lundi 9 février 2015

Mon intervention au conseil de Paris sur le plan de lutte contre la pollution de l'air


Madame la Maire,

Depuis plus de 10 ans, une très bonne idée se développe dans la plupart des villes européennes qui souffrent de pollution de l'air. Cette idée simple consiste à agir sur le parc automobile en circulation sur une zone touchée par la pollution de l'air, et mettre en place des mesures incitatives et réglementaires pour être de plus en plus sélectif sur les véhicules en circulation et favoriser les motorisations peu polluantes. Plus de 180 villes en Europe n'ont pas attendu et ont des « low emission zone ». Ce terme anglais que nous avions traduit par ZAPA en France n’a pas trouvé d’application dans notre pays, pour des raisons bien souvent politiciennes. La France a tergiversé, et Paris n'a su agir à temps.

Profitons des retours d'expérience dans le reste de l’Europe pour faire en sorte que ces mesures soient efficaces. En l’occurrence, nous savons au moins une chose, c’est que pour être efficaces, ces mesures doivent être menées avec anticipation et progressivité car évidemment, si la circulation automobile ne se régule pas naturellement, c'est qu'il y a des raisons à cela, des besoins, auxquels il faut répondre. Le changement de comportement, d'habitudes, d'outils, ne se fait pas du jour au lendemain et pour quiconque veut mener des politiques avec l'objectif de les réussir, il doit évidemment discuter et planifier les choses avec soin.

Est-ce le sentiment que donne votre plan de lutte contre la pollution de l'air ? Pas vraiment.

Depuis que votre équipe est aux affaires, à savoir depuis 13 ans, vous avez perdu quelques années précieuses pour avancer plus paisiblement vers une solution qui, prise trop rapidement, je le crains, risque d’être, pour le moins, mal perçue par de nombreux habitants.

Bien sûr, il y a urgence à agir, et je n'ignore pas qu'à l'échelle de Paris, vous pouvez peut-être vous rassurer avec quelques récents sondages qui vous donnent raison. Évidemment, quand on sait que la moitié des ménages parisiens n'ont plus de voitures et que dans l'autre moitié, ceux qui en ont une ont où un revenu suffisant pour avoir une voiture récente non concernées par vos mesures ou les moyens de s’en procurer une neuve assez rapidement, on peut comprendre que les parisiens suivent votre plan.

Si je soutiens l’objectif, je souhaite avant tout qu’il réussisse.

Pour réussir, en avril ou juin dernier, voire durant la campagne électorale (ce qui eut été honnête vis à vis des parisiens, au lieu de dire que la ZAPA devait être zappée), vous auriez dû annoncer ces mesures en annonçant dans le même temps que vous vous donneriez l'année qui vient pour mener les études d'impacts, négocier avec le gouvernement les mesures d'accompagnement nécessaire (réglementaires et incitatives), communiquer pour faire de la pédagogie.

Et surtout, le plus important, sous auriez dû construire une véritable concertation métropolitaine avec nos voisins pour faire en sorte que d'ici 5 à 10 ans les véhicules en circulation soient effectivement, sur un large périmètre métropolitain, des moins polluants parmi les gammes existantes.

Ceux qui ne vous suivent pas, ce ne sont pas des lobbys, ce sont des franciliens non parisiens aux revenus moins élevés en moyenne que ceux qui habitent Paris, aux offres en transport en commun moins développé que les parisiens, plus éloignés de leur lieu de travail que les parisiens...mais voilà, ce ne sont pas des parisiens. Je n'oserais imaginer que c'est une raison suffisante à vos yeux et aux yeux de cette assemblée pour ne pas les considérer.

Paris doit cesser de se penser isolé du reste du monde et encore plus de ce qui dépasse le périphérique. C'est vrai dans bien des domaines, et en encore plus dans celui de la pollution de l'air. Même sans citer les études multiples qui le détaillent longuement, c'est du bon sens de dire que l'air que nous respirons à Paris est le même que celui qui est respiré dans la première couronne, que les vents font circuler cet air et exportent et importent en dehors de la ville les nombreux polluants, qu'ils soient issus du trafic routier, du chauffage urbain, de l'industrie voire de l'agriculture.

