mercredi 25 septembre 2013

Le rassemblement des centres est une chance pour l'écologie


 S’il fut un temps où la protection de l’environnement n’était réellement portée que dans les partis et associations écologistes, la prise en compte de la dégradation de la nature, de l’épuisement des ressources et du réchauffement climatique est désormais disséminée dans toutes les sphères de la société. Il est donc aujourd’hui acquis qu’on ne peut plus résumer l’écologie à celles et ceux qui font le plus parler d’eux en ce moment, à savoir les Verts. Ils ne sont pas les seuls à agir ou vouloir agir. Comme d’autres, ils font ce qu’ils peuvent dans des contextes plus ou moins favorables. Ne leur jetons pas la pierre quand ils tentent d’agir dans la majorité actuelle sur une base qui révèle chaque jour un peu plus clairement une donnée de départ : il n’y avait pas d’accord programmatique réel entre les Verts et le PS. Pour une raison assez évidente : le PS s’est, dans l’ensemble et pour l’heure, peu ouvert aux évolutions de société que propose l’écologie. Dès lors, je les invite à la comparaison : la sévérité de leur jugement, jadis, sur le Grenelle était bien démesuré à l’aune de leur propre résultat aujourd’hui. Le postulat de départ selon lequel l’écologie ne peut avancer qu’avec la gauche est, pour le moins, à nuancer. En créant un grand ministère de l’écologie, du logement, de l’énergie et des transports, appuyé sur un Grenelle de l’environnement qui a mis au centre des débats les questions d’environnement et lancé objectivement bien des chantiers utiles, comment ne pas admettre, qu’à même époque, un an après ses débuts, le gouvernement Fillon 1, sans les Verts, avait un meilleur bilan que l’actuel gouvernement avec les Verts ?

En Allemagne et dans bien d’autres pays dans le monde, les écologistes dans le champ politique n’excluent pas de participer à des coalitions diverses, de gauche ou de droite. Car avant d’être « d’un camp », ils sont écologistes. C’est ainsi que je me définis également. Et selon cette grille de lecture, choisir son allié ne se fait que sur deux critères : les convergences des projets et la sensibilité des partenaires aux enjeux du développement durable.

J’ai quitté les Verts, il y a 5 ans, parce que j’avais acté qu’il était vain d’espérer leur faire adopter une telle ligne. Tout juste ai-je observé avec scepticisme la tentative de Daniel Cohn-Bendit de le faire avec Europe-Ecologie. Lui, Nicolas Hulot également, et Antoine Waechter avant nous tous, auront acté le même échec. Actons donc qu’un parti vert en France soit durablement dans cette option de coalition avec le PS et laissons leur le crédit de tenter, avec toutes les limites que nous constatons aujourd’hui, de faire pour le mieux.

Est-ce suffisant ? Non, bien évidemment. Dans le paysage politique, d’autres leviers doivent émerger. Peu de commentaires en font échos, mais il n’est pas impossible que le rassemblement des centres participe de ces leviers nouveaux. Plusieurs convictions profondes de cette famille politique permettent de le penser :

 Quand François Bayrou, depuis des années, fait de la question de la dette publique un sujet central de son discours, il traduit une préoccupation profonde de la famille centriste qui veut penser aux générations futures. Ce que notre génération lèguera à ses enfants s’étend aisément à d’autres champs que celui de la finance publique. C’est pourquoi, lors de la dernière présidentielle, François Bayrou a franchi un pas en faisant clairement le lien entre la dette financière et la dette environnementale.

Autre marqueur de cette famille centriste : l’Europe. La famille centriste est historiquement la famille politique en Europe qui a voulu et construit l’Union européenne. Même s’il s’agit aujourd’hui de donner à cette Europe un nouveau souffle et de nouvelles priorités, les centristes restent par essence les plus européens du paysage politique. Or, sans l’Europe, nous n’aurions que peu d’avancées environnementales. C’est le niveau le plus pertinent et le plus actif aujourd’hui pour agir dans le champ de l’environnement, à la fois parce que la presque totalité de nos lois environnementales sont des transpositions de directives européennes, et aussi parce que, la nature ne connaissant pas nos frontières administratives, à défaut de pouvoir se traiter efficacement au niveau mondial, c’est bien au niveau continental que l’action politique environnementale reste la plus forte.

Enfin, on qualifie souvent les centristes de « modérés ». Dans l’échiquier politique, cela se résume souvent, et à tort, à une forme d’équidistance entre les positions les plus extrêmes. En réalité, cette manière de voir va plus loin. La modération s’étend à tous les excès constatés, y compris sur les aspects parfois trop matérialistes ou financiarisés de notre société. De là à étendre ce refus des excès à la consommation de ressources naturelles, il n’y a qu’un pas très aisé à franchir.

Il est quelque chose qui caractérise aussi cette famille de pensée : son humanisme. Autrement dit, la confiance que nous pouvons avoir dans l’humanité pour trouver les solutions et ressorts aux problèmes qui sont devant elle. Confiance et non défiance ou défaitisme, dans le champ de l’écologie, cela nous obligera à penser l’écologie de manière différente, plus positive, à savoir sortir d’une logique défensive : « permettre » plutôt qu’ « empêcher » . «Permettre » la préservation des ressources naturelles plutôt qu’ « empêcher » les destructions et les atteintes à la planète.

Est-ce un hasard dès lors si plusieurs personnalités politiques ayant de véritables convictions ou de bons bilans en matière d’écologie et ayant maintenu dans la durée cet engagement, vont se retrouver dans cette famille et cette dynamique politique commune nouvelle ? : Chantal Jouanno, Serge Lepeltier, mais aussi bien évidemment Jean-Louis Borloo. Nos expériences respectives, nos manières de voir, souvent pragmatiques, apporteront dans les propositions qui seront avancées dans ce rassemblement du centre, des idées neuves dans le domaine de l’écologie. Sans doute aurons-nous, par exemple, à cœur de nous appuyer davantage sur le « réel », à savoir le tissu économique, pour faire avancer l’écologie.

Le rassemblement des centres est une opportunité de faire de cette écologie positive un axe structurant, une réalité à même d’imaginer, demain, des avancées nouvelles et importantes. Nous y travaillons d’ores et déjà.

Yann Wehrling
Ancien secrétaire national des Verts
Actuel porte-parole du Modem,
également chargé des questions de développement durable au Modem

1 commentaire:

  1. Au delà de la com, quels sont les acquis concrets du "Grenelle de l'environnement" du gouvernement Fillon ?

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