dimanche 15 juin 2014

Commentaires sur la feuille d'Anne Hidalgo à son adjointe chargée de l'environnement, du développement durable...


Ma première remarque ira à l'intitulé même de cette délégation : "environnement, développement durable, eau, canaux et plan climat". Sorte de fourre-tout pour y mettre ce qui relève grosso modo de l'écologie mais qui n'est ni "transport", ni "espaces naturels", ni "logement", ni "urbanisme", ni "déchet" ni "économie circulaire"...On pourrait légitimement vouloir faire figurer tout cela dans les attributions d'une forte et cohérente délégation au développement durable... à l'image du "vice-premier ministre" du gouvernement défendu par Nicolas Hulot dans son pacte écologique de 2007, et qui trouva presque son application dans le gouvernement Fillon avec Juppé (très brièvement) puis Borloo et NKM...puis abandonné par François Hollande.

Car l'idée n'est pas idiote : il s'agit, à l'échelle d'un gouvernement (et une équipe municipale est un gouvernement local) de placer le développement durable à un haut niveau hiérarchique, quasiment au rang du Maire ou du Premier adjoint, lui donnant de nombreux portefeuilles très importants pour piloter au mieux une politique de développement durable transversale. Sans contester la qualité des actuels adjoints, la volonté de la maire a été, à l'évidence, de disperser les portefeuilles relevant du "développement durable" entre une demi douzaine d'adjoints. 
Je le regrette. L'intitulé de cette délégation a dès lors quelque chose de peu lisible. Qu'est-ce que l' "environnement" si on n'y inclut pas les espaces verts ? Qu'est-ce que le développement durable si ce n'est l'inclusion d'un vaste triptyque environnemental, social et économique ? Certes, une délégation au développement durable, dans sa définition officielle, est assez impossible à couvrir sous la forme d'une délégation d'un maire ou d'un Ministre tant elle est transversale. La réalité d'un portage politique du développement durable au niveau d'un exécutif est, au choix, dans la conviction même du maire ou dans l'étendue du pouvoir donné à l'adjoint qui en a le pilotage. 
A défaut de cela, je préfère à la limite le terme d'environnement, plus restrictif mais aussi plus clair... sous réserve d'y inclure les espaces verts. 
Cela étant, en lisant la feuille de route, on comprend mieux les missions et sans doute eut-il été plus clair de parler de délégation à l'eau et au développement des énergies renouvelables. Pour le reste, les missions confiées sont toutes à concevoir en lien avec d'autres adjoints...ce qui minore grandement la capacité d'agir : plan climat avec l'adjoint aux transports, économie circulaire avec l'adjointe à l'économie sociale, isolation des logements avec l'adjoint au logement... etc...

Bref, la feuille de route est confuse comme l'est le champ de la délégation.
Bon courage Celia !

Dans le détail :

" Grâce à une politique écologique ambitieuse, les dix dernières années ont changé le visage de Paris. D’ici 2020, je souhaite développer cette ambition à plus grande échelle et faire de Paris une ville modèle en matière d'écologie urbaine et de transition écologique. Parce que cet objectif est éminemment transversal, je souhaite ainsi que vous puissiez éclairer les réflexions et les pratiques de toutes et de tous pour réduire notre empreinte écologique en favorisant la participation, les synergies, l'expérimentation et l'innovation A cet égard, je vous remercie des propositions que vous m’avez présentées dans le cadre de votre feuille de route afin de promouvoir la pratique écologique des solutions à Paris."

Tiens, on parle de transversalité...dommage que cet aspect fondamental que je développais en préambule n'ait pas trouvé son application au travers d'un adjoint chargé du logement, des transports, de l'urbanise, des espaces verts de l'eau et des déchets...c'est à dire les champs les plus impactant d'un point de vue environnemental au niveau communal.

"Je souhaite que, dans la perspective de la COP qui se déroulera ici en 2015, Paris s’engage résolument dans la réduction drastique de son empreinte écologique et stimule une dynamique métropolitaine et mondiale. Dans cet objectif, je vous demande, en lien notamment avec l’adjointe chargée de l’économie sociale et solidaire, de l’innovation sociale et de l’économie circulaire, de participer à l’organisation du « Grand Paris de l'économie circulaire » en 2015 et de diffuser les principes de cette économie du moindre impact sur l'environnement dans toutes les strates de notre activité municipale".

