dimanche 15 juin 2014

Commentaires sur la feuille d'Anne Hidalgo à son adjointe chargée de l'environnement, du développement durable...


Ma première remarque ira à l'intitulé même de cette délégation : "environnement, développement durable, eau, canaux et plan climat". Sorte de fourre-tout pour y mettre ce qui relève grosso modo de l'écologie mais qui n'est ni "transport", ni "espaces naturels", ni "logement", ni "urbanisme", ni "déchet" ni "économie circulaire"...On pourrait légitimement vouloir faire figurer tout cela dans les attributions d'une forte et cohérente délégation au développement durable... à l'image du "vice-premier ministre" du gouvernement défendu par Nicolas Hulot dans son pacte écologique de 2007, et qui trouva presque son application dans le gouvernement Fillon avec Juppé (très brièvement) puis Borloo et NKM...puis abandonné par François Hollande.

Car l'idée n'est pas idiote : il s'agit, à l'échelle d'un gouvernement (et une équipe municipale est un gouvernement local) de placer le développement durable à un haut niveau hiérarchique, quasiment au rang du Maire ou du Premier adjoint, lui donnant de nombreux portefeuilles très importants pour piloter au mieux une politique de développement durable transversale. Sans contester la qualité des actuels adjoints, la volonté de la maire a été, à l'évidence, de disperser les portefeuilles relevant du "développement durable" entre une demi douzaine d'adjoints. 
Je le regrette. L'intitulé de cette délégation a dès lors quelque chose de peu lisible. Qu'est-ce que l' "environnement" si on n'y inclut pas les espaces verts ? Qu'est-ce que le développement durable si ce n'est l'inclusion d'un vaste triptyque environnemental, social et économique ? Certes, une délégation au développement durable, dans sa définition officielle, est assez impossible à couvrir sous la forme d'une délégation d'un maire ou d'un Ministre tant elle est transversale. La réalité d'un portage politique du développement durable au niveau d'un exécutif est, au choix, dans la conviction même du maire ou dans l'étendue du pouvoir donné à l'adjoint qui en a le pilotage. 
A défaut de cela, je préfère à la limite le terme d'environnement, plus restrictif mais aussi plus clair... sous réserve d'y inclure les espaces verts. 
Cela étant, en lisant la feuille de route, on comprend mieux les missions et sans doute eut-il été plus clair de parler de délégation à l'eau et au développement des énergies renouvelables. Pour le reste, les missions confiées sont toutes à concevoir en lien avec d'autres adjoints...ce qui minore grandement la capacité d'agir : plan climat avec l'adjoint aux transports, économie circulaire avec l'adjointe à l'économie sociale, isolation des logements avec l'adjoint au logement... etc...

Bref, la feuille de route est confuse comme l'est le champ de la délégation.
Bon courage Celia !

Dans le détail :

" Grâce à une politique écologique ambitieuse, les dix dernières années ont changé le visage de Paris. D’ici 2020, je souhaite développer cette ambition à plus grande échelle et faire de Paris une ville modèle en matière d'écologie urbaine et de transition écologique. Parce que cet objectif est éminemment transversal, je souhaite ainsi que vous puissiez éclairer les réflexions et les pratiques de toutes et de tous pour réduire notre empreinte écologique en favorisant la participation, les synergies, l'expérimentation et l'innovation A cet égard, je vous remercie des propositions que vous m’avez présentées dans le cadre de votre feuille de route afin de promouvoir la pratique écologique des solutions à Paris."

Tiens, on parle de transversalité...dommage que cet aspect fondamental que je développais en préambule n'ait pas trouvé son application au travers d'un adjoint chargé du logement, des transports, de l'urbanise, des espaces verts de l'eau et des déchets...c'est à dire les champs les plus impactant d'un point de vue environnemental au niveau communal.

"Je souhaite que, dans la perspective de la COP qui se déroulera ici en 2015, Paris s’engage résolument dans la réduction drastique de son empreinte écologique et stimule une dynamique métropolitaine et mondiale. Dans cet objectif, je vous demande, en lien notamment avec l’adjointe chargée de l’économie sociale et solidaire, de l’innovation sociale et de l’économie circulaire, de participer à l’organisation du « Grand Paris de l'économie circulaire » en 2015 et de diffuser les principes de cette économie du moindre impact sur l'environnement dans toutes les strates de notre activité municipale".

Il est très intéressant de mettre en avant cette question de l'économie circulaire qui, après avoir vécu essentiellement dans des milieux d'experts, finit pas intégrer les discours politiques. La COP a beau avoir une vision  large des choses, son angle principal, au moins médiatiquement, restera la question du climat. On peut évidemment dire que l'économie circulaire, modèle à construire visant à réduire nos besoins en matières, a un rapport avec les enjeux climatiques... il n'en reste pas moins que d'entrée de jeu, la présentation induit de la confusion. 

Pour autant, le sujet "économie circulaire" est un beau chantier qu'il ne faudrait pas réduire à la seule conférence climatique ou à l' "activité municipale" (c'est à dire, les services avec une action uniquement à portée "interne"). La question posée, si on veut bien y travailler de manière complète - et je fais confiance à mon ami Serge Orru au cabinet de la Maire pour nous apporter des précisions - sera de développer tout azimut, les différents aspects de l'économie circulaire, au niveau de la ville bien sûr, mais aussi et surtout dans le tissus économique de Paris qui est, tout de même, le centre nerveux de bien des entreprises du Pays : achats durables, consommations responsables, optimisation des besoins d'énergie et de matière des entreprises, réparation ou réutilisation des objets, économie de la fonctionnalité (louer plutôt que posséder), recycler les déchets et donc les éco-concevoir pour faciliter ce recyclage, ...Chantier passionnant pour Paris, le grand Paris, la Région et au delà !

Le prochain Conseil abordera d'ailleurs quelques aspects liés aux déchets, avec l'introduction de l'idée de valorisation des déchets fermentescibles sans qu'il ne soit malheureusement permis, pour l'heure, d'espérer avoir de la méthanisation telle qu'elle est mise en oeuvre à Lille où une part non négligeable des bus roule désormais au biogaz. En tout état de cause, l'équipe majoritaire serait bien inspirée de construire une stratégie globale d'économie circulaire incluant précisément la valorisation des déchets verts. 

"En collaboration avec l’adjoint chargé des relations internationales et de la francophonie, vous stimulerez une dynamique permettant l’organisation, dans le premier semestre 2015, d’une conférence des capitales et grandes villes européennes, afin de définir les exigences légitimes des métropoles face au changement climatique et de peser concrètement sur les négociations internationales. Mais au-delà c’est bien l’ensemble de la société parisienne dans sa diversité qui devra être impliqué dans l’organisation de cet évènement majeur pour notre ville. Afin que Paris s’impose comme une ville référence en matière de transition écologique, je souhaiterais également que vous initiez dès 2015, en association avec les adjoints concernés, un événement référent et récurrent présentant les solutions innovantes et concrètes pour agir efficacement dans nos villes contre le péril climatique".

