lundi 25 juin 2012

Pour un peu de transparence sur le dossier "Shell"

Je suis resté, comme beaucoup de spectateur du petit remaniement gouvernemental, plus que circonspect sur l'éviction de Nicole Bricq de son poste de Ministre de l'écologie.

Un doute planait sur le lien entre cette éviction et la décision de l’intéressée de suspendre - à juste titre - les autorisations d'exploration pétrolière en grande profondeur marine au large de la Guyane. A vrai dire, quelle autre raison peut-on évoquer ? On voit bien d'ailleurs que l'absence d'explications (voire la gêne) du côté de Matignon confirmerait plutôt cette hypothèse.

Au fond, quand Nicole Bricq avait décidé cette suspension, non pas pour stopper l'exploration, mais pour obtenir davantage de garanties de protection de l'environnement, je me suis dit que c'était une décision prudente sans être particulièrement excessive.

L'exploration pétrolière va en effet toujours plus loin et, des hauts fonds, aux banquises, on devine que plus on cherche loin, plus il est compliqué de maîtriser les forages (et preuve a été faite des dangers avec les récents accidents).

Dangers qu'on a d'autant moins envie de courir que nous avons, avec la Guyane et ses côtes, un bout du patrimoine de biodiversité parmi le plus riche au monde. Cette responsabilité nous conduit donc à une vigilance accrue et précautionneuse, exemplaire même, sur ce joyau au moment même où nous peinons à établir des compromis internationaux pour protéger la planète.

Alors pourquoi avoir contredit la Ministre et l'avoir de surcroît sanctionnée ?
Que la compagnie soit mécontente et que certains élus locaux fassent pression... c'est assez normal si j'ose dire. N'y avait-il pas moyen de poser les arguments de la Ministre, obtenir en effet plus de garanties, et avancer sur les compromis recherchés sans en faire une affaire politique ?
Matignon, en agissant de la sorte, a brouillé les messages... sur ce dossier bien sûr, mais de manière plus préoccupante sur la ligne qu'il compte suivre en matière de protection de l'environnement.

Pourtant, je ne crois pas beaucoup aux symboles qui consistent à dire que ce qu'un gouvernement fait à ses débuts marque sa politique pour tout le mandat (il y a toujours, ici ou là, des inflexions et des re-orientations). Peut-être y a-t-il dans cet épisode des éléments étrangers à ce dossier. Malgré tout, faire un geste positif de précaution sur un dossier très symbolique cumulant climat et biodiversité, puis très précipitamment et très fortement (l'éviction d'une Ministre, ce n'est pas rien !), revenir sur la décision, ... tout cela est évidemment un signal envoyé aux protecteurs de l'environnement qui est lourd de sens.

Je ne demande qu'à être rassuré.
Rassuré je le serai s'il y a transparence sur les coulisses de ce qui s'est passé, sur les engagements nouveaux de Shell (s'il y en a) auprès du gouvernement en matière de protection de l'environnement, et sur la capacité des autorités publiques à vérifier que les mesures de protection seront bien prises...

... et puis, rassuré, je le serai si, plus globalement, ce gouvernement nous donne rapidement le sentiment que la prise de conscience d'une trop grande dépendance aux énergies fossiles est présente dans son esprit. Qu'une fois de plus, on ne fasse pas de la protection de la nature, de l'efficacité énergétique et du défi du renouvelable une niche de "contentement" à côté de laquelle, pour l'essentiel, ce sera "business as usual".

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