Il est très intéressant de mettre en avant cette question de l'économie circulaire qui, après avoir vécu essentiellement dans des milieux d'experts, finit pas intégrer les discours politiques. La COP a beau avoir une vision  large des choses, son angle principal, au moins médiatiquement, restera la question du climat. On peut évidemment dire que l'économie circulaire, modèle à construire visant à réduire nos besoins en matières, a un rapport avec les enjeux climatiques... il n'en reste pas moins que d'entrée de jeu, la présentation induit de la confusion. 

Pour autant, le sujet "économie circulaire" est un beau chantier qu'il ne faudrait pas réduire à la seule conférence climatique ou à l' "activité municipale" (c'est à dire, les services avec une action uniquement à portée "interne"). La question posée, si on veut bien y travailler de manière complète - et je fais confiance à mon ami Serge Orru au cabinet de la Maire pour nous apporter des précisions - sera de développer tout azimut, les différents aspects de l'économie circulaire, au niveau de la ville bien sûr, mais aussi et surtout dans le tissus économique de Paris qui est, tout de même, le centre nerveux de bien des entreprises du Pays : achats durables, consommations responsables, optimisation des besoins d'énergie et de matière des entreprises, réparation ou réutilisation des objets, économie de la fonctionnalité (louer plutôt que posséder), recycler les déchets et donc les éco-concevoir pour faciliter ce recyclage, ...Chantier passionnant pour Paris, le grand Paris, la Région et au delà !

Le prochain Conseil abordera d'ailleurs quelques aspects liés aux déchets, avec l'introduction de l'idée de valorisation des déchets fermentescibles sans qu'il ne soit malheureusement permis, pour l'heure, d'espérer avoir de la méthanisation telle qu'elle est mise en oeuvre à Lille où une part non négligeable des bus roule désormais au biogaz. En tout état de cause, l'équipe majoritaire serait bien inspirée de construire une stratégie globale d'économie circulaire incluant précisément la valorisation des déchets verts. 

"En collaboration avec l’adjoint chargé des relations internationales et de la francophonie, vous stimulerez une dynamique permettant l’organisation, dans le premier semestre 2015, d’une conférence des capitales et grandes villes européennes, afin de définir les exigences légitimes des métropoles face au changement climatique et de peser concrètement sur les négociations internationales. Mais au-delà c’est bien l’ensemble de la société parisienne dans sa diversité qui devra être impliqué dans l’organisation de cet évènement majeur pour notre ville. Afin que Paris s’impose comme une ville référence en matière de transition écologique, je souhaiterais également que vous initiez dès 2015, en association avec les adjoints concernés, un événement référent et récurrent présentant les solutions innovantes et concrètes pour agir efficacement dans nos villes contre le péril climatique".

Pourquoi pas...
Je reste dubitatif sur la capacité de Paris, même associée à d'autres grandes métropoles, de "peser concrètement sur les négociations internationales". Je ne vois pas concrètement ce que ça changera dans la négociation climatique dont les enjeux seront à nouveau basés sur les rapports de force continentaux Etats-Unis/Chine/Brésil/Inde, pays émergeant. La voix européenne, je le crains, ne sera pas plus audible que les fois dernières... a fortiori celle des métropoles européennes. J'imagine, à la limite, que cette assemblée de grandes villes pourrait dépoussiérer l'agenda 21 qui était, en son temps, (il y a plus de 20 ans maintenant : Sommet de Rio de 1992) une très bonne idée en annexe des protocoles de quotas d'émissions. Ainsi pourrions-nous travailler à la mise à jour du catalogue de mesures concrètes que les collectivités locales peuvent mettre en oeuvre pour réduire leurs émissions de GES.

