vendredi 14 mars 2014

Pollution de l’air – Le déni d’Anne d’Hidalgo a de quoi nous inquiéter.



la petite ceinture, ce matin, noyée dans les particules fines

Anne Hidalgo parle de Paris en disant que c’est une ville qui « respire ». Moi, depuis quelques jours, je tousse, je racle ma gorge… et j’ai vaguement l’impression que je ne suis pas le seul.

Mais depuis le début de cette campagne électorale, alors que nous avons fait de cette question de la pollution de l’air le sujet numéro 1 de notre programme environnemental et sanitaire, on entend l’équipe sortante nous faire des déclarations selon lesquelles tout ce qui devait être fait a été fait… Bref, un déni de la gravité de la situation, qui, s’il ne faisait pas tousser, ferait sourire.
Et « tousser », le verbe est faible. La pollution de l’air que vit Paris est devenue si régulière qu’au cours des trois derniers mois, nous avons déjà connu deux épisodes graves. Est-il nécessaire de rappeler les déclarations de l’OMS et de plusieurs spécialistes de la santé publique qui disent que la pollution de l’air tue. Cancérigènes, les particules fines réduisent l’espérance de vie des parisiens de 5 à 7 mois. L’Europe tire la sonnette d’alarme depuis des années et a édicté des normes à ne pas dépasser. Paris et la plupart des grandes villes françaises les dépassent allègrement à un rythme continu et plus de la moitié des parisiens respirent en permanence un air pollué qui dépasse ces normes.

Alors biensûr, les mesures de crise, prises ces derniers jours, sont à saluer. Elles sont malheureusement tardives, prises dans l'urgence, sans doute insuffisantes. Mais elles prendront fin dès la dissipation des polluants, et la question qui se pose est : peut-on se contenter de mesures d'urgences et attendre, avec inquiétude, au gré du temps qu'il fera, les nouveaux pics? Il faut évidemment agir en amont, en profondeur, et réduire, en permanence, les émissions de particules fines... pas seulement quand quelques brises cessent de les disperser.
L'Europe a conçu un outil pour lutter contre la pollution de l’air, assez simple et efficace : mettre en place, dans les zones les plus touchées, des ZAPA (zones d’actions prioritaires pour l’air). Partout en Europe, dans la plupart des grandes villes  (Rome, Berlin, Londres, Amsterdam entre autres), des ZAPA ont été mises en place. Regardez cette carte de l’Europe 



http://www.lowemissionzones.eu
source : www.lowemissionzones.eu
C’est édifiant : des ZAPA partout, et un grand pays vide et sans zapa : la France !. L’équipe sortante à Paris l’a refusée, et le gouvernement de la même couleur politique qu'elle, également. Officiellement, des objections techniques sont avancées… mais si des raisons techniques empêchaient cela, pourquoi toutes les autres villes européennes y arrivent ? Les raisons sont malheureusement idéologiques et c’est inadmissible quand il s’agit de la santé de millions de personnes.

Le plus révoltant en réalité est d’entendre l’équipe sortante refuser d’assumer une quelconque responsabilité dans cette pollution. 13 ans aux affaires. Le même parti socialiste gouverne la Région "Ile de France" depuis aussi longtemps… collectivité qui, comme Paris, a d’énormes compétences dans le domaine des transports. Dans bien des pays, au Japon par exemple, en pareil cas, les responsables politiques, surtout quand ils ont été depuis aussi longtemps aux manettes, prennent leurs parts de responsabilité, voire font des excuses à la population. Rien de tel en France. Et pourtant, en ces temps où la classe politique est si mal considérée, cette modestie serait du meilleur effet.

