vendredi 7 mars 2014

De l'intérêt des arbres dans la ville.



Je n'avais guère besoin d'être convaincu, mais en venant de finir un petit opuscule sur l'arbre dans la ville (et je ne citerai pas l'auteur que je respecte trop pour le "mouiller" dans mon aventure électorale actuelle), je me dis que le sujet "arbre" mérite bien de faire une entrée dans les thèmes et projets à mettre en avant dans une élection municipale.

Il existe à Paris, comme dans toutes les villes, de somptueux arbres, souvent plus que centenaires, et qui méritent une attention toute particulière... supérieure du moins à celle qu'on leur témoigne aujourd'hui.

Depuis 2011 (mieux vaut tard que jamais !), 222 arbres à Paris (sur les 100 346 dénombrés) ont un statut d'arbres "classés administrativement" et bénéficient d'un petit écriteau in situ. Une protection a minima, non garantie par un cadre légal... et donc, fragile... car, du jour au lendemain, sur simple décision du maire, la tronçonneuse pourra mettre fin à ce patrimoine naturel... social, culturel et historique aussi.

Il est étrange de constater que les grands arbres, ceux qui ont une majesté, une histoire, une présence et une visibilité forte auprès des habitants des quartiers où ils se trouvent... ces grands arbres ne sont pas considérés comme un patrimoine à protéger de la même manière que le serait un immeuble ancien. Est-ce parce que c'est un végétal ? Est-ce que ce caractère végétal lui donnerait un statut de patrimoine périssable qu'il serait vain de protéger ? Comme le rappelle l'auteur du livre que je citais en introduction, bien des arbres sont plus anciens que bien des monuments classés qui les entourent.

Jugez plutôt : quai de Montebello, dans le square Viviani, ce Robinier a été planté en 1601. C'est à dire qu'il a le même âge que le plus vieux pont de Paris, le bien mal nommé "Pont Neuf". Aussi vieux que la si jolie Place des Vosges.

L'If du Parc de Bagatelle avait déjà une quinzaine d'années quand éclata la révolution française de 1789.
 

Et nos deux exemples étaient déjà des plus-que-centenaires quand le baron Haussmann finit de transformer Paris avec ces grandes percées.

Malgré cela, l'arbre remarquable n'a pas de statut juridique lui permettant d'être protégé comme peuvent l'être les plus beaux de nos monuments historiques.

Consolider la protection de ces témoins de l'Histoire serait un minimum. Mais au delà de ces "privilégiés", il y a tous les autres grands arbres. Ceux qui, sans être époustouflants, n'en sont pas moins essentiels pour les habitants. Dans une ville comme Paris, une des plus dense du monde, une des moins végétales aussi, il est essentiel de préserver les plus grands arbres disséminés dans la plupart des quartiers de Paris.

Or, combien de fois a-t-on pu entendre ces histoires d'arbres magnifiques tronçonnés dès potron-minet pour des raisons d'aménagement urbain. Variable d'ajustement permanente dans tous les projets d'urbanismes. Les protestations sont pourtant bien là. Preuve que, sans toujours pouvoir l'argumenter avec force, les gens tiennent à "leurs" arbres. Et qu'on ne s'y trompe pas, un arbre n'en vaut pas un autre. Dire que le vieil et grand arbre qu'on a coupé pour faire une place, une rue ou un édifice, sera remplacé par 10 jeunes arbres (parfois à un autre endroit)... c'est un peu comme si on vous proposait un verre d'eau pétillante à la place d'une coupe de champagne.

Les plus grands spécimens1 sont d'extraordinaires et efficaces machines à aération et rafraîchissement, à captation de Co2, ou à barrière à particules fines (qui sont autant de services gratuits dont il serait luxueux de se passer). Paris est une ville qui connaîtra dorénavant - malheureusement - des canicules estivales étouffantes avec des montées de températures plus importantes qu'elles ne le sont dans des zones moins urbanisées. Le végétal en général, et l'arbre en particulier, est un climatiseur naturel puissant. Et plus il est grand, plus il remplira efficacement cette fonction. C'est donc là une raison essentielle ne plus imaginer aucun nouvel aménagement sans végétal et d'investir les endroits qui le permettent de plantations d'arbres ... je pense notamment aux friches ou délaissés urbains tant il est vrai que l'arbre sait masquer des paysages urbains parfois bien disgracieux. Ce sont là des considérations et des priorités urbanistiques qui en valent bien d'autres.

Et pour reprendre une idée que l'auteur de l'ouvrage qui m'inspire ce billet, à défaut d'une loi le généralisant à l'échelle nationale, j'imaginerais volontiers que la ville de Paris mette en place un collège d'experts (historiens, scientifiques, botanistes) dont la mission serait de décider si oui ou non on peut toucher aux arbres remarquables (ce même collège pouvant être missionné pour dresser la liste de ces arbres dits remarquables). A la manière de ce qui se fait pour les monuments historiques.

Si nous ne le faisons pas pour nous mêmes, faisons-le pour nos descendants qui nous remercieront de leur avoir laissé tant et tant de géants climatiseurs, purificateurs, témoins de notre Histoire, et compagnons rendant plus supportable un espace urbain parfois bien oppressant.




1- Ainsi, abattre des arbres pour étendre un court de Tennis, pour un aménagement routier fut-il pour une ligne de bus, pour y construire des logements sociaux sur une des plus belles avenues de Paris, comme cela a pu être fait ou reste envisagé méritera d'être sérieusement revu à l'aune d'une nouvelle considération faite pour ce patrimoine naturel qui mérite bien quelques égards.

NB : pour ceux que cela interésse, je conseille vivement d'aller faire un tour sur le site de l'association ARBRE qui milite depuis longtemps pour un statut légal de l'"arbre remarquable".

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