vendredi 28 février 2014

L'agriculture urbaine à Paris


Ce matin, rendez-vous de campagne, avec Philippe Goujon, Jean-François Lamour, Claire de Clermont-Tonnerre, Olivier Rigaud, et les architectes porteurs de l'idée, rue Castagnary dans le 15ème arrondissement de Paris pour défendre le projet ferme urbaine (à l'emplacement des anciennes poissonneries).

Ce projet s'inscrit pleinement dans une réflexion d'ensemble que nous avons dessinée avec NKM autour de l'idée d'agriculture urbaine.

Revenons un instant sur cette idée émergente (dont on parle même au Salon de l'agriculture) et qui fait l'objet de nombreuses recherches dans le monde.

Une grande ville comme Paris se doit d'investir sans plus tarder dans cette innovation écologique et technologique. C'est tout le sens des projets concrets que nous soutenons, à la fois dans le 15ème avec la première ferme urbaine de cette taille, et aussi le projet de serre (30 000 m2 de culture maraîchère) présenté par NKM dans son grand projet d'aménagement de la zone Bercy-Charenton.

Pourquoi l'agriculture urbaine ?

D'abord parce que c'est un enjeu de sensibilisation des habitants (et notamment des plus jeunes) à l’alimentation durable.

Prenant exemple sur les dynamiques lancées dans d’autres villes du monde comme Montréal au Canada, Londres ou Mexico, l’agriculture urbaine pourrait trouver sa place à Paris. Autrement dit, tout simplement, la culture de plantes comestibles dans une ville.

Ce qui s’expérimente ou se pratique dans certaines grandes villes se distingue beaucoup de l’agriculture rurale qui implique de plus grandes surfaces de culture, de plus grandes quantités d’aliments produits et une technologie beaucoup plus mécanisée. L’agriculture urbaine se pratique souvent sur de petites surfaces et vise à produire un complément alimentaire.

Côté activité, l'objectif sera plus souvent de l'ordre du loisir, d'une activité de complément de revenus, voire, dans certains cas, elle peut participer d’opération de réinsertion par l’emploi.

Par l’implication des écoles, elle peut également contribuer à des applications pratiques d’éducation à l’environnement, au goût et à une meilleure connaissance par les enfants du lien entre « agriculture » et « alimentation ».

Mais l’agriculture urbaine ne se limite pas pour autant au potager "du coin de la rue". Avec des surfaces et des productions significatives, à l'échelle d'un quartier et selon les saisons, l'approvisionnement en aliments frais en très grande proximité peut ne pas être négligeable. A cela doit évidemment et naturellement s'ajouter des aspects ludiques pour les plus petits (et les plus grands), de la sensibilisation à l'environnement, un lieu pouvant accueillir une partie des déchets compostables des habitants. Dans certains cas les plus favorables, ces jardins ou fermes, seront autant d'îlots de fraîcheur et de refuge de biodiversité.

Par son intégration à l’aménagement urbain, elle permet de régénérer des secteurs dévitalisés ou délaissés comme nous l'envisageons rue Castagnary ou à Bercy-Charenton. En tout état de cause, ce ne peut être qu'un embellissement de ces friches urbaines .

À tout cela s’ajoute la convivialité qu’elle installe en contribuant à la rencontre entre voisins.


A cette agriculture urbaine "intra-muros", j'ajouterais volontiers une autre idée, complémentaire : créer une ceinture maraîchère à quelques kilomètres autour de Paris.

A l’exemple de ville comme Vittel ou Munich (qui avaient comme première motivation d’agir très en amont pour préserver la qualité de l’eau souterraine), Paris pourrait prioriser une action de contractualisations avec les exploitants agricoles autour des périmètres de captage des eaux destinées à la consommation potable des parisiens (en provenance de la Seine et de la Marne, ou d’autres sources parfois assez éloignées : Provins, Dreux). Outre l’effet sans doute très positif sur la qualité de l’eau (tel que ceci a été démontré à Vittel et Munich), c’est une production maraîchère non négligeable qui serait ainsi créée, à quelques kilomètres de Paris, pouvant faciliter l’approvisionnement en circuit court et bio des cantines scolaires notamment.

Quelques chiffres :
- Seul 20% de l’approvisionnement alimentaire de Paris provient de l’Ile de France
- Le budget alimentaire représente, en moyenne, à peu près 15 à 25% du budget de chaque ménage
- 30% des impacts environnementaux de la consommation des ménages est le fait de l’alimentation (production principalement, transformation et distribution ensuite).
- En terme de gaspillage alimentaire, les ménages en sont responsable à 67% (production, transformation et distribution sont responsables des 33% restants)

L’exemple de Munich

Consciente du coût élevé de dépollution de l'eau potable, la ville de Munich a souhaité agir en amont, sur la source des pollutions. Elle a donc décidé de promouvoir l’agriculture bio dans un périmètre de protection de 6 000 ha. Les agriculteurs souhaitant convertir leur exploitation à l’agriculture biologique se sont engagés à respecter un cahier des charges.

L’adhésion au projet et les résultats sur la qualité de l’eau ont été immédiats. Au bout des 6 premières années, 50 agriculteurs avaient signé un contrat et en 2004, leur nombre s’élevait à 110, représentant 82 % de la Surface Agricole Utile du périmètre.

La qualité de l’eau s’est améliorée dès la première année, avec une diminution des teneurs en nitrates et une absence totale de traces de résidus de pesticides. L’eau de la source présente actuellement une teneur de 8 mg / l de nitrates, largement inférieure aux normes européennes pour l’eau de boisson adulte (50 mg / l), et inférieure au taux présents dans l'eau de Paris (23 à 46 mg/l)

Le coût de ce projet est relativement faible au vu des résultats sur la qualité de l’eau obtenus. Le programme agriculture biologique coûte 700 000 Euros par an à Munich, soit 0,87 centimes d’Euros par mètre cube d’eau produit. À noter qu’en France, le coût de la dénitrification des eaux à teneurs supérieures à 50 mg/l en nitrates est de 16 centimes d’Euros / mètre cube et le traitement des phytosanitaires de 7 centimes d’Euros.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire