comprendre les tenants et aboutissants des problèmes, mais le climat dans lequel le référendum italien a été mené - même si son résultat me satisfait -, ne nous leurrons pas, a forcément laissé la place à un niveau d'émotion trop élevé (ambiance politique délétère, affaires, catastrophe de Fukushima...).

Il y a donc, dans ce référendum italien plusieurs leçons à tirer :
- oui, l'outil référendaire est nécessaire pour recaler peuple et gouvernants, régulièrement, sur des sujets engageant le pays sur de longues années.
- mais, puisqu'il s'agit de sujets "engageants sur du long terme", donnons nous les outils et les moyens de prévoir quelles doivent être ces questions avec un temps long préalable à ces consultations. Temps long durant lequel un débat serein et argumenté tenterait précisément de faire une prospective de long terme sur les conséquences de nos décisions ...

... pour éviter dorénavant de subir que nos vallons variés deviennent des plaines monotones, ou que ... nos enfants gèrent une radioacitivité dont ils ne tireront plus aucune énergie, que notre eau perdent son caractère de bien commun de l'humanité pour devenir une ressource chère, inaccessible à des milliards d'humains, et ouverte à toutes les spéculations commerciales.

1 commentaire:

  1. Comme tous les pays du monde, l'italie a un ensemble de moyens pour produire de l'électricité. On peut donc établir son mix (source : AIE, stats 2008) :

    Gaz : 54.1%
    Charbon : 15.2%
    Hydraulique : 14.8%
    Fuel : 9.9%
    Géothermique : 1.7%
    Eoliennes : 1.5%
    Biomasse : 1.4%
    PV : 0.1%
    Solaire thermique : 0.0%
    Nucléaire : 0.0%

    Southstream grand gagnant .....

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