Pourquoi pas...
Je reste dubitatif sur la capacité de Paris, même associée à d'autres grandes métropoles, de "peser concrètement sur les négociations internationales". Je ne vois pas concrètement ce que ça changera dans la négociation climatique dont les enjeux seront à nouveau basés sur les rapports de force continentaux Etats-Unis/Chine/Brésil/Inde, pays émergeant. La voix européenne, je le crains, ne sera pas plus audible que les fois dernières... a fortiori celle des métropoles européennes. J'imagine, à la limite, que cette assemblée de grandes villes pourrait dépoussiérer l'agenda 21 qui était, en son temps, (il y a plus de 20 ans maintenant : Sommet de Rio de 1992) une très bonne idée en annexe des protocoles de quotas d'émissions. Ainsi pourrions-nous travailler à la mise à jour du catalogue de mesures concrètes que les collectivités locales peuvent mettre en oeuvre pour réduire leurs émissions de GES.

"Pour que Paris soit une ville exemplaire dans le domaine environnemental, les objectifs du Plan Climat Énergie de Paris en 2020, déclinés dans des carnets opérationnels, continueront d’être poursuivis. À cet égard, je souhaite que les services de la Ville soient exemplaires et puissent ainsi influencer le comportement de l'ensemble des Parisiennes et des Parisiens. Dans ce cadre, je souscris à votre proposition de réunir d’ici à l’été un comité de pilotage sous l’égide du Secrétariat général afin de poursuivre la mise en œuvre du Carnet de l’Administration du Plan Climat. Au cours de la mandature, le Plan de déplacement de l’administration parisienne devra être actualisé, ce qui nécessite le lancement préalable d’une réflexion pilotée par Secrétariat général. Parallèlement, vous me transmettrez d’ici à l’automne 2014 des propositions concrètes pour favoriser la sobriété énergétique des services municipaux, notamment des éco-gestes qui pourraient être développés très rapidement."

Il est toujours bon de chercher à être exemplaire. L'exercice a ses limites si on s'en contente. Cela peut permettre d'expérimenter des solutions qu'on peut ensuite proposer à d'autres sphères (les entreprises, les associations, les copropriétés...).

"Je souhaite aussi que vous instauriez, avec Ian Brossat votre collègue chargé du logement, un comité de suivi de la mise en œuvre du Carnet Logement. Ce comité rassemblera l'ensemble des acteurs concernés par les actions à mener d'ici 2020 en matière de rénovation thermique des bâtiments, dont les immeubles très énergivores, et de réduction de la consommation d’énergie du parc social municipal en lien avec les bailleurs.En association avec votre collège chargé de l’urbanisme, vous joindrez la réflexion sur les évolutions des règlements d’urbanisme pouvant accompagner notre exigence environnementale, notamment le développement d’éco-quartiers."

Vaste chantier que celui de la rénovation thermique du bâti... et Paris n'est pas exemplaire de ce point de vue. Le gisement d'économie d'énergie est gigantesque. Les travaux n'ont débuté ni hier ni ici. Mutualisons nos efforts, réflexions et solutions avec tous ceux qui y réfléchissent ailleurs ou à d'autres niveaux : Région, État, voire avec d'autres villes qui expérimentent des solutions. Les freins commencent à être identifiés, voire levés : la mise de départ pour les travaux, la pertinence et la fiabilité dans les travaux, leurs coûts trop souvent déraisonnables, le retour sur investissement incertain...

"Parce que nous devons aussi poursuivre nos efforts pour lutter contre la précarité énergétique touchant certains Parisiens, je souhaite que les agences existantes (APC, AEU) puissent réaliser un rapport annuel sur l’évolution de la précarité énergétique, pour pouvoir adapter notre programme d’action le cas échéant."

Ne réinventons pas tout : l'ANAH est maintenant clairement missionnée pour résorber la précarité énergétique. Inscrivons-nous dans ce sillage tout en définissant, en effet, la part d'aide supplémentaire que peut apporter la ville.

" Vous devrez également réfléchir aux voies et moyens d’une production d’électricité d’origine locale et renouvelable, ainsi qu’à la progression de la récupération d’énergie. "

C'est un peu vite dit... c'est dommage. 
Le sujet eut mérité un peu plus de place dans cette feuille de route. Marie-Laure Harel l'avait abordé dans un voeu au dernier Conseil de Paris. La réponse de la Maire m'avait surpris. La Maire rappelait l'objectif des 25% d'énergie renouvelable d'ici 2020. Cela me semblait intéressant, mais à ma question de savoir où nous en étions de cet objectif, si nous étions sur la bonne courbe pour les atteindre, si nous parlions d'électricité ou de toutes les énergies... à toutes ces questions, je n'avais pas eu de réponses claires. Dans cette feuille de route, je sais au moins que nous parlons d'électricité. A l'échelle nationale, cela représente environ 20% de nos besoins. 
Mais ne serait-ce que pour l'électricité, la question est de savoir si, à 6 ans de l'échéance, nous pouvons espérer atteindre les 25%. Dans note campagne avec NKM, j'avais défendu l'idée d'inscrire Paris dans une perspective de ville à énergie positive, à savoir qu'elle consommerait autant d'énergie qu'elle en consomme. L'ambition était certes énormes, mais elle nous obligeait à orienter toutes les politiques à incidence énergétique dans cette optique : réduire de 50% nos consommations d'énergie, produire le reste nécessaire via des énergies renouvelables (dans lesquelles on peut inclure en effet la récupération de chaleur). Ce chapitre "ville à énergie positive" aurait pu coiffer un vaste plan d'action portant sur le logement, l'urbanisme, les déchets, et les transports (pour ne citer que les secteurs les plus consommateurs d'énergie ou constituant les plus importants potentiels d'économie d'énergie). Bref, il y a là matière à écrire bien plus que deux lignes.

"Je partage aussi votre proposition d’élaboration du Carnet Tertiaire du Plan Climat afin que les acteurs économiques maîtrisent davantage leur empreinte carbone."

OK... c'est intéressant, nous verrons dans le détail ce que contiendra ce Carnet

"Parce que la pratique écologique est un projet de ville qui doit être au cœur de notre quotidien, je souhaite que l’année 2015 à Paris soit placée sous le signe du Climat. Vous me transmettrez d’ici à septembre, en lien avec les adjoints concernés, des propositions permettant d’orienter les évènements 2015 de la municipalité sur le thème des actions face au changement climatique (par exemple Paris Plage, la Nuit Blanche, ou les Journées Parisiennes de l'Énergie et du Climat ou les grands évènements qui rythment la vie de notre ville). Également, en lien avec l’adjoint chargé de la démocratie locale, de la participation citoyenne, de la vie associative, de la jeunesse et de l’emploi et avec les mairies d’arrondissement, vous contribuerez à la mise en place, à partir de 2015, des comités « Planète Quartier » pour rassembler toutes celles et ceux qui souhaitent débattre et mettre en place des initiatives écologiques dans leur arrondissement."

