jeudi 1 octobre 2015

Le stationnement à Paris et l'économie collaborative (intervention au conseil de Paris du 30 septembre 2015)

Madame la maire,

Le mécano tarifaire que vous nous proposez, il faut en comprendre, je crois, grosso modo, qu’il consiste, une fois encore, à trouver de nouvelles recettes pour la ville.

Globalement, je voudrais savoir quelle est votre vision prospective sur le stationnement à Paris ? Est-ce une simple recette ? Une organisation plus ou moins heureuse des emplacements où sont autorisés le parking des voitures ? Plus ou moins heureuse car, il faut bien l’avouer, l’esthétique n’est pas au rdv. Les rues de Paris sont bondées de voitures stationnées, y compris dans des quartiers les plus pittoresque où il est parfois presque difficile de circuler, qu’on soit piéton, cycliste, ou automobiliste? C'est souvent l’anarchie de stationnement.
Alors bien sûr, il faut bien permettre aux automobilistes de stationner... mais, ça, c’est le présent. Quelle est notre vision de demain ? Je ne la perçois pas dans les idées que vous nous soumettez, et encore moins dans les tarifications que vous proposez qui, évidemment, sont, en théorie, des leviers qui peuvent être ou incitatifs ou dissuasifs.

Ainsi, avoir un tarif plus élevé en surface qu’en sous-terrain, c’est privilégier le sous-terrain. Augmenter le sous-terrain comme vous nous le proposez là, c’est faire machine arrière. En 2001, votre prédécesseur baissait le tarif de surface pour inciter les automobilistes à y laisser leur voiture : "une voiture qui ne roule pas ne pollue pas" argumentait-il. Cette année, machine arrière, vous les augmentez massivement pour favoriser le sous-terrain (un peu pour remplir les caisses, disons-le). Et maintenant, vous augmentez le tarif sous-terrain… et je suppose que l’année prochaine, le tarif de surface augmentera à nouveau pour se différencier du sous-terrain ?

Bref, où voulez-vous aller ?

Un peu de prospective nous ferait du bien.
Je voudrais, Madame la maire, vous en livrer quelques-unes sur ce que j’imagine être les mobilités de demain et auxquelles notre politique de stationnement doit réfléchir pour s’y préparer, s’y adapter, l’accompagner… et en réalité, les soutenir pleinement. Cette évolution c’est en réalité une petite révolution de la voiture individuelle. Tous les constructeurs automobiles, les équimentiers, et surtout l’économie numérique comme google et l’économie collaborative comme Blablacar, Drivy, Ouicar, Heetch,Ubeeqo, Parkadom… voire UberPOP y réfléchissent, et font même plus qu’y réfléchir puisqu’ils proposent tous des solutions totalement nouvelles pour l’usage de la voiture.
Aujourd’hui, les constructeurs vendent plus de voitures à des entreprises pour alimenter leurs flottes qu’à des particuliers. Mieux, le constructeur devient de plus en plus un vendeur de « services de mobilités » qu’un vendeur de voitures. Les équipementiers vont de plus en plus loin dans les technologies qui rendent la voiture toujours plus intelligentes. Elles se garera toute seule, elle roulera bientôt toute seule.

Grosso modo, la question de demain n’est plus de savoir si on a besoin de posséder une voiture mais c’est celle d’y avoir accès ponctuellement, en tant que de besoin, en complémentarité de tous les autres modes. Posséder une voiture n’aura plus grand sens si vous pouvez en disposer, avec ou sans chauffeur, le plus aisément du monde. Imaginez que dans chaque quartier, avec une simple carte magnétique, voire avec votre smartphone, vous puissiez emprunter aisément une voiture qui n’est pas la votre. L’usage plus que la possession. Quand on sait qu’une voiture passe près de 80% de sa vie à l’arrêt, on devine tout l’intérêt qu’il y aurait à la partager massivement. Dès lors, prendre une voiture dans un parking ou sur une place de stationnement ordinaire, la laisser à l’endroit où l’on va, fait du parking une solution globale qui pourrait d’ailleurs être facturée non plus à chaque automobiliste, mais dans une forme de forfait global à un ou plusieurs prestataires de solutions d’autopartage.

Cette économie des mobilités nouvelles, usant à plein régime les nouvelles technologies, faisant de chaque possesseur d’un véhicule un micro-loueur, voire un micro taxi, arrive vite et je ne suis pas certain que nous ayons été bien inspiré de balayer aussi rapidement les solutions de type uberpop alors même que nous sommes là face à des solutions rapides et pratiques, et je crois « alternative » à la voiture individuelle.

Un tel mouvement, c’est assurément, dans l’ensemble, plus de fluidité et moins d’engorgement car les véhicules sont plus partagés et donc globalement moins nombreux. Et si de surcroît ils deviennent progressivement plus propres, électriques notamment, nous gagnons là le pari de la pollution de l'air car l'électrique est tout particulièrement adapté à des trajets courts et pour un usage fréquent.

Et c’est là où le stationnement et le parking devient un outil clé pour permettre tout cela. Demain, les parkings sous-terrain seront des plate-formes de mobilités. C’est un débat que nous devons avoir entre nous, mais aujourd’hui, je trouve que nous ne prenons pas la bonne direction… ou du moins elle est timide car nous restons, je le crois, sur des schémas anciens qui étaient, c’est vrai, justes. Ce schéma, c’est celui de la voiture individuelle qu’il ne faut pas privilégier. Ceci a justifié votre politique de restriction de construction de parkings sous-terrain. Or, dans l’ensemble, le parking sous-terrain a bien des avantages : il permettrait de dégager les espaces de surface dont nous avons tant besoin. Mais surtout, comme je le développais à l’instant, il peut participer d’un accompagnement des mobilités nouvelles de demain. Il suffit de le penser, le prévoir, réserver les accès, les organiser en lien avec ceux qui y réfléchissent intelligemment.

Bref, Madame la Maire, tentons d’avoir ensemble cette vision d’avenir qui, pour l’heure, transparaît assez peu dans ce que je comprends de votre politique de stationnement et de parking.

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