jeudi 15 novembre 2012

Débat sur la transition énergétique : Taxe carbone ou TIPP flottante... il faudra choisir


Ce matin, je faisais le plein d’essence. Eh oui, j’ai une voiture (pas avec chauffeur ;)… car je suis un écolo des champs. Je vis en milieu rural et j’ai du coup une vision « non urbaine » des mobilités… et je sais qu’à part le co-voiturage (qu’il m’arrive de pratiquer autant que je le peux), je n’ai guère d’autres moyens de me déplacer de manière durable.

Bref, après ces quelques lignes de justification, j’en reviens à mon constat du matin frais : je voyais le prix s’afficher. 1,38 cts€/l. Je me disais que le prix restait encore raisonnable et je repensais à l’action du gouvernement visant à « tenter » (en vain je le crains) de stabiliser les hausses en usant d’une forme de TIPP flottante. Et, bien que consommateur et pas spécialement fortuné, je me disais que décidément, c’était une mauvaise décision.

Pourquoi ?

Dans la foulée de ce plein d’essence, je reprends le volant et j’écoute France Info. L’invitée du matin était Nathalie Koziusko-Morizet à qui on posait des questions sur le gaz de schiste. Au passage, je repensais à notre échange un peu vif sur un plateau TV d’Yves Calvi durant la présidentielle. Elle me répondait avec grand mépris en disant que je racontais des « bêtises » alors que je venais de l’interpeller sur sa double erreur d’avoir mené une politique de tarif de rachat catastrophique pour le photovoltaïque et de n’avoir rien fait à l’échelon européen pour dénoncer le dumping évident des chinois qui eux, aidaient leur industrie photovoltaïque pour casser les prix en Europe et tuer nos entreprises du solaire. Or, ces derniers jours, la Commission européenne prenait enfin le taureau par les cornes en entamant une enquête contre la Chine précisément sur ce dossier du photovoltaïque. Mon propos n’était donc pas, à l’époque, si « bête ».

Mais passons, ce matin, le sujet était le gaz de schiste.

La réponse de NKM, – cette fois – je la partage. En gros, elle a expliqué que le gaz de schiste et le gaz naturel, c’est la même chose. Que notre « gaz » est aujourd’hui importé (de Russie principalement). Et que, si nous avions moyen de sortir le gaz de nos propres sols, nous serions plus indépendants et ce serait mieux pour notre économie (rappelons que nous dépensons quelques 60 milliards d’euros par an en achat de gaz et de pétrole à la Russie et au pays du Moyen Orient). Le seul obstacle est que nous, contrairement aux Etats-Unis ou à la plupart des autres pays de la planète, nous avons quelques objections à extraire les énergies fossiles en faisant au passage des dégâts sur l’environnement (et, en l’occurrence, sur l’eau potable). La fracturation hydraulique, seule technique valable pour extraire le gaz qui est dans nos sols, cause des pollutions dans les nappes phréatiques qui nous servent à nous approvisionner en eau potable. Nous avons jugé, quasiment unanimement en France, que cela était inacceptable. Sommes-nous bien sûr que le gaz et le pétrole que nous importons respecte l’environnement là où ils sont extraits… j’en doute fort, mais ainsi en va-t-il de nos hypocrisies de société. Quoi qu’il en soit, d’un point de vue économique, entre le fait d’acheter son gaz à la Russie ou le sortir de nos sols (sans fracturation hydraulique), je préfère en effet le sortir de nos sols.

Cela étant, notons que partout dans le Monde, malgré de grands discours sur la nécessité de lutter contre les changements climatiques, tous les Etats, tous sans exception (France y compris évidemment), cherchent des solutions pour avoir à disposition et distribuer à leur économie domestique une énergie fossile abondante et à bon marché. Aux Etats-Unis, on sait maintenant qu’ils ont trouvé les moyens techniques pour extraire suffisamment d’énergies fossiles dans leurs sous-sols sans plus avoir besoin de celui des autres pays producteurs. Des forages en grandes profondeurs marines se poursuivent et apportent leurs lots réguliers de « bonnes » nouvelles en matière de nouveaux puits (pétrole ou gaz), y compris dans les eaux territoriales de l’Union européenne. Et les gaz dits de schistes ne resteront dans nos sous-sols que quelques temps encore car nombreux sont ceux qui, d’une manière ou d’une autre, iront les chercher. L’envie est là en tout cas.