Très bien...mais une fois lancées toutes ces initiatives, pourquoi ne pas se dire, dès maintenant, que tout ce qui aura été jugé positif en terme d'impact "climat" devra alors s'inscrire dans la durée au delà de 2015. Ceci permettrait de nous rassurer sur le fait que nous ne faisons pas tout cela juste pour faire de la "com".

" Enfin, durant la mandature et en lien avec les adjoints concernés, vous étudierez les pistes d’évolution pertinentes pour renforcer la « conditionnalité » écologique des aides et subventions octroyées par la Ville de Paris et me transmettrez vos propositions."

C'est évidemment une bonne chose, mais je suis presque surpris de lire que cela n'a pas encore été fait jusqu'à maintenant !

"La transition énergétique doit aussi être pensée à l’échelle métropolitaine. Dans ce cadre, je vous demande d’engager, en lien avec les acteurs concernés, une réflexion sur la préfiguration d'une instance de coordination métropolitaine des fluides et de l'énergie dans l’objectif de pouvoir établir un schéma énergétique global."

Voilà qui est quelque peu nébuleux. De quoi parle-t-on au juste ? D'une future SEM énergétique à l'échelle du Grand Paris ? Si c'est cela, c'est évidemment une excellente perspective. Une SEM qui pourrait associer des professionnels de l'énergie (distributeurs et producteurs), pourrait bien évidemment piloter au mieux l'offre, notamment en chauffage urbain, piloter des opérations d'économie d'énergie, voire, et ce serait le plus intéressant, devenir un opérateur "producteur" d'énergie renouvelable avec, entre autres idées, l'ouverture à des participations citoyennes... Une SEM qui serait une brique essentielle dans la construction du Paris à énergie positive dont je parlais plus haut.

"Parce que les circuits et les modalités d’un approvisionnement et d’une alimentation durables doivent évoluer, je vous demande, en lien avec Olivia Polski, l'adjointe chargée du commerce et de l’artisanat, d’étudier la création d’un label du « consommer local » et d’une réservation de marchés pour les producteurs franciliens afin de favoriser et de promouvoir le consommer local en Île de France. Vous vous associerez notamment votre collègue chargé des espaces verts, de la nature et de la biodiversité pour poursuivre le développement collaboratif de l’agriculture urbaine, à Paris et en métropole."

Il y a plusieurs idées dans ce paragraphe, et encore une fois, je trouve l'approche confuse... un peu comme s'il s'agissait d'aligner des mots valises et montrer à quelques réseaux qu'on a pris en compte leurs idées. 
Je voudrais croire qu'il y a derrière tout cela une vraie volonté politique. 
En premier lieu, on parle de la production locale en Ile de France, de rapprochement des productions et des consommateurs. Ceci implique un présupposé : il y aurait des producteurs en Île de France qui n'auraient pas assez de débouchés sur Paris. En toute théorie, je suis évidemment d'accord avec cela, mais avec une réserve : vérifier le bilan environnemental du transport des marchandises locales. Ce que je sous-entends n'est évidemment pas qu'il faut mettre en doute le principe qui est évidemment bon. Mais attention à ne pas tordre la réalité pour valider un principe. On l'a fait par le passé et tôt ou tard, une enquête démontre l'erreur d'analyse et l'idée même finit au panier. 
J'ai pu lire qu'une livraison sur une moyenne distance (ce qui serait le cas d'un producteur situé en lointaine couronne) réalisée par le producteur lui-même dans un point de livraison unique (amap par ex ou marché spécialisé) était au final plus émetteur de CO2 qu'un camion livrant un supermarché. En effet, le système "supermarché" est bien plus optimisé que le petit producteur (optimisation avec plus de marchandises transportées en une seule fois, optimisation des tournées de livraisons et des rotations...). Il y a évidemment d'autres considérants environnementaux tels que les méthodes d'agriculture. Autrement dit, pour que mes propos ne soient pas mal compris, la seule notion de "proximité" ne suffit malheureusement pas à s'assurer d'un bilan environnemental meilleur que le système d'appro de supermarché. Si on veut préférer le local, alors il faut aussi penser "optimisation" des transports et des livraisons pour se type de production, en s'inspirant précisément des optimisations logistiques mises en oeuvre dans la grande distribution. 
Seconde question : y a-t-il une offre conséquente de production maraîchère en Île de France ? Je n'en suis pas certain. Dès lors, j'imagine que tout cela mériterait d'être creusé du côté des professionnels du secteur pour identifier au mieux les raisons d'un choix de cultures peu en rapport avec la demande locale, et voir de quels leviers la ville de Paris ou le Grand Paris disposent pour avoir une influence sur la réorientation souhaitable. 
Au delà de cet aspect, j'y verrais un autre intérêt : celui d'étendre autour des puits de captage d'eau potable des zones d'agricultures bio qui participeraient ainsi, en amont, de la réduction du taux de nitrate très élevé dans l'eau de Paris. Ce point est d'ailleurs abordé au chapitre suivant sur l'eau.
Enfin, il est question d'agriculture urbaine. Je ne l'aurais, je crois, pas mis au même plan. Cultiver des légumes dans Paris intramuros est éminemment pédagogique, notamment pour les enfants qui comprendraient mieux d'où vient leur nourriture. Ne laissons pas croire que cela va nourrir, ne serait-ce qu'un peu, les parisiens.

"Enfin, avec votre collègue chargé des transports et des déplacements, vous identifierez durant la mandature les opportunités et les potentialités d’un développement du transport des marchandises et des personnes sur les canaux parisiens et sur la Seine."

Des marchandises, certainement. Des personnes, je n'y crois pas : les modalités d'embarquement et de temps de trajet ne feront pas sortir ce mode de déplacement de son seul caractère ludique et touristique. Sans parler du coût qui, comme pour le tramway, mérite d'être regardé à deux fois si on veut financer d'autres mesures peut-être plus urgentes, plus utiles, moins "gadget".

"Nos efforts porteront aussi sur l’amélioration de la qualité de l’air et la réduction du bruit qui sont des sujets de préoccupation pour les Parisiens. C’est pour moi une priorité. Notamment, en lien avec les adjoints concernés, je vous demande de lancer la réflexion sur un programme visant à lutter contre les polluants chimiques et notamment à éradiquer les perturbateurs endocriniens du quotidien des Parisiens dans les services de la Ville, y compris dans ses achats."

Tiens tiens !...faites un petit coup de "google" pour voir qui a parlé durant la campagne des perturbateurs endocriniens. Amusant de voir ceci repris dans la feuille de route. Cela dit, on ne peut donc que se féliciter de cette prise de conscience.