J'ai entendu dire qu'à ce grief que je formule ici, également émis par des élus de votre propre famille politique, le député Olivier Faure ou le Président socialiste du Conseil régional, vous répondiez que Paris devait donner l'exemple et que les autres suivront. J'ai quelque peu du mal à vous suivre dans cette méthode. Non, Paris ne peut pas imposer ses vues à ses voisins. S'ils devaient s'en formaliser, je n'en serais pas étonné. Quand on veut partager son point de vue, on l'expose avant. Et, si à la fin du processus, il y avait désaccord, alors oui, il faut savoir avancer seul parfois… ou à quelques-uns. Et qui vous dit qu'à l'issue d'un vrai processus de discussion métropolitain, ces mesures n'auraient pas été partagées par de nombreuses autres communes ?

Et puis, je veux vous faire part d'un autre aspect des choses qui me tient à cœur quand on parle d'écologie et qu'on veut en faire. Vous regretterez comme moi que trop de nos concitoyens reprochent à l'écologie son caractère trop souvent punitif, développant autour de cette indispensable cause une image négative qui nous fait perdre un temps précieux. L'idée que l'écologie freine le développement économique, qu'elle serait opposée à l'économie est catastrophique. À chaque fois que nous envisageons des mesures réglementaires dans le domaine de l'écologie, la question de leur acceptabilité sociale par le plus grand nombre est un aspect fondamental pour réussir car c'est un véritable enjeu de société que de rendre l'écologie plus attractive. Après plus de trente ans, si ce n'est plus, de mesures écologiques qui ont objectivement amélioré la situation, nous devons bien plus qu'avant, crise aidant, nous poser la question des mécanismes et cercles vertueux que nous pouvons mettre en place. Mécanismes et cercles vertueux qui passent par des accompagnements au changement de longue durée, des mécanismes fiscaux et incitatifs, des mesures publiques facilitant les gestes et comportements vertueux.

Ce panel de mesures, c'est ce qui fait qu'en quelques années, le réglementaire que nous mettons en place s'accepte aisément. Distribuez largement des sacs de courses réutilisables et non jetables et habituez les gens à ne pas en manquer quand ils font leurs courses, et le jour où vous interdirez les sacs jetables, plus personne ou presque ne le contestera.

Encore une fois, vous n’en douterez pas, Madame la Maire, je souhaite la réussite des actions indispensables de la ville pour réduire la pollution de la ville qui nous empoisonne tous. Et pour que cela réussisse, il faut changer de méthode

Le Grenelle de l’air que nous proposons dans notre vœu peut y contribuer si l’on en fait un processus sincère de concertation avec nos voisins, la Région, l’État, les entreprises et les salariés d’Ile de France.

Enfin, Madame la Maire, je voudrais vous inviter à profiter des années qui viennent pour ne pas nous limiter à ces mesures que j’oserais presque qualifier de conjoncturelles. Pensons les mobilités de demain et les besoins profonds de mobilité qui explosent en Île de France. Il manque dans toutes ces batteries de mesures, une vision de long terme qu'on aurait pu dessiner dès le début des années 2000. Celle d'une ville, dans sa métropole et sa région, qui se projette dans un avenir où l'air sera à nouveau respirable et compatible avec un rayonnement économique et culturel propre à son statut de région capitale. Une vision de long terme, au-delà de la fin du mandat de l'équipe municipale à 2020, qui réfléchit à l'aménagement du territoire que nous imaginons, un aménagement où nous aurons réduit grandement le zonage de notre territoire, si gourmand en transports et en mobilités, où les francilien pourront loger plus près de leur lieu de travail, où les entreprises et l'activité économique seront mieux répartis sur le territoire, où les activités de commerce, de loisirs et de culture seront elles aussi mieux réparties. Tout cela mérite un travail prospectif et une vision à faire partager aux habitants, une impulsion qui manque cruellement aujourd’hui dans nos débats.

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