Et j’entends les partisans d’une lutte accrue contre les changements climatiques s’appuyer sur l’argument d’un prix des fossiles qui va en augmentant et le pic pétrolier qui a été atteint, est atteint, ou sera atteint rapidement. Et je ne peux m’empêcher de me dire que l’argument de l’inéluctable pénurie n’est pas (ou plus) le bon. Car après tout, en égratignant la protection de l’environnement pour aller chercher les énergies fossiles là où on se refusait de les chercher (y compris dans les pôles), et si de nouveaux puits devaient finalement sortir des sols des quantités suffisantes pour encore quelques temps, et si, comme le disent certains pétroliers, les réserves étaient plus importantes qu’on ne le dit, on peut très bien avoir, pour des dizaines d’années encore, un prix des fossiles à des niveaux raisonnables. Et dans ces conditions, il y a peu à espérer d’une quelconque « transition énergétique » car les logiques économiques balaieront toutes les bonnes intentions et les arguments d’une énergie fossile chère ne rejoindront plus les arguments écologiques.

C’est pourquoi, il faut considérer que l’essentiel du débat sur les énergies fossiles n’est pas le débat sur la pénurie supposée, mais bien la question de l’impact climatique. Autrement dit, même si les énergies fossiles devaient être en quantité suffisante et que leur prix devaient se stabiliser durablement, il n’en demeurerait pas moins que nous devons continuer de les considérer comme des énergies dont nous devons nous passer de plus en plus… non pas pour des raisons de pénurie, mais pour des raisons environnementales. Et c’est là que le signal prix reste un outil incontournable.

Dans cette fenêtre de tir que nous avons devant nous, à savoir un maintien de nos objections environnementales à ne pas faire n’importe quoi pour extraire les fossiles, une dépendance toujours très importante à l’importation des énergies fossiles, et un débat énergétique qui s’ouvre, sans doute est-ce l’occasion de nous interroger sur ce signal « prix ». Je sais bien que ce n’est pas dans le logiciel de la gauche de considérer que certains biens de consommation courante, telle que le carburant, doivent être rendus plus chers pour en réduire l’usage. Et pourtant, c’est précisément quand un bien est cher que les alternatives ont le plus de chance de se développer. L’inverse, c’est créer les conditions pour que rien ne change vraiment. Or, le gouvernement, en ayant fait le choix d’agir sur le prix des carburants, n’a pas crée, à la veille du débat sur l’énergie, un climat d’opinion favorable à une recherche tout azimut d’alternatives aux énergies fossiles.

Il y a, sur la table de ce débat énergétique, une option : celle de la taxe « carbone ».. autrement dit, une taxe qui ponctionnerait l’usage des énergies fossiles. Et qui dit « taxe », dit « augmentation du prix des fossiles »… et donc du carburant. Comment cette option restera-t-elle compatible avec l’idée des socialistes de maîtriser à des coûts raisonnables le carburant ? Ce n’est ni de gauche, ni populaire… mais néanmoins absolument nécessaire. C’est une question que le débat énergétique aura à se poser. Et l’option d’une redistribution complète de la taxe aux français les moins favorisés n’a jamais eu ma faveur car – bien que généreuse - elle pourrait avoir tendance à réduire, voire annuler le signal-prix dont on sait qu’il est producteur de changements de comportements. Et ce dont nous avons aujourd’hui besoin, c’est à la fois de ce changement de comportements, mais aussi de moyens pour financer avec plus d’ampleur les alternatives (prioritairement vers les plus démunis certes)… et c’est précisément là que les bénéfices de la taxe seraient les bienvenus.

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