"Vous participerez également à la mise en place d’un plan d’amélioration de la qualité de l’air à Paris et stimulerez une dynamique métropolitaine en la matière"

D'accord, mais on en revient au constat de base : quelle compétence et moyens d'action a cette adjointe sur ce sujet alors qu'elle n'a rien dans ses délégations qui lui permette d'agir sur ce vaste sujet de la qualité de l'air.

"Vous organiserez également, en lien avec tous les adjoints concernés, la réflexion sur les mesures de réduction des nuisances sonores que vivent au quotidien les Parisiens. Concernant le bruit routier, je rejoins votre proposition et celle de l’adjoint chargé des déplacements d’extension des zones 30 hors grands axes"

"hors grands axes"...sachant que la vitesse moyenne à Paris en dehors des grands axes est déjà largement en dessous des 30km/h, je doute de l'impact "bruit" de cette mesure.

"La remunicipalisation du service public de l’eau a permis de garantir l’accès de tous à une eau potable de qualité pour un prix abordable. Vous engagerez dans les toutes prochaines semaines l’acte II de ce service public essentiel en préparant le nouveau contrat d’objectifs avec Eau de Paris qui doit être signé d’ici la fin de l’année. Il devra permettre la mise en place d’une tarification plus sociale avec la gratuité des premiers mètres cubes pour les plus fragiles. Il favorisera la diminution de la facture d’eau en incitant à la réduction des consommations (kits économiseurs d’eau) et à la préservation de la ressource. "

Il est dommage que l'incitation à consommer l'eau avec modération soit presque inexistante de la feuille de route. Les "kits" sont bien insuffisants à mon sens. Et d'ailleurs, comment seront-t-ils distribués ? A la charge de qui ? Qu'on rende gratuits les premiers mètres cubes d'eau pour les plus pauvres, pourquoi pas, mais la contrepartie est d'avoir une tarification progressive qui rende l'eau d'autant plus chère qu'on dépasse un certain cubage par personne dans le ménage. La question de la tarification est d'ailleurs un chantier en soi au regard des enjeux environnementaux. Le principe "pollueur-payeur" devrait s'appliquer au particulier pour ce qui concerne ses consommations d'énergie et d'eau, et pour ce qui concerne sa production de déchets. Autrement dit, plus vous consommez de ressources, plus vous payez cher selon un mode de progressivité par tranche de m3 ou de kwh. Et à l'inverse, moins vous produisez de déchets, moins vous payez de taxe d'enlèvement des ordures. 

"Sur cet aspect, vous travaillerez à infléchir les politiques agricoles en Brie et en Beauce où se trouvent les captages d’eau de source pour diminuer les nitrates. Vous interviendrez pour promouvoir l’agroécologie sur tous les bassins versants."

L'intention est bonne, la mise en oeuvre infiniment plus compliquée. J'évoquais ce point plus haut. Les exemples de Vittel et Munich ont montré qu'il faut aux municipalités engagées dans cette voie une volonté de fer et une action qui s'inscrit dans la durée. En gros, il s'agit d'acquérir des terres autour des puits de captage, d'y développer une agriculture bio, ou de contractualiser avec les agriculteurs existants pour les inciter à modifier leurs cultures. Le jeu en vaut la chandelle en terme de qualité de l'eau et diminution des coût de traitement, mais la bataille sera rude... ce d'autant plus qu'il semblerait nécessaire de clarifier les responsabilités règlementaires sur la qualité de l'eau souterraine.

"L’eau doit être plus encore présente dans la ville et participer à l’amélioration du cadre de vie. Vous identifierez avec les mairies d’arrondissement, les directions de la voirie et des espaces verts, des lieux d’implantation de nouvelles fontaines, en particulier un réseau d’au moins deux fontaines d’eau pétillante par arrondissement à réaliser d’ici la fin de la mandature. Vous veillerez à ce que l’accès gratuit à l’eau dans l’espace public soit assuré durant toute l’année."

De l'eau pétillante en libre service ! je n'avais encore jamais vu une idée pareille. Amusante, mais tellement bobo ! J'irai en boire pour rigoler, mais je n'en penserai pas moins.

"En lien avec l’adjoint chargé des transports, de la voirie, des déplacements et de l’espace public, vous veillerez à ce que l’eau soit présente dans les grands projets de places et d’aménagement d’espace public ; vous me ferez des propositions pour expérimenter des dispositifs de ruisseaux artificiels sur l’espace public dans le courant de la mandature."

Des ruisseaux artificiels...on est dans le même registre que l'eau pétillante. Ca fera des jolis articles dans les magazines de compagnies aériennes qu'on lit dans les avions.
Plus sérieusement, je lis là qu'il est question des grands projets de places. L'eau a un rôle rafraîchissant et à Paris où nous connaissons des phénomènes maintenant récurrents de bulles chaudes en été, le sujet est en effet crucial pour la santé des personnes les plus fragiles et pour prévenir la pollution par l'ozone. Pour autant, même avec de l'eau sous la forme de fontaine, on contrebalance peu l'apport de degrés d'une conception d'aménagements urbains trop minérale. La place de la République à ce propos l'illustre bien. 
J'ajouterais, comme je l'ai fait dans mes commentaires sur les transports, que le maintien des grands arbres dans Paris est non négligeable dans l'apport en rafraîchissement. Je suis donc assez inquiet de continuer de lire dans certains documents annonçant des aménagements urbains qu'on va poursuivre la coupe de grands arbres. Il est annoncé qu'un grand arbre abattu sera remplacé par un ou deux petits arbres. Cela n'a rien de rassurant car l'impact social et environnemental d'un grand arbre n'est absolument pas comparable à celui de deux petits arbres. Autrement dit, il est louable d'annoncer de la végétalisation, à condition que l'effet rafraîchissant ne soit pas annulé par des coupes de grands arbres et des aménagements trop minéraux.

"Vous lancerez, avant l’été en lien avec Colombe Brossel, votre collègue chargés des espaces verts, de la nature et de la biodiversité, et Jean-François Martins adjoint au sport et au tourisme, les études de faisabilité pour permettre la baignade dans le bassin de la Villette à mi-mandat et dans le lac Daumesnil.
Je vous propose également de me faire parvenir des propositions pour valoriser le réseau d’eau non potable à travers l’élaboration dans les six prochains mois d’un schéma directeur qui définira de nouveaux usages"

Voilà qui est particulièrement intéressant pour un des quartiers du 15ème qui se bat, à juste titre, pour conserver deux bassins d'eau non potable alors même que l'équipe précédente, et celle qui lui succède, ont des projets de destruction de ces deux bassins. Les bassins dit de Grenelle, en l'état, ont pourtant un rôle raffraîchisseur qui est prôné dans cette feuille de route. Ils sont par ailleurs, potentiellement, des îlots de végétalisation et de refuge à biodiversité aquatique qu'il conviendrait de valoriser et préserver.

