mardi 8 juillet 2014

Mon intervention au Conseil de Paris sur le Plan Local d'Urbanisme

Madame la Maire,

D'entrée de jeu, 2 points de forme m'ont frappé au sujet du document qui nous est présenté visant un engagement d'une procédure de modification du PLU de Paris.

La première, est l'ambition affichée de nous lancer dans cette procédure en vue répondre à pas moins de 5 différents objectifs dont la compatibilité entre eux reste à démontrer : production de logements notamment de logements sociaux, lutte contre le changement climatique, lutte contre la pollution, amélioration de la qualité de l'environnement, place du végétal, attractivité économique.

A cela s'ajoute, la prise en compte de la récente loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové - mieux connue sous le nom de loi ALUR -, du schéma directeur régional de la Région Ile de France, du Schéma régional de cohérence écologique, du programme local de l'habitat de Paris, du plan climat énergie, du schéma directeur d'Aménagement et de gestion des eaux, du plan directeur de déplacement urbain, and, last but not least, du plan biodiversité.

Bref, un enchevêtrement labyrinthique d'objectifs et de textes dans lequel on se perd et au sujet desquels, comme je l'ai indiqué avant, on peut se demander si la compatibilité est réellement possible. Comme en toute chose complexe, l'enjeu politique n'est pas, je l'espère, de nous noyer dans ces textes, mais de comprendre où l'on va exactement, ce qu'on retient entre ce qui est obligatoire de ce qui est optionnel, ce qui relève d'une adaptation règlementaire de ce qui relève de choix politiques. Et pour moi, dans les intentions de la majorité distillées durant la campagne électorale et ces derniers jours dans la presse, il ne fait pas de doute que c'est la question de la densification de Paris qui est le vrai débat. J'y reviendrai.

Deuxième remarque de forme, le calendrier retenu :

Il est rappelé à juste titre que la métropole du Grand Paris aura, à compter du 1er janvier 2016, compétence en matière d'urbanisme. On nous parle donc, avec la procédure qu'on nous demande d'adopter, d' « étape intermédiaire ». J'aurais utilisé l'adjectif « éphémère ».

Si ma projection est juste :

-Juillet 2014 : avis sur la procédure de modification du PLU en Conseil de Paris

-Automne : lancement d'ateliers de concertation et d'une plateforme collaborative sur internet

- Décembre : restitution des conclusions

- Pour fin 2015 : modification du PLU après enquête publique et avis du commissaire enquêteur

Ce PLU qu'on se prépare à construire est fait pour n'être valable que quelques semaines. Est-ce bien nécessaire ? Est-il aujourd'hui opportun de tourner le dos à la métropole au moment même où la mission de préfiguration démarre ses travaux.

Le débat étant néanmoins posé, même si je trouve que le calendrier pose question, je souhaiterais concentrer mon propos, et j'espère le débat, sur la question fondamentale de la densification.

En règle générale, le terme de densification dans le champ de l'urbanisme, est synonyme de développement durable. C'est pourquoi, je vois souvent, dans ce document, associés les termes d'urbanisme et de durabilité.

La densification urbaine a une véritable raison d'être quand l'alternative est de grignoter des espaces naturels ou des terres agricoles. De terres agricoles à Paris, il en reste peu. Quant aux espaces naturels, ils occupent une faible surface et ils n'en sont que plus précieux.

La densification a tout son sens en première couronne de Paris et encore davantage quand on s'en éloigne et qu'on commence à trouver des espaces agricoles ou des espaces naturels. A ce titre, la perspective de reporter cette réflexion au niveau du grand Paris a infiniment plus de sens que de l'envisager maintenant et intramuros à Paris. Paris, où, il faudra bien l'admettre un jour, la densification y a atteint ses limites.

Ce qu'attendent maintenant les parisiens, c'est que les élus préservent les derniers espaces de respirations.

Avec 21 290 habitants au km2, Paris est la 5ème ville la plus dense du monde (après Manille, Le Caire, Calcutta, Shanghai et Mumbai).

Autrement dit, au chapitre de la densification urbaine, Paris a largement payé son dû.

La disparition du COS que permet la loi ALUR ne nous impose rien en termes de densification. Elle peut, si nous le décidons, nous autoriser à préserver nos derniers espaces de respiration. C'est une question de choix politique qui est entre nos mains.

Une ville comme Paris, qui peut se reconstruire sur elle-même, comme elle le fait depuis des siècles, ne tournera pas le dos à la construction neuve, mais boucher les moindres interstices, construire là où il n'y avait pas de construction, étouffer la ville encore un peu plus, là n'est pas la perspective à laquelle les parisiens aspirent. Or, le projet de construire près de 10 000 nouveaux logements par an poussera immanquablement à aller trop loin dans la densification.