"Pour que Paris soit une ville exemplaire dans le domaine environnemental, les objectifs du Plan Climat Énergie de Paris en 2020, déclinés dans des carnets opérationnels, continueront d’être poursuivis. À cet égard, je souhaite que les services de la Ville soient exemplaires et puissent ainsi influencer le comportement de l'ensemble des Parisiennes et des Parisiens. Dans ce cadre, je souscris à votre proposition de réunir d’ici à l’été un comité de pilotage sous l’égide du Secrétariat général afin de poursuivre la mise en œuvre du Carnet de l’Administration du Plan Climat. Au cours de la mandature, le Plan de déplacement de l’administration parisienne devra être actualisé, ce qui nécessite le lancement préalable d’une réflexion pilotée par Secrétariat général. Parallèlement, vous me transmettrez d’ici à l’automne 2014 des propositions concrètes pour favoriser la sobriété énergétique des services municipaux, notamment des éco-gestes qui pourraient être développés très rapidement."

Il est toujours bon de chercher à être exemplaire. L'exercice a ses limites si on s'en contente. Cela peut permettre d'expérimenter des solutions qu'on peut ensuite proposer à d'autres sphères (les entreprises, les associations, les copropriétés...).

"Je souhaite aussi que vous instauriez, avec Ian Brossat votre collègue chargé du logement, un comité de suivi de la mise en œuvre du Carnet Logement. Ce comité rassemblera l'ensemble des acteurs concernés par les actions à mener d'ici 2020 en matière de rénovation thermique des bâtiments, dont les immeubles très énergivores, et de réduction de la consommation d’énergie du parc social municipal en lien avec les bailleurs.En association avec votre collège chargé de l’urbanisme, vous joindrez la réflexion sur les évolutions des règlements d’urbanisme pouvant accompagner notre exigence environnementale, notamment le développement d’éco-quartiers."

Vaste chantier que celui de la rénovation thermique du bâti... et Paris n'est pas exemplaire de ce point de vue. Le gisement d'économie d'énergie est gigantesque. Les travaux n'ont débuté ni hier ni ici. Mutualisons nos efforts, réflexions et solutions avec tous ceux qui y réfléchissent ailleurs ou à d'autres niveaux : Région, État, voire avec d'autres villes qui expérimentent des solutions. Les freins commencent à être identifiés, voire levés : la mise de départ pour les travaux, la pertinence et la fiabilité dans les travaux, leurs coûts trop souvent déraisonnables, le retour sur investissement incertain...

"Parce que nous devons aussi poursuivre nos efforts pour lutter contre la précarité énergétique touchant certains Parisiens, je souhaite que les agences existantes (APC, AEU) puissent réaliser un rapport annuel sur l’évolution de la précarité énergétique, pour pouvoir adapter notre programme d’action le cas échéant."

Ne réinventons pas tout : l'ANAH est maintenant clairement missionnée pour résorber la précarité énergétique. Inscrivons-nous dans ce sillage tout en définissant, en effet, la part d'aide supplémentaire que peut apporter la ville.

" Vous devrez également réfléchir aux voies et moyens d’une production d’électricité d’origine locale et renouvelable, ainsi qu’à la progression de la récupération d’énergie. "

C'est un peu vite dit... c'est dommage. 
Le sujet eut mérité un peu plus de place dans cette feuille de route. Marie-Laure Harel l'avait abordé dans un voeu au dernier Conseil de Paris. La réponse de la Maire m'avait surpris. La Maire rappelait l'objectif des 25% d'énergie renouvelable d'ici 2020. Cela me semblait intéressant, mais à ma question de savoir où nous en étions de cet objectif, si nous étions sur la bonne courbe pour les atteindre, si nous parlions d'électricité ou de toutes les énergies... à toutes ces questions, je n'avais pas eu de réponses claires. Dans cette feuille de route, je sais au moins que nous parlons d'électricité. A l'échelle nationale, cela représente environ 20% de nos besoins. 
Mais ne serait-ce que pour l'électricité, la question est de savoir si, à 6 ans de l'échéance, nous pouvons espérer atteindre les 25%. Dans note campagne avec NKM, j'avais défendu l'idée d'inscrire Paris dans une perspective de ville à énergie positive, à savoir qu'elle consommerait autant d'énergie qu'elle en consomme. L'ambition était certes énormes, mais elle nous obligeait à orienter toutes les politiques à incidence énergétique dans cette optique : réduire de 50% nos consommations d'énergie, produire le reste nécessaire via des énergies renouvelables (dans lesquelles on peut inclure en effet la récupération de chaleur). Ce chapitre "ville à énergie positive" aurait pu coiffer un vaste plan d'action portant sur le logement, l'urbanisme, les déchets, et les transports (pour ne citer que les secteurs les plus consommateurs d'énergie ou constituant les plus importants potentiels d'économie d'énergie). Bref, il y a là matière à écrire bien plus que deux lignes.

