mardi 24 décembre 2013

Aéroport Notre Dame des Landes : si vous n’y renoncez pas pour la biodiversité, renoncez-y pour préserver l’argent public.


Ainsi donc, avec les tout récents arrêtés qui portent sur la biodiversité et l’eau bientôt sacrifiées à Notre Dame des Landes, il se confirme que le temps donné à la concertation n’était qu’une concession passagère.

Mais au fait, quels sont les arguments en faveur de cet aéroport ?

Une exigence des compagnies aériennes ? La plupart laissent prudemment la défense de ce projet aux politiques… bien conscientes sans doute que cette affaire est plus une question politique qu’économique. A tel point qu’il se murmure que ce projet fait sourire les responsables des grands aéroports européens.

Des perspectives de faire de cette plateforme un hub régional avec des longs courriers ? Une illusion sans fondement réel. Tout porte à penser que cette idée sera rapidement un échec. En dehors de Paris, quasiment aucune ville française n’y parvient. Pourquoi Nantes y arriverait-elle alors qu’elle est à 2 heures de Paris et ses hubs internationaux de Roissy et Orly ?

Développer des liaisons vers les grandes capitales européennes ? Pourquoi pas. Mais quelques aménagements bien moins coûteux de l’aéroport existant seraient largement suffisants, ainsi que l’ont démontré Bordeaux et Marseille. Sans parler des coûts d’exploitation dus à l’éloignement largement sous-estimés dans le projet. Coûts qui laisseront aux contribuables de demain de bien amères factures à régler.

Les bocages et la biodiversité ne semblent pas émouvoir le gouvernement, pas plus que l’anticipation d’une économie marquée demain par la pénurie du pétrole. Ce serait peine perdue de le convaincre sur ces points. La réponse est « l’intérêt général ». Un jour peut-être, saura-t-on considérer que la préservation de la biodiversité est un intérêt général majeur.

En attendant, évoquons dès lors un autre intérêt général : celui du denier public. Ce projet est une dépense somptuaire. De celles qui sont censées montrer toute la puissance d’un territoire…parfois et souvent au détriment de bien des besoins publics qui demeurent insatisfaits. N’a-t-on pas changé d’époque ? Et si ce n’est pas le cas, ne devrait-on pas changer d’époque ? L’argent public se fait rare. L’économie réelle qui l’alimente est exsangue. Il est bien normal de faire des sacrifices en période de crise. Chaque français en fait aujourd’hui. Mais tout cela n’est acceptable qu’à condition que les responsables politiques qui exigent ces sacrifices veillent dans le même temps à des réductions du train de vie de l’Etat et des collectivités locales, un autre rapport à la dépense publique, plus efficace, plus essentielle, consistant à ne faire que ce qui est absolument nécessaire. 

Aucun argument économique solide ne peut être mis en avant pour justifier une telle dépense. La seule justification qui reste est donc le « prestige ». Cet aéroport n’est donc pas indispensable, on peut s’en passer.

Chantal Jouanno, Laurence Vichnievsky, Yann Wehrling, Franck Laval, Gilles Lacan

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire