jeudi 29 septembre 2011

stress test de Greenpeace... vraiment stressant à lire !

Je viens de prendre connaissance du second stress test "présidentielles 2012" publié par Greenpeace France sur son site internet.

Je veux dire d'entrée de jeu que j'apprécie souvent, par ailleurs, l'action de Greenpeace... notamment dans le domaine de la biodiversité où elle pointe avec pertinence les horreurs commises dans les forêts tropicales.

Mais là, ce stress test, est à l'image de tous ces questionnaires aux candidats qui vont fleurir dans les mois qui viennent. Je me demande d'ailleurs quand les ONG et les candidats vont se lasser de ce manège qui, à mon sens et au regard de mon expérience, ne sert pas à grand chose.
En effet, à chaque échéance électorale, les ONG envoient des questionnaires aux candidats. Ces questionnaires, sorte de cahiers de doléances, listent les revendications des dites associations et demandent aux candidats de se positionner. Pour les candidats, les marges de manoeuvres sont limitées. Répondez dans la nuance (et donc avec une certaine sincérité), et vous risquez le déclassement !
Que se passe-t-il dès lors ? Les candidats disent, dans la plupart des cas et avec une totale démagogie, oui à tout.
Ainsi, tout particulièrement sur des sujets "à la mode" dont on sait que la population attend que vous preniez quelques engagements généreux, le candidat n'hésitera pas à dépasser franchement sa pensée profonde (et donc ce qu'il fera effectivement une fois élu). Typiquement, sur les questions de lutte contre la pauvreté, de droits de l'Homme, de défense des libertés publiques ou d'environnement, chacun va y aller de sa surenchère.
Souvenez-vous du Pacte écologique de Nicolas Hulot en 2007. Quasiment tous les candidats à la présidentielle et les candidats aux législatives l'ont signé. J'ai par ailleurs beaucoup d'estime pour Nicolas Hulot mais à l'époque, je lui avais signifié avec franchise ce que je pensais de sa démarche de "blanc seing écologique" qu'il avait généreusement distribué à 80% de la classe politique. Le pire dans une telle démarche est que le candidat quelque peu scrupuleux, honnête et cohérent avec lui-même, qui chercherait à répondre avec précision et subtilité, se retrouve déclassé et jugé défavorablement par les dites ONG.

C'est exactement ce que je relève avec le stress test de Greenpeace. Lisez attentivement les réponses des candidats. Très franchement, j'ai du mal à trouver crédible certaines réponses de candidats pourtant jugées au top par Greenpeace. Une fois de plus, l'engagement vaut plus que la crédibilité de l'argumentaire. Après tant d'années passées à lire des programmes politiques, je ne peux tout simplement plus croire aux engagements vagues. J'ai besoin de lire dans le détail le scénario précis pour vérifier que derrière les engagements, il y a un travail de réflexion qui permet de rendre cela possible et réalisable. Or, là, je ne vois rien de tel.

Regardons un peu les réponses de ce stress test :

- Première question : sortir du nucléaire d'ici 2050. Comment ? personne ne le détaille.

- Réduire la part du nucléaire : Greenpeace a-t-il regardé ce qui est derrière les chiffres ? Hollande dit vouloir arriver à 50% de nucléaire en France d'ici 2025 pour la production électrique. Il est "engagé" selon Greenpeace. Bayrou dit que la part du nucléaire dans la production énergétique en 2050 doit être de moins de 5%, il est "attentiste" selon Greenpeace. Or, comparons ce qui est comparable. La part de production électrique en France est de 75% environ. Passer à 50% comme le dit Hollande, c'est descendre la part globale du nucléaire dans la production énergétique de 17% à 11%. Les 5% envisagés par Bayrou, c'est passer à 22.5 % au lieu des 75 % ... certes avec des différences de tempo... mais derrière tout cela, il y a la question du renouvellement des centrales qu'on va fermer. Il n'est pas très engageant de dire qu'en 2025, il y aura moins de nucléaire. Ceci est la simple résultante du rythme incontournable des fermetures des plus vielles centrales qu'il faudra programmer dans les 15 prochaines années. Ne pas s'engager au delà de 2025, c'est évidemment laisser la porte ouverte à des mises en service d'EPR qu'on aura décidé dans le même laps de temps.