Certains diront, épargnons l'occupation des sols et investissons la hauteur… la grande hauteur ! Contrairement aux apparences, ce n'est pas de la densification. Une tour n'est pas plus dense que le haussmannien. Elle occupe non seulement autant d'espace au sol au mètre carré habitable, mais de plus, par essence, elle demande plus d'énergie pour son fonctionnement. Bien sûr, parce qu'une ville qui vit est une ville qui bâtit, nous avons besoin de gestes architecturaux… et les exemples ne manquent pas à Paris pour prouver que le geste existe, à hauteur raisonnable sous les 37m acceptables. Mais encore une fois, choisissons pour cela de reconstruire sur l'existant et épargnons les espaces encore libres.

Reconstruire sur l'existant, ce peut être la surélévation des immeubles, le potentiel est important, à condition de ne pas le faire avec systématisme. Il y a également de larges potentiels du côté du recouvrement des voies ferrées ou du périphérique. Nous avions bâti notre propre plan Marshal pour le logement, porté par Marielle de Sarnez, dans cet esprit.

Point de détail : la question des parkings. Il est annoncé que les parkings sous-terrains seront limités pour réduire les coûts de construction. Je crains que ce ne soit là une erreur d'appréciation pour le futur. Non pas qu'il faille créer de nouvelles places de parkings, mais plutôt parce que je crois que nous devons développer à Paris un vrai plan de mise en sous-terrain du stationnement de surface et qu'à cette fin, non seulement il faut amplifier les efforts pour occuper les places aujourd'hui vides dans de trop nombreux parkings sous-terrains, mais que dans une politique de libération de l'emprise de surface dévolue au stationnement automobile, nous ne devons pas nous handicaper avec des potentiels en sous-terrain auxquelles nous renoncerions aujourd'hui.

Et puis, densifier Paris aujourd'hui, comme on le pressent dans les projets annoncés, c'est à coup sûr faire un choix non durable : urbanisme et logement contre plan climat et végétalisation. A ce stade, mes craintes restent des craintes. Mais je ne vois rien de rassurant qui me permette de croire que les projets de végétalisation annoncés ne seront rien d'autres que des micro-projets. Le plan d'urbanisation et de construction de logements et d'équipements annexes viendront inéluctablement grignoter les espaces végétalisés existants et les aires offrant quelques derniers potentiels de végétalisation. Il réduira grandement l'ambition ou du moins l'esprit de la végétalisation de Paris telle qu'elle fut décrite au dernier Conseil de Paris… et par là même, il en résultera une quasi impossibilité de respecter le plan climat.

J'ai bien noté dans la campagne de presse que vous avez menée ces derniers jours que vous aviez conscience de ces craintes des parisiens en parlant pour l'essentiel de surélévations et d'alignement de façades. Dans votre propos introductif à ce débat, vous venez d'ailleurs de dire qu'il n'y aura aucune réduction des espaces de respiration. Or, un peu partout dans Paris, les parisiens ont de bonnes raisons de douter et de s'inquiéter :

Quelques exemples :

La passe d'arme sourde à laquelle nous avons assisté hier au sujet du réseau d'eau non potable dissimulait mal vos intentions de suppression de certains réservoirs d'eau non potable.

Un espace appelé le « Bois Dormoy » dans le XVIII ème reste menacé.

L'extension du stade Roland Garros réduira les espaces de respiration

Des projets de logements menacent la friche foncière de la gare d'Auteuil alors que c'est aujourd'hui un bel espace ouvert de respiration

D'autres projets de logement avenue du Maréchal Fayolle ou le projet fou avenue Foch et en lisière du bois de Boulogne participent aussi de cette réduction des espaces de respiration

La Tour Triangle est dans vos cartons

La réduction du parc des Halles est déjà une réalité

Et puis, pour finir, Madame la Maire, une remarque sur le nerf de la guerre : l'argent :

Jean-Louis Missika évoque de nouveaux modes de financement dans le cadre du « pacte » avec les professionnels, consistant notamment différencier le foncier du bâti.

Reste le problème du financement des 10 000 logements par an compte tenu :

Du trou de 400 millions d'euros l'an prochain pour boucler le budget de la ville. Elémént qui a été sciemment caché aux parisiens pendant la campagne électorale par l'équipe actuelle qui ne pouvait pas ne pas connaitre cette situation

De la baisse des droits de mutations et de la diminution de l'aide à la pierre de l'Etat
Et de la libération du foncier par l'Etat qui pour le moment vend au prix fort

D'une certaine manière, on pourrait se dire que si cet urbanisme qu'on nous annonce nous inquiète, l'état des finances de la ville qui en rend le financement plus qu'incertain aurait de quoi nous rassurer.

Nous nous prononcerons néanmoins sur la question posée : voulons-nous d'un urbanisme qui étouffe et bétonne encore un peu plus Paris : la réponse est non, et nous ne voterons pas ce texte.

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