"Je partage aussi votre proposition d’élaboration du Carnet Tertiaire du Plan Climat afin que les acteurs économiques maîtrisent davantage leur empreinte carbone."

OK... c'est intéressant, nous verrons dans le détail ce que contiendra ce Carnet

"Parce que la pratique écologique est un projet de ville qui doit être au cœur de notre quotidien, je souhaite que l’année 2015 à Paris soit placée sous le signe du Climat. Vous me transmettrez d’ici à septembre, en lien avec les adjoints concernés, des propositions permettant d’orienter les évènements 2015 de la municipalité sur le thème des actions face au changement climatique (par exemple Paris Plage, la Nuit Blanche, ou les Journées Parisiennes de l'Énergie et du Climat ou les grands évènements qui rythment la vie de notre ville). Également, en lien avec l’adjoint chargé de la démocratie locale, de la participation citoyenne, de la vie associative, de la jeunesse et de l’emploi et avec les mairies d’arrondissement, vous contribuerez à la mise en place, à partir de 2015, des comités « Planète Quartier » pour rassembler toutes celles et ceux qui souhaitent débattre et mettre en place des initiatives écologiques dans leur arrondissement."

Très bien...mais une fois lancées toutes ces initiatives, pourquoi ne pas se dire, dès maintenant, que tout ce qui aura été jugé positif en terme d'impact "climat" devra alors s'inscrire dans la durée au delà de 2015. Ceci permettrait de nous rassurer sur le fait que nous ne faisons pas tout cela juste pour faire de la "com".

" Enfin, durant la mandature et en lien avec les adjoints concernés, vous étudierez les pistes d’évolution pertinentes pour renforcer la « conditionnalité » écologique des aides et subventions octroyées par la Ville de Paris et me transmettrez vos propositions."

C'est évidemment une bonne chose, mais je suis presque surpris de lire que cela n'a pas encore été fait jusqu'à maintenant !

"La transition énergétique doit aussi être pensée à l’échelle métropolitaine. Dans ce cadre, je vous demande d’engager, en lien avec les acteurs concernés, une réflexion sur la préfiguration d'une instance de coordination métropolitaine des fluides et de l'énergie dans l’objectif de pouvoir établir un schéma énergétique global."

Voilà qui est quelque peu nébuleux. De quoi parle-t-on au juste ? D'une future SEM énergétique à l'échelle du Grand Paris ? Si c'est cela, c'est évidemment une excellente perspective. Une SEM qui pourrait associer des professionnels de l'énergie (distributeurs et producteurs), pourrait bien évidemment piloter au mieux l'offre, notamment en chauffage urbain, piloter des opérations d'économie d'énergie, voire, et ce serait le plus intéressant, devenir un opérateur "producteur" d'énergie renouvelable avec, entre autres idées, l'ouverture à des participations citoyennes... Une SEM qui serait une brique essentielle dans la construction du Paris à énergie positive dont je parlais plus haut.

"Parce que les circuits et les modalités d’un approvisionnement et d’une alimentation durables doivent évoluer, je vous demande, en lien avec Olivia Polski, l'adjointe chargée du commerce et de l’artisanat, d’étudier la création d’un label du « consommer local » et d’une réservation de marchés pour les producteurs franciliens afin de favoriser et de promouvoir le consommer local en Île de France. Vous vous associerez notamment votre collègue chargé des espaces verts, de la nature et de la biodiversité pour poursuivre le développement collaboratif de l’agriculture urbaine, à Paris et en métropole."