- Sur les gaz de schiste, Bayrou serait attentiste en disant que la loi interdisant la fracturation hydraulique va dans le bon sens tout en demandant une vigilance. Les plus engagés sont mieux jugés sur des déclarations plus vagues car s'opposant de manière générale à l'exploitation des gaz de schiste. Or, en réalité, je doute que si des exploitations sans fracturation hydraulique  était possibles, plusieurs candidats en responsabilité, y compris Martine Aubry, n'étudieraient pas la question autrement. La réalité est qu'aucune autre technique que la fracturation hydraulique n'est aujourd'hui en mesure d'aller chercher ces hydrocarbures. S'opposer à la fracturation hydraulique répond donc à la vraie question posée, à savoir les dégâts environnementaux connexes sur les nappes phréatiques. Dès lors, en toute logique, la question de fond posée par Greenpeace est le fait de sortir de nos sols des hydrocarbures. Là encore, il faut donc comprendre dans les réponses des "engagés" qu'ils cesseront toute exploitation d'hydrocarbures dans les sous-sols... Je doute franchement que tous les candidats aient réfléchi à leurs réponses et leurs conséquences. En tout cas, si c'est bien cela, le croira qui voudra. Pas moi.

- Sur les exploitations hydrocarbures off shore, idem. La catastrophe du golfe du Mexique impose des règles internationales de protection. Mais autant dire qu'un tel engagement, tout le monde peut le prendre... pas seulement Martine Aubry qui, à mon sens, enfonce une porte ouverte. Ce type de questions, comme tout dossier impliquant un accord international, est parmi les plus complexes. Et il n'est rien de plus aisé que d'être engagé sur des questions dont la résultat dépend de nombreux paramètres indépendants de la volonté propre du futur Président. Quoiqu'il en soit, actons qu'il peut arriver que des chefs d'Etat fassent parfois bouger les lignes au plan international et que la France, avec l'Europe, seraient en effet bien inspirées de proposer un encadrement fort de toute exploitation nouvelle... et pas seulement offshore, mais aussi dans des contrées aujourd'hui épargnées telles que les pôles. Mais au fond, sachons aussi mesurer à quel point la pression est immense. Les demandes en hydrocarbures sont colossales et les convoitises américaines, russes, chinoises et même européennes sont immenses. C'est de tout cela dont il faudra aussi tenir compte et je crains d'ores et déjà une réal-politik dont j'aurais aimé que te tels questionnaires pointent... ou analysent...  de sorte que des engagements de bon aloi soient développés sur le "comment faire" au regard des ces contextes de demandes extrêmement contraignantes.

- Continuons : Sur l'offshore de Guyanne. Oui, il faut éviter ce projet pour des raisons de richesses en biodiversité qu'il faut désormais à tout prix privilégier. Mais au fond, ce qu'il faut assumer par ailleurs, c'est de ne pas faire sur nos territoires ce qui continuera de se faire partout ailleurs. Nous aurons bonne conscience, et peut-être donnerons-nous un exemple suivi par d'autres (ce n'est pas totalement impossible). Mais ceci doit évidemment s'accompagner d'une pression sur tous les pays qui ont des projets équivalents, notamment dans la même zone, qui, comme tout le monde sait, est déjà truffée d'exploitations pétrolières maritimes.

- sur le "wagon isolé", une des variantes du fret ferroviaire. Là encore, les candidats engagés disent oui sans avoir, de toute évidence, regardé de plus près le sujet. Il suffit de lire la réponse d'un responsable SNCF sur les pages débats de la SNCF  pour voir que le problème n'est pas tant d'être pour ou contre le wagon isolé mais de trouver les solutions de rentabilité du fret ferroviaire de manière générale, et de cette question du wagon isolé en particulier. Remettre les marchandises sur les trains est évidemment un objectif que tous les candidats doivent poursuivre et en gros, à cette question, tous devraient être en zone "engagé" (je note d'ailleurs que ceux que Greenpeace qualifie de "rétrogrades" sur cette question ne le sont aucunement. Ils n'ont juste pas répondu et je doute que leur réponse, quand elle interviendra, sera négative tant la question est en réalité incomplète). Mais encore une fois, la différence se fera moins sur les engagements que sur les moyens réalistes de les atteindre. Je ne développerai pas ici le sujet qui implique avant toute chose une solutions crédible de financement du réseau ferré que nous pourrions consacrer au fret. Cette question du financement est cruciale et donnera toute sa crédibilité aux réponses car on ne peut d'une part se prononcer pour une maîtrise sérieuse du déficit public et donc de la dette, et dire oui à toutes les mesures dont on sait qu'elles coûteront quelques millions, voire milliards d'euros. Je ne veux pas pour autant dire qu'on ne pourra pas le faire, mais ceci impliquera qu'on ose parler alors de solutions de financement qui, quelque part, passeront ou par des arbitrages difficiles dans les budgets publics et/ou des recettes nouvelles avec des taxes nouvelles.