 "...et je vous demande de lancer, dès l’été prochain, une expérimentation de rafraîchissement de l’espace public et de lutte contre les îlots de chaleur par l’arrosage d’eau non potable. En lien avec l’adjoint chargé de la propreté et de l’assainissement, vous mettrez en œuvre le plan Pluie de Paris destiné à réduire les volumes d’eau évacués par les égouts en privilégiant l’infiltration directe dans le milieu naturel."

C'est un excellent projet. Si j'interprète bien l'idée, il sous entend que nous allons "desimperméabiliser" des sols aujourd'hui couverts de bitume. Les zones le permettant ne manquent pas.

"Enfin, avec Patrick Klugman, chargé des relations internationales et de la francophonie, vous engagerez de nouveaux programmes d’aides aux pays en développement dans le domaine de l’eau.
S’agissant des canaux, ils constituent une ressource à réinvestir (adduction d’eau non potable, fonctions logistique et industrielles, loisirs, lieu de promenade) et dont le paysage est à valoriser. Vous engagerez avec la mairie d’arrondissement notamment un travail avec les riverains et les commerçants pour revitaliser les abords du canal Saint-Martin."

 Mon ami François Haab, au groupe UDI-modem, a fort justement souligné, dans un voeu qu'il vient de déposer, que les abords de ce canal sont malheureusement victimes de leur succès et que les utilisateurs laissent souvent les lieux, après leur passage, dans un triste état. Au delà des initiatives civiques des habitants qui nettoient le secteur, il s'agit aussi de responsabiliser davantage les utilisateurs, habitants ou non.

 " Vous interviendrez aussi pour poursuivre les actions visant à la prévention des inondations et à la préparation des publics à un événement majeur de crue de la Seine, en lien avec l’adjoint chargé de la sécurité, de la prévention, de la politique de la Ville et de l’intégration et les services de l’Etat."

Ce point, régulièrement évoqué par Yves Pozzo di Borgo, reste incomplet dans la manière dont il est abordé par l'équipe majoritaire. Aux inquiétudes soulevées dans des rapports récents, notamment celui de l'OCDE, la mairie répond que tout va bien grâce au PPRI. Certes, un travail d'anticipation a été fait pour avoir les bonnes réactions le jour où surviendra la crue. Mais la tranquillité  affichée par la majorité municipale contraste avec les alertes lancées par l'OCDE. Alerte sur la gouvernance (trop d'acteurs interviennent sur ce dossier de la crue laissant craindre un manque de coordination avant et pendant la crue). Alerte aussi sur les mesures de prévention à prendre en amont. L'expérience des dernières années nous a montré que l'urbanisation le long des cours d'eau aggrave les inondations. Bien en amont des cours d'eau, les zones d'expansion (zones humides, marais) n'existent plus. Dès lors les cours d'eau gonflent dans leur lit jusqu'à en sortir là où ils peuvent, y compris dans des zones très urbanisées. L'enjeu est donc d'aménager autant que possible, en amont des cours d'eau, des zones non urbanisées, où les cours d'eau peuvent se répandre quand elles sortent de leur lit. L'exemple de ce qui a été fait en amont de Chateauroux sur l'Indre est très intéressant puisqu'une zone inondable a été aménagée en zone humide naturelle ouverte à la promenade des habitants. 
En amont de la Seine, des réservoirs ont été construits et par précaution, il faudrait en construire un de plus. Malheureusement, ce projet n'est évoqué par personne et on semble croire que le PPRI nous évitera tous les problèmes. L'OCDE nous rappelle fort prudemment que les pouvoirs publics sont peut-être trop confiants dans les dispositifs existants.

"Notre ambition pour Paris, sa transformation en métropole intelligente et durable, nécessite de réinventer en profondeur nos manières de faire la ville en s’appuyant sur l’innovation. Paris doit en effet devenir un laboratoire d’expérimentation et un lieu de référence international sur les questions d’innovation liées aux réseaux et systèmes urbains intelligents, aux services numériques, à la gouvernance ouverte et à la ville durable. A cet effet, je vous demande de travailler en lien étroit avec la mission « Ville intelligente et durable » au sein du Secrétariat général, qui est en charge de la coordination et du pilotage de ces sujets, ainsi qu’avec les autres délégations, dans un esprit de transversalité et de coordination.
Plus spécifiquement, je souhaite que vous jouiez, aux côtés de l’adjoint en charge de l’urbanisme, du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, un rôle moteur pour impulser la dynamique de travail sur les réseaux intelligents afin de faire évoluer les principaux réseaux de la ville vers un fonctionnement adaptatif, plus participatif également en collaboration avec les partenaires, fournisseurs et concessionnaires. Je souhaite que vous réunissiez les différents acteurs pour l’élaboration d’une feuille de route commune dès les 100 premiers jours de la mandature."

C'est un peu nébuleux. Il y a incontestablement des enjeux avec des nouveautés numériques à mettre au service des pratiques plus écologiques, dans la mobilité (usage des smart phones pour déterminer le meilleur moyen de déplacement, réserver des voitures autopartagées, du co-voiturage...), dans la consommation énergétique (boîtier électrique individuel intelligent permettant de maîtriser sa consommation et dialoguer avec son fournisseur), dans les déchets (permettant de tester la redevance incitative). Mais ces deux paragraphes ne donnent que peu de détails sur ce qui est vraiment envisagé. Wait and see.

lundi 2 juin 2014

commentaires sur la feuille de route d'Anne Hidalgo à son adjoint aux transports

La Maire de Paris a publié sur le site de la ville de Paris la feuille de route de chacun de ses adjoints. Quelques commentaires, au fil d'extraits du texte lu sur le site de la ville de Paris :

"Il s’agit premièrement de diminuer la pollution atmosphérique, notamment la pollution cancérogène liée aux particules fines et les émissions de gaz à effet de serre".
La priorité de cette délégation aux transports est clairement liée à la question de la pollution de l'air. C'est une orientation aussi heureuse que nouvelle. Il faut dire que l'angle "pollution de l'air" a surgi tardivement dans les préoccupations de la Maire et de l'équipe à laquelle elle a appartenu lors du précédent mandat (premières communications au début des années 2010 !). Pourtant, les pollutions à Paris sont anciennes et récurrentes. La conviction n'étant pas ancienne, il est donc prudent de surveiller de près que la mobilisation ne s'émoussera pas avec le temps.