Il y a plusieurs idées dans ce paragraphe, et encore une fois, je trouve l'approche confuse... un peu comme s'il s'agissait d'aligner des mots valises et montrer à quelques réseaux qu'on a pris en compte leurs idées. 
Je voudrais croire qu'il y a derrière tout cela une vraie volonté politique. 
En premier lieu, on parle de la production locale en Ile de France, de rapprochement des productions et des consommateurs. Ceci implique un présupposé : il y aurait des producteurs en Île de France qui n'auraient pas assez de débouchés sur Paris. En toute théorie, je suis évidemment d'accord avec cela, mais avec une réserve : vérifier le bilan environnemental du transport des marchandises locales. Ce que je sous-entends n'est évidemment pas qu'il faut mettre en doute le principe qui est évidemment bon. Mais attention à ne pas tordre la réalité pour valider un principe. On l'a fait par le passé et tôt ou tard, une enquête démontre l'erreur d'analyse et l'idée même finit au panier. 
J'ai pu lire qu'une livraison sur une moyenne distance (ce qui serait le cas d'un producteur situé en lointaine couronne) réalisée par le producteur lui-même dans un point de livraison unique (amap par ex ou marché spécialisé) était au final plus émetteur de CO2 qu'un camion livrant un supermarché. En effet, le système "supermarché" est bien plus optimisé que le petit producteur (optimisation avec plus de marchandises transportées en une seule fois, optimisation des tournées de livraisons et des rotations...). Il y a évidemment d'autres considérants environnementaux tels que les méthodes d'agriculture. Autrement dit, pour que mes propos ne soient pas mal compris, la seule notion de "proximité" ne suffit malheureusement pas à s'assurer d'un bilan environnemental meilleur que le système d'appro de supermarché. Si on veut préférer le local, alors il faut aussi penser "optimisation" des transports et des livraisons pour se type de production, en s'inspirant précisément des optimisations logistiques mises en oeuvre dans la grande distribution. 
Seconde question : y a-t-il une offre conséquente de production maraîchère en Île de France ? Je n'en suis pas certain. Dès lors, j'imagine que tout cela mériterait d'être creusé du côté des professionnels du secteur pour identifier au mieux les raisons d'un choix de cultures peu en rapport avec la demande locale, et voir de quels leviers la ville de Paris ou le Grand Paris disposent pour avoir une influence sur la réorientation souhaitable. 
Au delà de cet aspect, j'y verrais un autre intérêt : celui d'étendre autour des puits de captage d'eau potable des zones d'agricultures bio qui participeraient ainsi, en amont, de la réduction du taux de nitrate très élevé dans l'eau de Paris. Ce point est d'ailleurs abordé au chapitre suivant sur l'eau.
Enfin, il est question d'agriculture urbaine. Je ne l'aurais, je crois, pas mis au même plan. Cultiver des légumes dans Paris intramuros est éminemment pédagogique, notamment pour les enfants qui comprendraient mieux d'où vient leur nourriture. Ne laissons pas croire que cela va nourrir, ne serait-ce qu'un peu, les parisiens.

"Enfin, avec votre collègue chargé des transports et des déplacements, vous identifierez durant la mandature les opportunités et les potentialités d’un développement du transport des marchandises et des personnes sur les canaux parisiens et sur la Seine."

Des marchandises, certainement. Des personnes, je n'y crois pas : les modalités d'embarquement et de temps de trajet ne feront pas sortir ce mode de déplacement de son seul caractère ludique et touristique. Sans parler du coût qui, comme pour le tramway, mérite d'être regardé à deux fois si on veut financer d'autres mesures peut-être plus urgentes, plus utiles, moins "gadget".

"Nos efforts porteront aussi sur l’amélioration de la qualité de l’air et la réduction du bruit qui sont des sujets de préoccupation pour les Parisiens. C’est pour moi une priorité. Notamment, en lien avec les adjoints concernés, je vous demande de lancer la réflexion sur un programme visant à lutter contre les polluants chimiques et notamment à éradiquer les perturbateurs endocriniens du quotidien des Parisiens dans les services de la Ville, y compris dans ses achats."

Tiens tiens !...faites un petit coup de "google" pour voir qui a parlé durant la campagne des perturbateurs endocriniens. Amusant de voir ceci repris dans la feuille de route. Cela dit, on ne peut donc que se féliciter de cette prise de conscience.