- Ecotaxe "poids lourds"... autrement dit la simple application de la directive européenne déjà mise en place en Allemagne par exemple. Évidemment, sauf à s'opposer à une directive européenne (ce que semblent envisager Boutin et Nihous), on ne peut qu'être d'accord. Plus concrètement, cette question aurait du être "quand"... car, en réalité, le problème est celui de la transposition qui tarde. Elle a été demandée depuis plusieurs années par les alsaciens qui pâtissent d'un transfert du trafic poids lourds depuis l'Allemagne. Borloo n'a pas souhaité la mettre en oeuvre quand il était ministre. NKM ne semble pas plus diligente. Dès lors, la question est le quand et le plus tôt sera le mieux.

- L'aéroport Notre Dame des Landes ! Ah, c'est la question de cohérence. Notez qu'aucun candidat socialiste ne se prononce contre (et pour cause, tous les socialistes du coin défendent ce projet inutile)... alors même que certains sont très engagés par ailleurs sur la non-exploitation des hydrocarbures (mais au fait... les avions volent comment ?).

- Les autoroutes : Je me souviens d'un Grenelle de l'environnement qui avait à peu près conclu à quelque chose qui ressemble à ce que dit Martine Aubry... et au final, les interconnexions ont fini par être la validation de tous les grands contournements et tronçons qui sont dans les cartons. Quant à Montebourg classé en engagé quand il dit que la priorité doit aller dans les transports collectifs, j'en reste encore une fois sur ma faim. Qu'un candidat dise aujourd'hui que la priorité doit aller au transport collectif, n'est-ce pas un peu enfoncer une porte ouverte ? Et une "priorité", du point du vue du sens du mot "priorité", n'exclue nullement que, de manière non prioritaire, on réalise d'autres choses (des autoroutes par exemple). L'art de la rhétorique semble suffire à Greenpeace. Dont acte.

- Sur la limitation de la vitesse à 120km/h sur autoroute... réponse amusante de Ségolène Royal : "oui sauf en cas de dépassement". On fait comment pour vérifier qu'il s'agissait d'un dépassement ? Un flic à côté de chaque radar ? Autre réponse : celle d'Aubry. Elle préfère la limitation de la puissance des voitures... et ça lui vaut d'être "rétrograde" au yeux de Greenpeace. Preuve s'il en était que dans ce genre d'exercice, mieux vaut rester dans les clous de l'ONG qui vous jugera sans discernement. En l’occurrence, d'un point de vue environnemental, l'idée de limiter la puissance des véhicules est une mesure tout aussi intéressante que la limitation de vitesse (les deux pouvant d'ailleurs fort bien être décidées).

- Péage urbain. Quelle indulgence pour Eva Joly. Elle dit tout simplement, avec une formule alambiquée, qu'elle est contre (et d'ailleurs, je sais que les Verts sont contre)... mais Greenpeace la laisse dans la catégorie "attentiste"... quelle impartialité de la part de Greenpeace, nettement moins indulgent pour les autres candidats sur toutes les autres questions. Au passage, je pense que la mesure vaut la peine d'être expérimentée dans certaines grandes villes avec accès gratuit pour les habitants et commerçants des zones ciblées. Toutes les études menées sur ce système ont démontré l'efficacité sans coût social particulier. On peut d'ailleurs en exonérer les résidants... du moins les résidants aux revenus faibles. Une mesure environnementale pourra toujours comporter des ajustements sociaux s'ils s'avèrent vraiment nécessaires...

- Normes européennes sur l'efficacité des moteurs. Idem, les rétrogrades ne sont jamais que ceux qui n'ont pas répondu. Comment être contre le renforcement de l'efficacité énergétique des moteurs ? Et pour le coup, c'est peut-être Nihous qui fait la bonne remarque. En effet, les normes européennes, si elles s'appliquent aux constructeurs européens seuls, et si ceci devait impliquer un surcoût pour eux, il faudra enfin en venir à des taxes d'ajustement au frontières européennes de sorte que les produits importés non soumis aux normes européennes aient un prix réévalué pour y intégrer ce qu'aurait coûté une application des dites normes.

- Réductions des GES à -30% d'ici 2020. Il y a ceux qui disent oui sans dire comment ils vont faire et sans rappeler qu'au rythme actuel, on n'y arrivera pas. Il y a ceux qui n'ont pas compris la question en reprenant les objectifs initiaux de 20%, et les pauvres sont donc rétrogrades (quand même, si on arrivait à -20% en effet, ce sera déjà bien), et il y a ceux qui ont compris mais font part de leur scepticisme quant à notre capacité collective de répondre dans le futur à des objectifs qui ne sont pas sur la voie d'être atteints. Très franchement, pour ceux qui parlent des 30%, je serais très curieux de lire dans le détail leur scénario et surtout son financement. Car il est aisé d'envisager des réductions importantes d'émissions dans le domaine du bâtiment si on ne dit pas comment on finance la rénovation du colossal parc ancien. Il est aisé d'envisager une réduction importante dans le domaine du transport si on ne dit pas comment on finance les lignes ferroviaires nécessaires pour faire du fret et des nouveau réseaux de transports collectifs dignes de ce nom. Pour ma part, mon regard sur la question me porte à croire qu'il est possible d'envisager une réduction de 25% par rapport à 1990... mais comme le soulignent fort justement plusieurs candidats, la réduction française depuis 1990 à aujourd'hui est plutôt de l'ordre de la stagnation que d'une réelle baisse. Dès lors, réduire même de 20% en moins de 10 ans nécessitera un effort considérable et une inventivité très importante ... assez éloignée des slogans de campagne qu'on découvre ici dans la bouche de candidats qui semblent avoir peu étudié le sujet.