Au lieu de cela, la réponse est : « c’est la faute à NKM qui a favorisé le diésel ». Il fallait oser ! Mais de quoi parle-t-ton ? du bonus-malus écologique mis en place par NKM lors du Grenelle de l’environnement, à l’époque reconnu positif par tout le monde, y compris l’opposition socialiste de l’époque !? Le bonus-malus, bien qu’il ait fallu l’équilibrer progressivement pour accentuer le malus  - quoi de plus normal que de faire évoluer une mesure pour mieux lui faire atteindre ses objectifs - ... le bonus-malus était et reste une mesure écologique basée sur le double principe de « pollueur/payeur » et de « récompense aux plus vertueux ».
L’autre facette du problème n’est absolument pas dû à cette mesure, mais au fait que, depuis des décennies, la France, et tous les gouvernements successifs, droite et gauche, ont favorisé le diésel, notamment au travers de la fiscalité du carburant (moins élevé pour le diesel que pour l’essence). Ainsi, les deux tiers du parc automobile français est au diésel pour cette raison essentielle, aucune autre. Arrêter avec cette orientation, cause de nos pollutions urbaines à répétition, c’est avant tout, rééquilibrer la fiscalité pour – a minima – aligner le prix du diésel sur celui de l’essence. Or, qui a renoncé à prendre cette mesure ? : l’actuel gouvernement socialiste, ami d’Anne Hidalgo.
Nous sommes presque gentils, côté NKM, de ne pas retourner à Anne Hidalogo l’accusation de « candidate du diésel »… car honnêtement, nous pourrions le faire. Nous pourrions le faire parce que ce sont les socialistes qui, au niveau national, continuent la politique de soutien au diésel.  Mais aussi parce que l’équipe sortante n’a pas mis en place de zapa qui consiste principalement à restreindre, en permanence, l’accès aux poids lourds et cars de tourisme dans Paris. Parce que l’équipe sortante n’a pas non plus mis en place de politique visant à favoriser la circulation des véhicules les moins polluants (vignette verte par exemple). Et qu’on ne vienne pas nous rebattre les oreilles avec autolib. Autolib n’a quasiment aucun effet sur la pollution de l’air car les usagers ont été essentiellement pris sur ceux des transports en commun. L'exemplarité de la ville ?, parlons-ens : Bus, bennes, et flotte de la ville de Paris sont en grande majorité au diésel, sans aucune volonté de passer à l’hybride ou l’électrique… pire, la situation a empiré. La dieselisation du parc des véhicules de la ville, c’est une réalité.
Quant au vélo, notre proposition de faire de la petite ceinture une voie express vélo suscite l’opposition d’Anne Hidalgo… alors même que les déplacements à vélo, notamment ceux qu’on appelle les pendulaires (les gens qui utilisent le vélo pour aller travailler) ont besoin d’un réseau rapide et traversant Paris.
Enfin, côté transport en commun, alors que l’offre n’est objectivement pas à la hauteur des enjeux, le gouvernement renonce en rase campagne à l’éco-taxe qui, précisément, devait financer bien des infrastructures qui sont dorénavant renvoyées aux calendes grecques.
Non décidément, l’équipe sortante est très très mal placée pour donner des leçons à qui que ce soit. Les Verts eux-mêmes, aux affaires avec Anne Hidalgo depuis le début, lui reprochent de n’avoir rien fait contre la pollution de l’air. J’ose imaginer qu’ils sont assez bien placés pour savoir de quoi ils parlent, eux qui, aux dernières municipales, se sont vu retirer le poste d’adjoint au maire chargé des transports. Je suppose qu’il y avait une raison à cela !

Une équipe qui n’a rien fait et qui est dans le déni sur la pollution de l’air, il serait dangereux de lui laisser poursuivre son laxisme en la matière. Au contraire, NKM fera des zapa, une politique différenciée d’accès dans Paris selon que le véhicule est propre ou pollue, une voie express vélo sur la petite ceinture, des parkings et stationnements vélo bien répartis dans la ville, l’installation de 1000 bornes de recharges électriques pour que se développe massivement la voiture électrique, une prime de 6300€ pour les professionnels qui se doteront d'un véhicule utilitaire électrique, l’exemplarité de la ville en remplaçant progressivement les bennes, bus et une grande partie de la flotte des véhicules de la ville de Paris par de l’électrique ou de l’hybride. A quoi s’ajoute le pari des nouvelles technologies au service des mobilités durables : la facilitation de la voiture partagée avec des places attribuées et visibles dans chaque quartier ou encore la promotion du co-voiturage dans les entreprises.

En politique, bien sûr, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Dès lors, ce qui compte, ce sont les convictions vérifiées par les actes passés. NkM, lors de son passage au ministère de l’écologie a eu un bilan objectivement et globalement positif avec le Grenelle de l’environnement. Elle y a forgé des convictions reconnues par tous. C’est un gage solide que les promesses seront tenues.

Anne Hidalgo ne fera rien car ici le bilan – cet air vicié que nous respirons depuis plusieurs jours - parle bien plus que n’importe quel programme !

vendredi 7 mars 2014

De l'intérêt des arbres dans la ville.



Je n'avais guère besoin d'être convaincu, mais en venant de finir un petit opuscule sur l'arbre dans la ville (et je ne citerai pas l'auteur que je respecte trop pour le "mouiller" dans mon aventure électorale actuelle), je me dis que le sujet "arbre" mérite bien de faire une entrée dans les thèmes et projets à mettre en avant dans une élection municipale.

Il existe à Paris, comme dans toutes les villes, de somptueux arbres, souvent plus que centenaires, et qui méritent une attention toute particulière... supérieure du moins à celle qu'on leur témoigne aujourd'hui.

Depuis 2011 (mieux vaut tard que jamais !), 222 arbres à Paris (sur les 100 346 dénombrés) ont un statut d'arbres "classés administrativement" et bénéficient d'un petit écriteau in situ. Une protection a minima, non garantie par un cadre légal... et donc, fragile... car, du jour au lendemain, sur simple décision du maire, la tronçonneuse pourra mettre fin à ce patrimoine naturel... social, culturel et historique aussi.

