mercredi 19 novembre 2014

Les votes à bulletin secret au Conseil de Paris ... secrets, vraiment ?


Des votes à bulletins secrets, au Conseil de Paris, nous en faisons régulièrement, quand il s'agit de désigner des personnes.
En l'occurrence, nous avons eu à voter ainsi cet après-midi pour deux votes. C'est assez fréquent, mais ce qui est cocasse, c'est la procédure suivie qui ne remplit absolument pas les conditions du secret.

Très concrètement, à côté de la salle du conseil, une salle ouverte à tous est utilisée pour ce type de vote. L'urne transparente est posée sur une table. Un agent de la ville est à côté pour surveiller le scrutin. Les bulletins et les enveloppes sont disposés à côté de l'urne, ainsi que la feuille d'émargement. J'y suis allé à l'instant pour voter au sujet de désignations de collègues dans des organismes extérieurs. Aucun isoloir n'est installé. Il faut savoir que la salle en question étant utilisée par les élus pour passer des coups de fils, discuter, ou aller sur internet sur des ordinateurs mis à disposition au fond de la salle, l'endroit est plutôt bien fréquenté. Autrement dit, au moment où j'ai pris mon bulletin pour le mettre dans une enveloppe, tout le monde a pu voir ce que je votais.

Autrement dit, alors qu'il est tout à fait justifié sur des votes portant sur des personnes, le caractère secret n'est absolument pas assuré ici. Et c'est ainsi pour tous les votes secrets réalisés au Conseil de Paris... tous sauf le vote de lundi dernier qui portait sur la tour triangle (un sujet de fond ne portant absolument pas des personnes et sur lequel les parisiens sont en droit de savoir ce que leurs élus, les représentants, votent).
Le vote de lundi s'est déroulé avec un isoloir et, pour cette seule fois, la maire tenait absolument à ce que les conditions du secret soient respectées... surtout après avoir vu les résultats ! Espérons que le juge saisi par la Maire de Paris pour annuler le vote "tour triangle" saura tenir compte de cette situation "générale" pour apprécier la demande de la Maire.


Voici comment se présente le vote à bulletin secret, de manière générale.

mardi 18 novembre 2014

Mon intervention sur le rapport développement durable de la ville de Paris


La question qui nous est posée est d’approuver le rapport des actions menées par la ville de Paris en matière de développement durable. Sur cet ensemble vaste que constitue la politique de développement durable de la ville de Paris, je voudrais faire 3 remarques que je résumerais en 3 mots : compétences, cohérence, transparence.

Compétences : Le mot « développement durable » reste une grande tarte à la crème dans les discours, mais entre encore trop peu dans les actes. On ne s’emploiera jamais assez à rappeler que le développement durable est une vision globale et transversale qui doit irriguer toutes les politiques publiques. La lecture du rapport ne déroge pas à cette manière de présenter les choses, fort juste par ailleurs. Or, dans l’organisation même des délégations que vous avez décidées au début du mandat auprès des adjoints, force est de constater que vous n’avez non seulement pas fait le choix d’une délégation forte au développement durable regroupant les transports, les espaces verts, le logement, l’urbanisme et les déchets ou l’économie circulaire que vous avez dispatchés entre pas moins de 6 différents adjoints, mais de surcroît, l’esprit général d’un développement durable qui irriguerait toutes les politiques publiques ne se constate pas dans les compétences ainsi déléguées, diluées. Quand j’ai pris connaissance de l’organisation des délégations et compétences données à vos adjoints, j’avais été déçu d’une organisation à l’ancienne faisant du développement durable une compétence séparée des autres politiques menées. Or, une délégation forte, tout comme le fut le Ministre de l’écologie, numéro 2 du gouvernement, c’est une plus grande garantie de veiller à la durabilité de toutes les politiques publiques envisagées.