"(...)Il s’agit enfin de reconquérir l’espace public au profit des piétons et des circulations douces, notamment les abords du fleuve, les canaux et les berges".
Autant je partage évidemment l'idée de donner plus de place aux circulations des piétons et des cyclistes, autant je saisis mal la priorité donnée aux abords des fleuves, canaux et berges. Ou alors il eut fallu apporter une précision, qui est que c'est sur ces axes qu'on peut construire un réseau efficace de mobilités à pied et à vélo. Au fond, la question des circulations à vélo et à pied n'est pas tant une question de loisir sympathique à faire au bord des cours d'eau, mais avant tout une optimisation d'une alternative à tous les autres modes de déplacement. La question est donc de rechercher des axes rapides pour traverser Paris à vélo (et même un peu au delà en rejoignant les communes de première limite avec Paris). Il manque de voies express permettant de traverser Paris d'est en ouest et du nord au sud. Notre idée d'utiliser la petite ceinture avait cet objectif. Le long de la Seine répond aussi à cet objectif, mais c'est ainsi qu'il faut le qualifier.
Quant aux piétons, là encore, ne parlons pas de flâneries, mais de véritable moyen de se déplacer dans Paris sur de courtes, ou moyennes distances. Fléchages, indication des distances à pied, piétionnisation, plans piétons à tous les grands carrefours, bancs, circulations inter quartiers via des parcours sécurisés pouvant emprunter des cours intérieures,... sont autant de moyens, comme à Londres, de faciliter une marche à pied sur des courtes distances.

"En matière de lutte contre la pollution, il faut effectivement prévoir des mesures d’urgence en cas de pics de pollution, mais aussi et surtout des mesures de fond. En cas de pic de pollution, les mesures permettant de favoriser le report modal de la voiture individuelle vers les transports collectifs, Autolib’, Vélib’ et le co-voiturage devront être systématisées dès que le seuil d’information est atteint deux jours de suite. Les modalités de mise en place de mesures de gratuité pour Autolib’ et Vélib’ que vous proposez, et leur efficacité, devront être précisément étudiées"
Voilà qui aurait mérité plus de précisions. Précisions sur l'anticipation des annonces de ces mesures auprès des parisiens. On peut prévoir les pics avec deux ou trois jours d'avance. Dès lors, on peut aussi anticiper les annonces auprès des parisiens. Le dernier épisode, sans aller jusqu'à la circulation alternée, a démontré que les parisiens sont prêts à jouer le jeu, à condition d'avoir le temps de s'organiser. Sans quoi, d'un point de vue psychologique et d'acceptabilité sociale de ces mesures, nous sommes rapidement dans du contreproductif.
Je note que la circulation alternée et la gratuité des transports en commun, pourtant annoncées dans le voeu que nous avons voté au dernier Conseil de Paris, ne figurent plus dans cette feuille de route.
Est-ce parce que ceci n'est pas du ressort de la maire ? Si oui, pourquoi ne pas l'avoir néanmoins mentionné de la même manière que cela fut fait dans le voeu ? Ce d'autant plus que, dans le paragraphe suivant, il est précisément évoqué la collaboration nécessaire avec l'Etat et la Préfecture de police.
D'une certaine manière, je n'irai pas jusqu'à regretter cet oubli. D'une part parce que la circulation alternée, bien que ponctuellement inconrournable quand on est au pied du mur, a quelque chose d'absurde. Plaque paire ou impaire au lieu d'une selectivité par le caractère polluant est le principal grief à faire à cette mesure qui invite les petits véhicules essence peu émetteurs de particules fines mais mal immatriculés à rester à l'arrêt, quand de gros 4x4 diésel bien immatriculés peuvent circuler ! Quant à la gratuité des transports en commun, la mesure est très couteuse et ne concerne pas celles et ceux qui sont déjà détenteurs d'une carte Navigo.

"Concernant la pollution de fond, vous définirez un plan de sortie du diesel d’ici 2020. Dans ce but, je vous demande effectivement de lancer un plan d’actions permettant de définir d’ici la fin de l’année les modalités nécessaires à la mise en place d’une zone de basses émissions, en précisant le calendrier, le coût et le parc de véhicules concerné. Ce dispositif nécessite de votre part une collaboration forte avec la Préfecture de Police et l’Etat qui doit fournir le dispositif réglementaire adapté, et pourrait englober la plus grande part possible du territoire métropolitain, dans le cadre de Paris Métropole ou dans le cadre de partenariats avec des communes ou intercommunalités volontaires. Vous étudierez un dispositif d’accompagnement social adapté".
J'hésite encore à commenter davantage ce que j'ai déjà répété : il s'agit là ni plus ni moins de la très attendue ZAPA (tant et tant de fois repoussée par les mêmes qui l'envisagent aujourd'hui). A la bonne heure ! mieux vaut tard que jamais ! Un jour viendra où, si nous arrêtons de le leur rappeler, ils finiront par appeler un chat un chat.
La ZAPA, ou restriction d'accès dans la ville aux véhicules les plus émetteurs de particules fines, est en réalité la seule mesure efficace. Si elle s'affine, notamment à l'aide d'une pastille verte, voire de pastilles de différentes couleurs, elle contribuera progressivement à encourager la circulation dans Paris de véhicules très peu, voire pas du tout polluants (la voiture électrique notamment).

"Les véhicules lourds feront l’objet d’un traitement spécifique. Je vous demande de travailler avec le STIF, en coordination étroite avec Julien Bargeton, votre collègue chargé des finances, pour que le remplacement de la flotte de bus RATP par des motorisations électriques et GNV soit amorcé dès 2014."
Nous étions les premiers à le demander. Cela fait maintenant partie de la feuille de route après tant et tant de polémiques, notamment avec le parti de celui à qui la Maire s'adresse ici !

"Enfin, vous définirez des mesures visant à limiter l’accès des cars de tourisme et des poids-lourds aux véhicules les plus propres, qui pourraient passer par la refonte des cartes de stationnement professionnelles et des interdictions de circuler pour les véhicules les plus polluants"...
Parfait ! voilà encore, presque mot pour mot, ce que nous avions proposé et que l'équipe actuelle avait combattu. Restons bon joueur.

"Vous poursuivrez le travail réalisé dans le cadre de la Charte pour une logistique urbaine durable afin de trouver les moyens, en concertation avec les professionnels, d’atteindre l’objectif de 50 % des livraisons du dernier kilomètre réalisés en véhicule non diesel en 2017, puis 100 % en 2020."
Ceci va dans le sens du voeu que nous avions déposé au dernier Conseil de Paris avec Edith Galois. Rejeté par la Maire, repris dans cette feuille de route... Restons bon joueur.

"Enfin, je partage votre objectif d’exemplarité du parc de véhicules de l’administration parisienne dans le cadre du plan de sortie du diesel : d’ici 2015, plus aucune berline ni citadine de la Ville ne sera diesel".
Un état des lieux complet du parc serait intéressant. Quelle est la part  de ces "berlines et citadines" sur l'ensemble du parc ? Je crains malheureusement que sans y inclure les utilitaires, nous parlions là d'une part modeste du parc. Quant au simple cas des dites berlines et citadines, espérons qu'au plus tard, au Conseil du Paris de décembre 2015, nous aurons un rapport détaillé de l'état du parc avec confirmation de sa complète dé-dieselisation !