"Vous participerez également à la mise en place d’un plan d’amélioration de la qualité de l’air à Paris et stimulerez une dynamique métropolitaine en la matière"

D'accord, mais on en revient au constat de base : quelle compétence et moyens d'action a cette adjointe sur ce sujet alors qu'elle n'a rien dans ses délégations qui lui permette d'agir sur ce vaste sujet de la qualité de l'air.

"Vous organiserez également, en lien avec tous les adjoints concernés, la réflexion sur les mesures de réduction des nuisances sonores que vivent au quotidien les Parisiens. Concernant le bruit routier, je rejoins votre proposition et celle de l’adjoint chargé des déplacements d’extension des zones 30 hors grands axes"

"hors grands axes"...sachant que la vitesse moyenne à Paris en dehors des grands axes est déjà largement en dessous des 30km/h, je doute de l'impact "bruit" de cette mesure.

"La remunicipalisation du service public de l’eau a permis de garantir l’accès de tous à une eau potable de qualité pour un prix abordable. Vous engagerez dans les toutes prochaines semaines l’acte II de ce service public essentiel en préparant le nouveau contrat d’objectifs avec Eau de Paris qui doit être signé d’ici la fin de l’année. Il devra permettre la mise en place d’une tarification plus sociale avec la gratuité des premiers mètres cubes pour les plus fragiles. Il favorisera la diminution de la facture d’eau en incitant à la réduction des consommations (kits économiseurs d’eau) et à la préservation de la ressource. "

Il est dommage que l'incitation à consommer l'eau avec modération soit presque inexistante de la feuille de route. Les "kits" sont bien insuffisants à mon sens. Et d'ailleurs, comment seront-t-ils distribués ? A la charge de qui ? Qu'on rende gratuits les premiers mètres cubes d'eau pour les plus pauvres, pourquoi pas, mais la contrepartie est d'avoir une tarification progressive qui rende l'eau d'autant plus chère qu'on dépasse un certain cubage par personne dans le ménage. La question de la tarification est d'ailleurs un chantier en soi au regard des enjeux environnementaux. Le principe "pollueur-payeur" devrait s'appliquer au particulier pour ce qui concerne ses consommations d'énergie et d'eau, et pour ce qui concerne sa production de déchets. Autrement dit, plus vous consommez de ressources, plus vous payez cher selon un mode de progressivité par tranche de m3 ou de kwh. Et à l'inverse, moins vous produisez de déchets, moins vous payez de taxe d'enlèvement des ordures. 

"Sur cet aspect, vous travaillerez à infléchir les politiques agricoles en Brie et en Beauce où se trouvent les captages d’eau de source pour diminuer les nitrates. Vous interviendrez pour promouvoir l’agroécologie sur tous les bassins versants."

L'intention est bonne, la mise en oeuvre infiniment plus compliquée. J'évoquais ce point plus haut. Les exemples de Vittel et Munich ont montré qu'il faut aux municipalités engagées dans cette voie une volonté de fer et une action qui s'inscrit dans la durée. En gros, il s'agit d'acquérir des terres autour des puits de captage, d'y développer une agriculture bio, ou de contractualiser avec les agriculteurs existants pour les inciter à modifier leurs cultures. Le jeu en vaut la chandelle en terme de qualité de l'eau et diminution des coût de traitement, mais la bataille sera rude... ce d'autant plus qu'il semblerait nécessaire de clarifier les responsabilités règlementaires sur la qualité de l'eau souterraine.

"L’eau doit être plus encore présente dans la ville et participer à l’amélioration du cadre de vie. Vous identifierez avec les mairies d’arrondissement, les directions de la voirie et des espaces verts, des lieux d’implantation de nouvelles fontaines, en particulier un réseau d’au moins deux fontaines d’eau pétillante par arrondissement à réaliser d’ici la fin de la mandature. Vous veillerez à ce que l’accès gratuit à l’eau dans l’espace public soit assuré durant toute l’année."

De l'eau pétillante en libre service ! je n'avais encore jamais vu une idée pareille. Amusante, mais tellement bobo ! J'irai en boire pour rigoler, mais je n'en penserai pas moins.

