vendredi 26 septembre 2014

Sarkozy et l'environnement, ou le syndrôme du bon vivant


"Je ne peux pas accepter que les Etats-Unis soient devenus du point de vue de l'énergie indépendants grâce au gaz de schiste et que la France ne puisse pas profiter de cette nouvelle énergie alors que le chômage ravage tant de nos territoires et tant de nos familles, c'est inacceptable." "Je souhaite clairement que nous réfléchissions aux conséquences du principe de précaution auquel je préférerai toujours le principe de responsabilité".

Hier soir, pour son meeting de candidat à la présidence de ....l'UMP-et-de-la-France-en-même-temps, j'ai retrouvé un homme qui, comme certains l'ont déjà relevé, n'a pas changé. Pas changé sur le fond renouant avec la petite musique dont le refrain, souvenez-vous, était "l'environnement ça suffit".

On aurait pu, avec le bénéfice du doute, espérer un Sarkozy "première période de sa présidence", où il a cru au Grenelle de l'environnement, l'a initié et soutenu réellement. Hier soir, c'est le Sarkozy de la deuxième moitié de son quinquennat qui a été rappelé à notre souvenir.

Amoureux de la nature, de la planète et de l'environnement, tenez-vous bien : remise en cause du principe de précaution et exploitation des gaz de schiste, voilà son projet. Un programme environnemental enthousiasmant !

Oh, j'entends déjà certains dire que l'écologie qui freine l'économie, ça suffit, surtout en ces périodes de vaches maigres. Autrement dit, on fait de l'écologie quand on est riche et on saccage la planète quand ça va mal. Et si, au fond, la raison de la crise économique était liée au saccage de la planète ? : raréfaction des ressources naturelles et tensions sur l'accès et le contrôle de ces ressources ? Et plus elles seront rares, plus les tensions augmenteront et plus les crises économiques s'amplifieront. Et on continue ainsi combien de temps ? Si gouverner c'est prévoir, la bonne idée n'est pas la fuite en avant mais la recherche de durabilité dans les décisions que nous prenons. Foncer tête baissée dans l'exploitation des gaz de schistes et s'épargner quelques précautions environnementales et sanitaires sous la pression d'industriels qui ne croient pas en la croissance verte, c'est gagner du temps, rien de plus.

Mais au fond, le propos de Nicolas Sarkozy est tristement normal. On est tous, à titre individuel, à cette image. Regardez notre comportement au quotidien. Nombreux sont ceux qui n'arrivent pas à résister à quelques bons plats, souvent un peu trop salés, trop gras, trop sucrés. Et puis, comment imaginer un repas sans un bon verre de vin... voire plusieurs verres. On sait que ce n'est pas très bon pour la santé, mais on continue, encore un peu, chaque jour. On s'accommode d'un embonpoint et l'entourage et la société diront de vous, fort positivement, que vous êtes un"bon vivant".
Et puis, un jour, c'est l'accident. L'infarctus vous terrasse. Si vous vous en sortez sans trop dommage, le boulet aura passé près. Et là, peut-être, vous réagissez, vous changez, un peu, beaucoup en étant plus sélectif dans vos menus sans renoncer à tout pour autant.

Ainsi en va-t-il malheureusement de nos sociétés. On tient des discours lyriques sur le changement climatique, on sait quelle est notre responsabilité dans ce phénomène dangereux, et pourtant, tout en sachant cela, on continue dans la course effrénée aux énergies fossiles. Nous la traquons dans les moindres et derniers recoins de la planète : sous les mers, sous les glaces, dans les moindres fissures de nos sous-sols. Et puis surviennent les accidents environnementaux qui, malheureusement, sont, tel l'infarctus, les seuls signaux qui nous font agir. Les signaux d'alerte et les accidents ont déjà été nombreux : accidents climatiques, marées noires, pollutions affectant notre santé telle la pollution de l'air dans les grandes villes, etc... Et heureusement, bien des décideurs politiques et économiques changent de visions de l'avenir. La croissance verte fait partie du logiciel de pensée de nombreux milieux économiques. Tout cela reste encore minoritaire, mais se trace peu à peu une autre vision du développement économique adoptant pour ligne directrice la compatibilité avec les équilibres des milieux naturels et notre santé. Et de plus en plus nombreux sont ceux qui, ayant pour seul guide la rentabilité économique, font des paris heureux sur le fait que les énergies renouvelables et l'innovation dans ce domaine, voire dans tous les autres domaines de recherches vertes, ont plus d'avenir que les anciens modèles basés sur le fossile et le recours massifs aux ressources minérales et végétales dont l'épuisement se profile à brève ou moyenne échéance.

Les options évoquées par Nicolas Sarkozy hier soir, j'en suis certain, ne sont pas des idées d'avenir, elles ne sont pas modernes, ni d'un point de vue environnemental et sanitaire évidemment, mais pas non plus d'un point de vue économique.

Bref, un vrai débat de société avec des grandes options à trancher : l'excès de bonne chère puis l'infarctus versus l'alimentation saine, le sport et la bonne santé.

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