Précisément, ceci m’amène à la question de la cohérence. Car au fond, se préoccuper de développement durable aujourd’hui, c’est moins faire de la surenchère environnementale quand on parle d’un sujet environnemental que de se préoccuper de durabilité dans des projets à caractère a priori non environnemental. C’est la raison pour laquelle il convient de veiller à la végétalisation des aménagements urbains lourds telle que celle des grandes places dont il est question dans les aménagements des places de la Bastille ou de la Nation et qui a été si superbement ignoré dans l’aménagement de la place de la République. C’est la raison pour laquelle il convient de s’interroger sur des projets tels que la Tour Triangle qui mettent à mal toutes les orientations d’un patrimoine immobilier de Paris répondant aux impératifs de réductions des consommations énergétiques. C’est la raison pour laquelle il convient de se demander ce qu’il y a de durable en détruisant progressivement les derniers mètres carrés de respiration urbaine en sur-densifiant une ville qui bat déjà des records de densité urbaine.

Enfin « transparence » car à la lecture du rapport et encore plus de l’exposé des motifs, nous n’arrivons pas à sortir d’une phraséologie lénifiante nous expliquant que tout ce qui devait être fait a été fait et que la ville a un bilan et des perspectives qui frisent la perfection. La transparence, ce serait de ne pas nier un certain nombre de réalités qui rendraient le rapport plus audible et donc plus intéressant. Si tout ce qui devait être fait l’avait été, pourquoi aurions-nous à répétition des pics de pollution à répétition ?, pourquoi le bilan énergétique du parc immobilier parisien est-il si médiocre ?, pourquoi l’eau que nous buvons voit son taux de nitrates augmenter régulièrement ? Bien entendu, je ne vous accuserais pas d’être seuls responsables de ces maux qui affectent notre ville, mais admettre ces réalités, faire état des obstacles et des freins dont tous ne sont pas de la seule responsabilité de la ville, ce serait gagner en crédibilité et en écoute.

Si nous pourrions à la limite approuver certaines perspectives dans la droite ligne de l’accord que nous avions donnés en début de mandature à vos orientations de lutte contre la pollution de l’air ou encore sur la végétalisation, il est assez délicat de donner un quitus sur le bilan, ne serait-ce que parce qu’il couvre une période antérieure à notre mandature. Quant au ton quelque peu lénifiant de ce rapport, j’en ai parlé à l’instant. Pour ces raisons, mon groupe s’abstiendra sur la délibération nous demandant de prendre acte du rapport.

lundi 17 novembre 2014

Tour triangle - mon intervention en conseil de Paris aujourd'hui


Madame la Maire, Monsieur le Préfet, chers collègues,

 Dans la liste des contre-vérités entendues à propos de cette Tour triangle, le green-washing n’aura pas manqué à l’appel. Mais je dois bien avouer que ce n’est pas cet argument que vous avez osé développer le plus. Tout juste peut-on lire assez discrètement que cette tour respecterait les normes environnementales de 50 kwH par m2 et par an. Je me souviens encore de l’intervention en conseil d’arrondissement du 15ème arrondissement de Monsieur Claude Dargent qui a fait le lapsus d’ajouter un zéro en parlant de 500 kwH/m2/an. Je le remercie encore de ce lapsus qui rétablit la réalité en fait. Car évidemment, l’affirmation d’un respect des normes environnementales est un vœu pieu qui n’a été démontré d’aucune manière dans le projet tel qu’il est présenté aujourd’hui.

Et pour cause, il est difficilement tenable.

180 mètres de haut, dans la plupart des cas, c’est une énergie très importante à prévoir pour faire monter aux derniers étages les flux et réseaux : eau, chauffage, ascenseurs, énergie. Quasiment aucune tour aujourd’hui construite dans le monde, même les plus performantes, n’arrive à des bilans énergétiques acceptables. Quelques derniers bilans sur des tours similaires arrivent à des ratios de l’ordre de 200 à 500 kWh d’énergie primaire/m2 et par an. Puis-je rappeler que la norme pour le neuf depuis les lois Grenelle est de 50kwh ep/m2/an.

Autant dire que nous sommes en train d’envisager un projet qui va à contresens des priorités de durabilité dans le bâti neuf, à l’heure où nous devons développer des trésors d’ingéniosité pour réduire nos consommations énergétiques dans le logement existant. Quel signal enverrions-nous à tous les parisiens que nous cherchons à convaincre d’isoler leurs logements et réduire leurs consommations énergétiques ?