"En lien avec l’adjoint chargé des transports, de la voirie, des déplacements et de l’espace public, vous veillerez à ce que l’eau soit présente dans les grands projets de places et d’aménagement d’espace public ; vous me ferez des propositions pour expérimenter des dispositifs de ruisseaux artificiels sur l’espace public dans le courant de la mandature."

Des ruisseaux artificiels...on est dans le même registre que l'eau pétillante. Ca fera des jolis articles dans les magazines de compagnies aériennes qu'on lit dans les avions.
Plus sérieusement, je lis là qu'il est question des grands projets de places. L'eau a un rôle rafraîchissant et à Paris où nous connaissons des phénomènes maintenant récurrents de bulles chaudes en été, le sujet est en effet crucial pour la santé des personnes les plus fragiles et pour prévenir la pollution par l'ozone. Pour autant, même avec de l'eau sous la forme de fontaine, on contrebalance peu l'apport de degrés d'une conception d'aménagements urbains trop minérale. La place de la République à ce propos l'illustre bien. 
J'ajouterais, comme je l'ai fait dans mes commentaires sur les transports, que le maintien des grands arbres dans Paris est non négligeable dans l'apport en rafraîchissement. Je suis donc assez inquiet de continuer de lire dans certains documents annonçant des aménagements urbains qu'on va poursuivre la coupe de grands arbres. Il est annoncé qu'un grand arbre abattu sera remplacé par un ou deux petits arbres. Cela n'a rien de rassurant car l'impact social et environnemental d'un grand arbre n'est absolument pas comparable à celui de deux petits arbres. Autrement dit, il est louable d'annoncer de la végétalisation, à condition que l'effet rafraîchissant ne soit pas annulé par des coupes de grands arbres et des aménagements trop minéraux.

"Vous lancerez, avant l’été en lien avec Colombe Brossel, votre collègue chargés des espaces verts, de la nature et de la biodiversité, et Jean-François Martins adjoint au sport et au tourisme, les études de faisabilité pour permettre la baignade dans le bassin de la Villette à mi-mandat et dans le lac Daumesnil.
Je vous propose également de me faire parvenir des propositions pour valoriser le réseau d’eau non potable à travers l’élaboration dans les six prochains mois d’un schéma directeur qui définira de nouveaux usages"

Voilà qui est particulièrement intéressant pour un des quartiers du 15ème qui se bat, à juste titre, pour conserver deux bassins d'eau non potable alors même que l'équipe précédente, et celle qui lui succède, ont des projets de destruction de ces deux bassins. Les bassins dit de Grenelle, en l'état, ont pourtant un rôle raffraîchisseur qui est prôné dans cette feuille de route. Ils sont par ailleurs, potentiellement, des îlots de végétalisation et de refuge à biodiversité aquatique qu'il conviendrait de valoriser et préserver.

 "...et je vous demande de lancer, dès l’été prochain, une expérimentation de rafraîchissement de l’espace public et de lutte contre les îlots de chaleur par l’arrosage d’eau non potable. En lien avec l’adjoint chargé de la propreté et de l’assainissement, vous mettrez en œuvre le plan Pluie de Paris destiné à réduire les volumes d’eau évacués par les égouts en privilégiant l’infiltration directe dans le milieu naturel."

C'est un excellent projet. Si j'interprète bien l'idée, il sous entend que nous allons "desimperméabiliser" des sols aujourd'hui couverts de bitume. Les zones le permettant ne manquent pas.

"Enfin, avec Patrick Klugman, chargé des relations internationales et de la francophonie, vous engagerez de nouveaux programmes d’aides aux pays en développement dans le domaine de l’eau.
S’agissant des canaux, ils constituent une ressource à réinvestir (adduction d’eau non potable, fonctions logistique et industrielles, loisirs, lieu de promenade) et dont le paysage est à valoriser. Vous engagerez avec la mairie d’arrondissement notamment un travail avec les riverains et les commerçants pour revitaliser les abords du canal Saint-Martin."