Il est étrange de constater que les grands arbres, ceux qui ont une majesté, une histoire, une présence et une visibilité forte auprès des habitants des quartiers où ils se trouvent... ces grands arbres ne sont pas considérés comme un patrimoine à protéger de la même manière que le serait un immeuble ancien. Est-ce parce que c'est un végétal ? Est-ce que ce caractère végétal lui donnerait un statut de patrimoine périssable qu'il serait vain de protéger ? Comme le rappelle l'auteur du livre que je citais en introduction, bien des arbres sont plus anciens que bien des monuments classés qui les entourent.

Jugez plutôt : quai de Montebello, dans le square Viviani, ce Robinier a été planté en 1601. C'est à dire qu'il a le même âge que le plus vieux pont de Paris, le bien mal nommé "Pont Neuf". Aussi vieux que la si jolie Place des Vosges.

L'If du Parc de Bagatelle avait déjà une quinzaine d'années quand éclata la révolution française de 1789.
 

Et nos deux exemples étaient déjà des plus-que-centenaires quand le baron Haussmann finit de transformer Paris avec ces grandes percées.

Malgré cela, l'arbre remarquable n'a pas de statut juridique lui permettant d'être protégé comme peuvent l'être les plus beaux de nos monuments historiques.

Consolider la protection de ces témoins de l'Histoire serait un minimum. Mais au delà de ces "privilégiés", il y a tous les autres grands arbres. Ceux qui, sans être époustouflants, n'en sont pas moins essentiels pour les habitants. Dans une ville comme Paris, une des plus dense du monde, une des moins végétales aussi, il est essentiel de préserver les plus grands arbres disséminés dans la plupart des quartiers de Paris.

Or, combien de fois a-t-on pu entendre ces histoires d'arbres magnifiques tronçonnés dès potron-minet pour des raisons d'aménagement urbain. Variable d'ajustement permanente dans tous les projets d'urbanismes. Les protestations sont pourtant bien là. Preuve que, sans toujours pouvoir l'argumenter avec force, les gens tiennent à "leurs" arbres. Et qu'on ne s'y trompe pas, un arbre n'en vaut pas un autre. Dire que le vieil et grand arbre qu'on a coupé pour faire une place, une rue ou un édifice, sera remplacé par 10 jeunes arbres (parfois à un autre endroit)... c'est un peu comme si on vous proposait un verre d'eau pétillante à la place d'une coupe de champagne.

Les plus grands spécimens1 sont d'extraordinaires et efficaces machines à aération et rafraîchissement, à captation de Co2, ou à barrière à particules fines (qui sont autant de services gratuits dont il serait luxueux de se passer). Paris est une ville qui connaîtra dorénavant - malheureusement - des canicules estivales étouffantes avec des montées de températures plus importantes qu'elles ne le sont dans des zones moins urbanisées. Le végétal en général, et l'arbre en particulier, est un climatiseur naturel puissant. Et plus il est grand, plus il remplira efficacement cette fonction. C'est donc là une raison essentielle ne plus imaginer aucun nouvel aménagement sans végétal et d'investir les endroits qui le permettent de plantations d'arbres ... je pense notamment aux friches ou délaissés urbains tant il est vrai que l'arbre sait masquer des paysages urbains parfois bien disgracieux. Ce sont là des considérations et des priorités urbanistiques qui en valent bien d'autres.

Et pour reprendre une idée que l'auteur de l'ouvrage qui m'inspire ce billet, à défaut d'une loi le généralisant à l'échelle nationale, j'imaginerais volontiers que la ville de Paris mette en place un collège d'experts (historiens, scientifiques, botanistes) dont la mission serait de décider si oui ou non on peut toucher aux arbres remarquables (ce même collège pouvant être missionné pour dresser la liste de ces arbres dits remarquables). A la manière de ce qui se fait pour les monuments historiques.

Si nous ne le faisons pas pour nous mêmes, faisons-le pour nos descendants qui nous remercieront de leur avoir laissé tant et tant de géants climatiseurs, purificateurs, témoins de notre Histoire, et compagnons rendant plus supportable un espace urbain parfois bien oppressant.




1- Ainsi, abattre des arbres pour étendre un court de Tennis, pour un aménagement routier fut-il pour une ligne de bus, pour y construire des logements sociaux sur une des plus belles avenues de Paris, comme cela a pu être fait ou reste envisagé méritera d'être sérieusement revu à l'aune d'une nouvelle considération faite pour ce patrimoine naturel qui mérite bien quelques égards.

NB : pour ceux que cela interésse, je conseille vivement d'aller faire un tour sur le site de l'association ARBRE qui milite depuis longtemps pour un statut légal de l'"arbre remarquable".