jeudi 22 septembre 2011

L'abandon du nucléaire aurait un coût exhorbitant ?

Je viens de lire l'interview donnée au Figaro de Bernard Bigot, Haut commissaire à l'énergie atomique.


Dans ce débat sur la question du nucléaire, qui va devenir de plus en plus fort dans la campagne présidentielle qui s'amorce, je ne m'attendais guère à un silence passif de la part des partisans du nucléaire. Et pour dire vrai, je suis d'avance déprimé à l'idée que ce débat se fera sur des torsions de la réalité, des surinterprétations de chiffres dans tous les sens qui évidemment ne permettront aucunement d'envisager des options raisonnables sur la question énergétique.

D'où vient ce chiffre de 750 milliards d'euros ? De nulle part...Simple extrapolation des chiffres allemands, eux-mêmes sujets à controverse en Allemagne :
- controverse du fait que le démantèlement des centrales est un coût incontournable et que personne ne peut estimer aujourd'hui car on n'a encore jamais vraiment démantelé une centrale. Et surtout, dans la mesure où les centrales ont une fin de vie, il faudra les démanteler, qu'on soit pour ou contre le nucléaire. C'est une donc une dépense qu'on ne peut imputer à une décision d'arrêt du nucléaire. Elle est devant nous, quelle que soit la décision prise.
- controverse du fait qu'on n'intègre nullement les probables gains d'efficacité des énergies renouvelables dès lors qu'on s'y engage fortement, que l'industrie qui en fera le développement deviendra leader en standardisant les process et en vendant des brevets nouveaux,  que ceci sera créateur de richesse et donc de recettes fiscales pour l'Etat, et que ces gains sont à déduire des coûts éventuels de l'arrêt du nucléaire (et encore une fois, sortons de ces coûts celui du démantèlement car ceci est inéluctable avec ou sans sortie du nucléaire).
- controverse enfin car aucun scénario énergétique n'intègre l'idée qu'on pourrait réduire notre consommation énergétique par un gain en efficacité énergétique (potentiellement considérable) du parc de logement, du parc automobile, des process industriels et de toutes les machines, appareils et autres engins. 

Bref, j'entends souvent des procès faits aux anti-nucléaires qui sont traités d'irresponsables incapables de prouver que ce qu'ils avancent est réaliste. Accordons que c'est parfois vrai et admettons que la puissance de travail d'un CEA et d'un Etat pour défendre une option n'est en rien comparable aux moyens dont disposent des ONG anti-nucléaires. Mais quand on est un Etat ou une grande agence comme le CEA, qu'on a les moyens de démontrer son propos, comment peut-on se permettre de dire des choses aussi imprécises qu'affirmatives.

A quand un avis objectif et impartial sur ce sujet ?

1 commentaire:

  1. Avis personnel: Je serais plutôt pour un maintien de la production électrique d'origine nucléaire à son niveau actuel en terme d'énergie pour les années à venir (tout en sachant que la consommation va augmenter), et développer les énergies renouvelables, quitte à revendre l'excédent, puis les évolutions technologiques qui en découleront.
    Cela aurait des avantages multiples, à savoir un maintien de l'expertise française sur l'énergie nucléaire, en espérant un jour atteindre un niveau de propreté bien plus important (c'est le combat actuel des laboratoires de recherche), tout en développant les énergies renouvelables sans plomber de manière trop importante le budget énergie des français qui se porte déjà bien mal du fait des produits pétroliers.
    Il ne faut pas se leurrer, la consommation électrique va augmenter, et peut être de manière assez significative dans les 20 ans à venir si l'automobile en prend le chemin. Cela aura une conséquence sur le coût de production de l'énergie, mais aussi sur la rareté de celle-ci. Les énergies renouvelables sont nécessaires pour notre futur, l'énergie nucléaire l'est également.
    La vie est faite de compromis, l'énergie aussi.

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