"Le développement des transports en commun permet en outre, pour ce qui est des transports de surface, un objectif de requalification urbaine.
Concernant les lignes de métro et de RER, vos priorités, avec le STIF, doivent être la réalisation dans les meilleurs délais du prolongement de la ligne 14 afin de soulager la ligne 13, et le prolongement de la ligne 10 jusqu’à Ivry. Vous étudierez la fusion des lignes 3 bis et 7 bis. Concernant les transports de surface, vos objectifs sont le bouclage du tramway des maréchaux et la création de nouvelles liaisons à haut niveau de service au centre de Paris.
Vous veillerez à ce que le tronçon de tramway porte de la Chapelle-porte d’Asnières soit mis en service fin 2017, et vous lancerez très rapidement les études pour déterminer les modalités et le calendrier de son prolongement à l’ouest, entre la porte d’Asnières et le pont de Garigliano et son prolongement à Nation. Afin d’améliorer la desserte du cœur de Paris, vous étudierez des lignes à haut niveau de service, recourant à l’énergie électrique, l’une reliant les gares parisiennes, préfigurant ainsi une configuration améliorée du plan de circulation et de desserte des bus parisiens, et une nouvelle liaison en site propre sur les quais hauts de la Seine ; elle permettra de requalifier les quais hauts et d’étudier la poursuite de l’aménagement des quais bas."
Tout cet ambitieux programme d'amélioration des transports en commun est a priori une bonne chose. Je note que la liaison inter gares ne fait plus mention du tramway. Globalement, le grief que j'avais émis et qui avait justifié l'abstention de notre groupe sur le volet "tramway" de ce programme, porte sur le manque de priorisation budgétaire sur cet ensemble de projets. La question stratégique à laquelle je n'ai pas eu de réponse est simple : si on considère que le fil rouge de la politique des transports (et cela semble l'être pour l'équipe majoritaire) est la lutte contre la pollution de l'air, et sachant que la politique n'est pas qu'une liste d'intentions, mais aussi et surtout une définition précise des moyens qu'on peut mettre en face pour les réaliser, alors, cette feuille de route, comme le voeu présenté lors du dernier Conseil de Paris, est boiteux. Autrement dit, si on met des euros en face de chaque ligne de cette feuille de route, la ville de Paris a-t-elle les moyens de son projet ? Si oui, tant mieux (mais j'en doute si on en croit l'état des finances publiques en général et les perspectives de recettes issues de l'éco-taxe qui sont encore assez hypothétiques). Si non, il faut de toute urgence nous dire ce qu'on fera, ce qu'on reportera, et ce qu'on abandonne. La transparence, en, réalité, est dans ce niveau de détail.


"Concomitamment au développement des transports en commun, vous pourrez relancer les comité de pôles afin de poursuivre la réflexion sur l’aménagement des gares, notamment gare de l’Est-gare du Nord, gare d’Austerlitz-gare de Lyon, gare de Bercy et gare routière du château de Vincennes. Vous veillerez à travailler en lien étroit avec Jean-Louis Missika, votre collègue adjoint notamment chargé de l’urbanisme et des projets du Grand Paris. L’ensemble de ces projets représente des investissements lourds dont le poids total n’est pas encore précisément évalué. Vous devrez ainsi lancer des études fines avec le STIF afin de disposer rapidement d’une visibilité claire du budget nécessaire à leur mise en œuvre".
Les deux dernières phrases, bien que ne portant que sur la question des gares, ne fait que confirmer que la question du budget est en effet cruciale et que si cela vaut pour l'aménagement des gares, cela vaut pour l'ensemble de la feuille de route.

"Concernant la mobilité à vélo, je partage votre ambition d’atteindre d’ici 2020 les objectifs de la charte Vélocity (15 % des déplacements réalisés en vélo contre environ 5 % actuellement) : pour ce faire, vous devrez étudier l’aménagement de nouvelles pistes cyclables. Je suis également favorable à la création de parkings sécurisés de stationnement vélos gare Montparnasse et gare de Lyon, que vous pourrez étudier dès cette année pour une réalisation à mi-mandat. Vous pourrez lancer l’expérimentation du Vélib’ électrique dans les prochains mois, et le service de location pour enfants « P’tit Vélib’ » dès l’été. Vous préparerez la mise en place d’un Vélib’ métropolitain, à horizon 2017"
Sur ce chapitre du vélo, nous restons globalement sur un principe général qui est que le vélo à Paris, c'est Vélib. Oui, vélib est une bonne chose et il faut maintenir un bon niveau de qualité pour ce service de mobilité. Mais le vélo à Paris, c'est en effet la question des voies cyclables et aussi celle du vélo en propriété individuelle. Sur ces deux derniers points, les annonces sont insuffisantes. Des "nouvelles pistes cyclables", pourquoi pas, mais la question est avant tout celle de la sécurisation des pistes existantes, de l'emplacement des nouvelles pistes (prises sur la partie "piétonne"... qui n'est pas la meilleure solution ; prises sur les voies de bus... pas très sécurisant ), du réseau global sur Paris avec notamment la question des voies express pour ceux qui veulent se déplacer sur des moyennes ou longues distances (cf la remarque que je faisais plus haut sur la ou les voies express cyclables). Enfin, l'obstacle à la possession de son vélo est celle du stationnement aussi sécurisé que possible . Réduire les solutions à des parkings gare Montparnasse et gare de Lyon manque d'ambition là où nous avions proposé des solutions dans chaque quartier (parkings en box, dans les cours de copropriétés, dans les parkings ou sous la forme des stations enterrées à la manière de ce qui se fait au Japon).

"La métropolisation d’Autolib’ sera poursuivie. Cette offre sera complétée en accordant plus de visibilité à l’autopartage, qui propose des solutions complémentaires à Autolib’.Je suis favorable à la création, dans les 100 jours, de 200 places de stationnement sur voirie dédiées à l’autopartage, avec une incitation forte à recourir à un parc non diesel. "
L'autopartage a un potentiel de développement important. La feuille de route parle de 200 places dédiées sur voiries. Dans mon intervention au dernier Conseil de Paris, j'avais souligné que la visibilité de l'autopartage passe par des places dédiées dans les rues les plus passantes. Cela semble acté, et c'est une bonne chose.
L'incitation au recours à un parc non diésel est une bonne intention. Attention toutefois à ne pas charger trop la barque (ne serait-ce que dans une phase de démarrage) afin de ne pas pénaliser une bonne pratique environnementale.
L'autopartage, c'est aussi une organisation qu'on peut initier entre particulier ou au sein d'une entreprise. Les expériences dans ce domaine ne manquent pas pour s'en inspirer et faire de Paris un champ d'expérimentation et de lancement d'un mode d'usage du véhicule individuel qui ne serait plus en "possession", mais en "partage" (avec, pourquoi pas, en lien avec la ZAPA, un avantage donné aux véhicules partagés sous la forme d'une pastille verte autorisant la circulation dans Paris, y compris les jours de pics).