 Mon ami François Haab, au groupe UDI-modem, a fort justement souligné, dans un voeu qu'il vient de déposer, que les abords de ce canal sont malheureusement victimes de leur succès et que les utilisateurs laissent souvent les lieux, après leur passage, dans un triste état. Au delà des initiatives civiques des habitants qui nettoient le secteur, il s'agit aussi de responsabiliser davantage les utilisateurs, habitants ou non.

 " Vous interviendrez aussi pour poursuivre les actions visant à la prévention des inondations et à la préparation des publics à un événement majeur de crue de la Seine, en lien avec l’adjoint chargé de la sécurité, de la prévention, de la politique de la Ville et de l’intégration et les services de l’Etat."

Ce point, régulièrement évoqué par Yves Pozzo di Borgo, reste incomplet dans la manière dont il est abordé par l'équipe majoritaire. Aux inquiétudes soulevées dans des rapports récents, notamment celui de l'OCDE, la mairie répond que tout va bien grâce au PPRI. Certes, un travail d'anticipation a été fait pour avoir les bonnes réactions le jour où surviendra la crue. Mais la tranquillité  affichée par la majorité municipale contraste avec les alertes lancées par l'OCDE. Alerte sur la gouvernance (trop d'acteurs interviennent sur ce dossier de la crue laissant craindre un manque de coordination avant et pendant la crue). Alerte aussi sur les mesures de prévention à prendre en amont. L'expérience des dernières années nous a montré que l'urbanisation le long des cours d'eau aggrave les inondations. Bien en amont des cours d'eau, les zones d'expansion (zones humides, marais) n'existent plus. Dès lors les cours d'eau gonflent dans leur lit jusqu'à en sortir là où ils peuvent, y compris dans des zones très urbanisées. L'enjeu est donc d'aménager autant que possible, en amont des cours d'eau, des zones non urbanisées, où les cours d'eau peuvent se répandre quand elles sortent de leur lit. L'exemple de ce qui a été fait en amont de Chateauroux sur l'Indre est très intéressant puisqu'une zone inondable a été aménagée en zone humide naturelle ouverte à la promenade des habitants. 
En amont de la Seine, des réservoirs ont été construits et par précaution, il faudrait en construire un de plus. Malheureusement, ce projet n'est évoqué par personne et on semble croire que le PPRI nous évitera tous les problèmes. L'OCDE nous rappelle fort prudemment que les pouvoirs publics sont peut-être trop confiants dans les dispositifs existants.

"Notre ambition pour Paris, sa transformation en métropole intelligente et durable, nécessite de réinventer en profondeur nos manières de faire la ville en s’appuyant sur l’innovation. Paris doit en effet devenir un laboratoire d’expérimentation et un lieu de référence international sur les questions d’innovation liées aux réseaux et systèmes urbains intelligents, aux services numériques, à la gouvernance ouverte et à la ville durable. A cet effet, je vous demande de travailler en lien étroit avec la mission « Ville intelligente et durable » au sein du Secrétariat général, qui est en charge de la coordination et du pilotage de ces sujets, ainsi qu’avec les autres délégations, dans un esprit de transversalité et de coordination.
Plus spécifiquement, je souhaite que vous jouiez, aux côtés de l’adjoint en charge de l’urbanisme, du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, un rôle moteur pour impulser la dynamique de travail sur les réseaux intelligents afin de faire évoluer les principaux réseaux de la ville vers un fonctionnement adaptatif, plus participatif également en collaboration avec les partenaires, fournisseurs et concessionnaires. Je souhaite que vous réunissiez les différents acteurs pour l’élaboration d’une feuille de route commune dès les 100 premiers jours de la mandature."

C'est un peu nébuleux. Il y a incontestablement des enjeux avec des nouveautés numériques à mettre au service des pratiques plus écologiques, dans la mobilité (usage des smart phones pour déterminer le meilleur moyen de déplacement, réserver des voitures autopartagées, du co-voiturage...), dans la consommation énergétique (boîtier électrique individuel intelligent permettant de maîtriser sa consommation et dialoguer avec son fournisseur), dans les déchets (permettant de tester la redevance incitative). Mais ces deux paragraphes ne donnent que peu de détails sur ce qui est vraiment envisagé. Wait and see.

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