Rien dans les récentes études menées sur ce type de construction ne permet de nous rassurer. Ce sont des constructions gourmandes en acier et en béton. Les surfaces vitrées, aussi performantes soient-elles, en contact avec l’extérieur, nécessitent forcément plus de chauffage en hiver et plus de climatisation en été que des constructions de moyenne hauteur, ayant moins prise au vent et à l’ensoleillement, et dotées de parois opaques plus faciles à isoler du froid et du chaud.

Quant au dernier argument « environnemental » souvent entendu qui est celui de la densité, permettez-moi de rappeler les constats émanant des services de la ville de Paris : la densité bâtie d’un quartier de tours est deux fois moins importante que celle d’un habitat collectif de type R+5.

C’est sans doute pour ces raisons environnementales, et aussi économiques au regard du coût important qu’elles engendrent, que les tours sont en perte de vitesse dans le monde. Il s’en construit bien moins qu’au siècle dernier et se concentrent pour l’essentiel dans les pays du sud-est asiatique et dans les pays du Golfe.

Et cessez, s’il vous plait, de traiter les défenseurs d’un urbanisme durable, de passéistes. La controverse sur le caractère anti-environnemental des Tours n’est pas seulement alimentée par des écologistes qu’on veut, une fois de plus, faire passer pour des opposants à la modernité. Ce débat traverse le milieu des architectes qui sont nombreux, dans le monde, à faire de la durabilité de leurs constructions un axe structurant de leurs réflexions. De grands noms de l’architecture internationale ont fait le choix de la durabilité. Le chinois Wang Shu, en récupérant les matériaux, réduit l’énergie grise de ses créations. L’allemand Stefan Behnisch, défricheur d’une architecture climatique, défend l’idée que le défi de l’architecture aujourd’hui est de résoudre la surconsommation d’énergie des bâtiments et que ceci a une influence sur la conception même des nouveaux bâtiments. Autrement dit, dans le cas que nous débattons aujourd’hui, ce n’est plus l’environnement qui doit s’adapter au bâtiment, mais le bâtiment qui doit se concevoir pour s’adapter aux contraintes environnementales. L’indien Balkrishna Doshi, fondateur d’une nouvelle école d’architecture durable, défend l’idée qu’il y a une relation entre l’acte de construire et la préservation des ressources. J’arrêterai là la liste des grands noms de l’architecture contemporaine mondiale qui défendent une vision radicalement opposée à celle que véhicule cet urbanisme ancien. Ils ont une vision tout aussi contemporaine, sinon plus, de l’architecture dans laquelle bien des opposants à cette tour, et amoureux de l’architecture contemporaine, dont je suis, se reconnaissent.

Quand on sait que le bâtiment est responsable pour 1/3 des consommations énergétiques et des émissions de Co2, on mesure à quel point ce sujet est crucial d’un point de vue environnemental mais aussi d’un point de vue économique au regard de notre facture énergétique dont on sait tous à quel point elle pèse lourd dans le déficit de la balance commerciale de notre Pays.

Vous avez lancé un concours d’innovation architecturale et urbanistique. L’idée est objectivement intéressante et j’ai noté que la dimension environnementale avait la part belle dans les critères d’appréciation des futurs projets. Quel dommage de contredire cet élan avec une Tour dont le modèle architectural date du siècle dernier et sera tout l’inverse de l’innovation environnementale dont il pourra être question dans votre appel projet « réinventer Paris ».

Et pour finir, permettez-moi de souligner le caractère désastreux du message que nous enverrons aux participants à la conférence pour le climat fin 2015. A moins que le message soit pédagogique, à savoir de dire aux participants : « voyez, cette grande tour que vous voyez dépasser au-dessus de tous les toits de Paris, eh bien, voici très exactement ce qu’il ne faudra plus jamais faire si on veut respecter les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». La preuve par le contre-exemple. Il fallait oser !