"Vous pourrez, afin de moderniser le service des taxis parisiens, finaliser l’application Ville et lancer un travail d’optimisation des stations de taxis. Des voies dédiées aux taxis, aux bus, aux utilitaires électriques, voire au covoiturage, seront réservées sur les axes extérieurs d’entrée à Paris, en lien avec la Préfecture de Police, notamment sur l’A1, entre Paris et l’aéroport Charles de Gaulle. Je suis également favorable à l’étude de la création d’une voie réservée sur le périphérique. Pour l’ensemble de ces sujets, je souhaite là encore une concertation étroite avec Jean-Louis Missika".
C'est l'idée nord-américaine des HOV Lanes (voies réservées aux véhicules à occupation multiple), objectivement intéressante à tester sur les axes entrant à Paris.

"Afin d’inciter à l’usage de ces modes alternatifs et de promouvoir leur complémentarité, vous pourrez mettre en place « le pass Mobilités » proposant une offre globale d’accès aux transports en commun, Autolib’, Vélib’, opérateurs d’autopartage, et éventuellement taxis, en lien avec le STIF".
RAS. Bonne idée déjà souvent évoquée par le passé. Reste à surmonter les "esprits de chapelle" des AOT toujours tellement difficiles à mettre d'accord (cf le ticket de métro qu'on ne peut -toujours- pas utiliser en correspondance dans un bus ou un tram !)

"Vous devrez poursuivre le développement de bornes de recharges afin de favoriser l’usage de la voiture électrique. Un prototype de borne de recharge accélérée sera installé dans Paris avant la fin 2014, et 200 points de charge accélérée seront disponibles d’ici la fin 2015. Vous pourrez également étudier l’installation de bornes de recharge accélérée, voire rapide, à destination des taxis."
Enfin ! Cette idée apparaît dans la feuille de route alors qu'il n'en était pas question dans le voeu "pollution de l'air" du dernier Conseil de Paris. Je l'avais d'ailleurs regretté. Oui, dans l'ensemble du panel de mesures à prendre pour réduire la pollution de l'air, l'augmentation du parc de véhicules électriques est incontournable et, contrairement à ce qui fut longtemps la doxa de l'équipe actuelle - un peu comme pour vélib - on ne peut pas réduire la voiture électrique à "autolib". Peut-être pourra-t-on aller un peu plus loin avec des aides ciblées sur les véhicules utilitaires des artisans et commerçants ?

"Afin de mieux réguler l’usage des deux-roues motorisés qui constituent une alternative fréquente à la voiture, vous pourrez préparer une campagne de communication sur les incivilités des conducteurs de deux-roues, et mieux valoriser le dispositif d’aide à l’achat des deux-roues électriques".
Ma religion n'est pas totalement faite sur la question des deux-roues motorisés (je crois que tu côté de la majorité municipale, non plus). Il est d'ailleurs reconnu dans cette phrase signée d'Anne Hidalgo qu'une part de la baisse du trafic automobile dont l'équipe se vante sans cesse a fait en grande partie l'objet d'un report vers le désormais très utilisés "scooter". A ce stade - et je vais continuer d'étudier la question - en comparaison d'un véhicule individuel (puisque c'est là que se font les transfert d'un mode à un autre), un scooter me parait moins problématique pour la pollution de l'air qu'une voiture individuelle. En premier lieu parce qu'on parle de motorisations "essence" et non de motorisation "diésel". Ce qui, pour la question des particules fines, est déterminant. Ensuite, parce que sa circulation, plus fluide, participe peu des engorgements très émetteurs de pollution de l'air. Toujours au chapitre de la pollution de l'air, si le scooter émet des polluants, consommant moins qu'une voiture, on émet globalement moins de polluant en scooter qu'en voiture pour une distance équivalente (d'autant moins que le temps de trajet est lui-même réduit en scooter). Enfin, le scooter occupe bien moins d'espace en stationnement, ce qui, objectivement, est un considérant non négligeable tant il est vrai que nous devrions rechercher autant que possible à faire respirer nos rues et placer les voitures en sous-terrain. Pour toutes ces raisons, privilégier le scooter à la voiture, notamment pour ce qui est du stationnement, me parait aller dans la bonne voie (ce d'autant plus si nous soutenons le scooter électrique).

"Je partage votre objectif d’améliorer la gestion du stationnement en incitant au stationnement en parkings souterrains afin de libérer de l’espace en voirie. Pour ce faire, vous mènerez des discussions avec les concessionnaires de parcs de stationnement afin de définir les tarifs adaptés."
"Discussion avec les concessionnaires", mais aussi les copropriétés et les parkings d'entreprises ou d'administrations qui disposent, pendant de larges plages horaires, de nombreuses places libres en sous-terrain.

"Vous mènerez une politique d’apaisement des espaces circulés dans le cadre d’une participation citoyenne élargie, en lien avec les mairies d’arrondissements : les zones 30 seront étendues en vue de leur généralisation en dehors des grands axes ; "
A vrai dire, en dehors des "grands axes", je doute que la vitesse moyenne dépasse les 30km/h

"de nouvelles zones piétonnes seront créées et les opérations « Paris Respire » étendues ; des zones de circulation à temps partagé, piétonnes ou circulées selon les jours, seront créées".
cf mon commentaire sur la circulation piétonne qui me semble appréhendée par l'équipe sous le seul angle du loisir et de la détente.

"Je suis également favorable à ce que cette politique d’ « apaisement » concerne le boulevard périphérique sur lequel l’application d’un revêtement anti-bruit pourra être étendue, et sur lequel un évènement festif et sportif pourra être organisé annuellement afin de libérer le périphérique, un jour par an, du trafic routier."
Voilà qui est audacieux, et certainement très populaire ou "politiquement correct" dans certains arrondissements du centre de Paris... mais je doute que les franciliens et les professionnels apprécient !

"Enfin, vous travaillerez en lien avec les adjoints concernés, et notamment Jean-Louis Missika en charge des sujets d’urbanisme, au réaménagement des grandes places de Paris (Nation, Bastille, Denfert-Rochereau, Panthéon…) et vous veillerez dans ces projets au rééquilibrage de l’espace au profit des piétons et des circulations douces."
Et surtout, pensez "végétalisation". La place de la République entièrement minérale est un four solaire qui, en période estivale et caniculaire, contribue dramatiquement au réchauffement du quartier, à la constitution d'ozone et donc à l'aggravation de la pollution de l'air (sans parler des populations voisines qui supportent si difficilement ces canicules et qui feront fonctionner à plein régime leur clim). J'insisterais volontiers à cet endroit sur le rôle extrêmement important des grands arbres dans le rafraîchissement de l'air. Les annonces de coupes de centaines d'arbres anciens remplacés par des jeunes arbres infiniment moins efficaces pour rafraîchir l'air m'inquiètent grandement.

(...)