- Obligation de rénovation thermique dans le bâtiment ancien. Là encore, il faudra dire comment on fait. Cela me fait penser à cette mesure consistant à obliger les gens qui sont à proximité d'installation classée Seveso de faire des travaux de renforcement de leur habitation. La plupart ne le font pas parce qu'ils n'en ont pas les moyens. Encore une fois, le problème doit être pris à l'envers. Rendons les choses financièrement possibles, puis, quand ce sera fait, rendons la chose obligatoire. L'inverse est injuste et inefficace. Par ailleurs, même si cela ne concernera que le bâti neuf, je pense tout à fait souhaitable de programmer une prochaine Rt (réglementation thermique), celle de 2020, qui soit aux normes du passif.

- Taxe carbone. Les réponses des candidats sont imprécises. On ne sait pas de quoi on parle au juste. S'agit-il du projet présenté par le gouvernement issu de la réflexion de la commission Rocard ? Ou d'un autre système ? L'important eut été dans une telle question de demander aux candidats s'ils pensent ou non nécessaire de mettre en place une fiscalité sur l'énergie de manière générale, d'indiquer quelle forme elle pourrait prendre, (sur le carburant seulement ou une sorte de TVA carbone sur tous les produits en fonction de leur poids en carbone), de leur demander s'ils sont pour une redistribution aux ménages ou pour une affectation des recettes à un fonds d'investissement dans les alternatives aux énergies fossiles, ...etc... Là, en l'état, je ne suis pas certain que ce classement de Greenpeace fasse clairement apparaître les divergences/engagements/refus sur ce sujet complexe. Au passage, je me demande en quoi la réponse claire de Bayrou en faveur d'une telle taxe le maintient en "attentiste" pendant que la réponse de Montebourg le placerait en "engagé" !?

- ENR en majorité dans le mix énergétique. Alors là, c'est la foire à la démagogie. Aubry et Royal nous proposent un bouquet majoritairement en énergie renouvelable en 2030 ! Ben voyons, pourquoi pas dès la fin du prochain mandat... de toute façon, une fois élu sur de telles promesses, le tout est de les faire oublier. Boutin dit, "à terme, il faudra que ce soit 100% d'ENR"... et hop, la voici dans la gamme des "engagés". Facile, non ? Moi aussi, je pense qu'à terme, on aura 100% d'ENR... en 2100. Hollande répond qu'il faut préparer le post Fukushima... Ok, mais ça répond à la question d'ENR en majorité et quand ? Non... mais ça suffit à la placer dans les engagés. Eva Joly affirme qu'on aura 100% d'ENR en 2050. Ça ressemble un peu à la réponse de Boutin ...même Negawatt qui a donné aujourd'hui son scénario arrive au mieux à 90% d'ENR en 2050. Enfin Valls propose qu'on fasse plus de renouvelable sans dire s'il sera majoritaire dans le bouquet et sans dire à quel horizon... mais c'est un "engagé" sur le sujet. Baylet, Mélanchon et Montebourg qui n'en disent pas moins qu'Hollande et Valls sont "attentistes". Bayrou qui a l'honnêteté de s'engager sur au moins 35% (traduisant au passage qu'il a réfléchi et mesuré la question) est attentiste.

Bref... cet exercice de com réalisé par Greenpeace, par ses multiples imprécisions et partialités, est franchement contestable...

Au regard de tout cela, même si les ONG semblent a priori faire leur travail d'interpellation de la classe politique, sans doute serait-il utile qu'elles réfléchissent à une nouvelle manière d'agir avec les décideurs politiques. Un dialogue peut-être plus constructif serait nécessaire, moins teinté de "com", plus soucieux de recherches de solutions effectivement applicables. 

Je ne peux espérer qu'une chose : que le débat sur cette question cruciale de l'énergie nous permette de débattre sérieusement des scénarios possibles tant pour réduire notre production nucléaire que notre recours aux énergies fossiles. Je publierai dans les prochains jours les quelques idées "raisonnables" (à mes yeux) qui pourraient, je pense, faire compromis national sur cette question énergétique.

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